Attentats de Paris : les trois urgences d'Ecolo

Les attentats nous laissent à tous une profond sentiment d’écœurement et de peur. Peur pour soi, pour sa sécurité, pour celle de sa famille et de ses proches ; peur également face aux réponses qui sont ou seront apportées pour lutter contre le cancer du terrorisme. Une opinion de Zakia Khattabi et Patrick Dupriez, coprésidents d'Ecolo.

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Attentats de Paris : les trois urgences d'Ecolo
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Une opinion de Zakia Khattabi et Patrick Dupriez, coprésidents d'Ecolo.

Les attentats récents qui ont frappé Paris nous laissent à tous une profond sentiment d’écœurement et de peur. Peur pour soi, pour sa sécurité, pour celle de sa famille et de ses proches ; peur également face aux réponses qui sont ou seront apportées pour lutter contre le cancer du terrorisme.

En tant qu'écologistes, nous avons toujours refusé les réponses faciles aux problèmes complexes. Le terrorisme qui frappe aujourd'hui le coeur de l'Europe exerce sa terreur presque quotidiennement dans de nombreux autres pays. Au lendemain du drame, nous appelions donc l'ensemble des partis démocratiques à faire preuve de la plus grande retenue quant aux conclusions à tirer des causes de ce drame. Car souvent, ce sont des mots que se nourrissent les armes.


La sécurité, notre bien commun

Il y a bien entendu un moment pour tout. Celui du deuil et du recueillement, puis celui du débat politique lucide et digne sur les solutions. Les mesures qui doivent être prises, aujourd'hui comme demain, doivent viser l'efficacité à tous niveaux.

Non aux mesures symboliques qui chercheraient simplement à restaurer un sentiment de confiance sans s'attaquer aux racines du mal, ou dont le seul résultat serait d'étancher une certaine soif de vengeance.

Oui aux mesures qui évitent la désaffiliation sociale et permettent aux jeunes de nos quartiers de tourner le dos aux laveurs de cerveau.

Oui aux mesures qui éteignent réellement l'action des groupes ou Etats terroristes, ici et au Moyen Orient.

Oui à la sécurité comme bien commun !


Des mesures de sécurité renforcées pour être efficaces

Nous avons besoin d'une réponse intelligente, efficace et respectueuse des libertés afin de ramener la sécurité dans nos rues. Pour Ecolo, il y a trois urgences: la lutte contre le commerce illégal des armes, le renforcement humain des services de renseignements et police et une coordination poussée des services de sécurité au niveau européen.


Une guerre là-bas qui doit d'abord se résoudre ici

La priorité pour lutter efficacement contre Daech doit être la destruction du système financier qui nourrit son action et le blocage de toutes les sources de financement des djihadistes. L'argent c'est le nerf de la guerre. Daech se finance grâce à sa prise des banques, des sites pétroliers et gaziers, des entreprises d'extraction et de traitement des phosphates et de production de ciment. L'organisation financière repose également sur les dons de riches « mécènes » de la cause djihadiste en provenance des pays du Golfe.

La politique belge et européenne au Moyen-Orient doit donc être repensée dans cette perspective. Nous plaidons également pour que la transition énergétique soit un axe de notre politique étrangère pour nous libérer, grâce aux énergies renouvelables, de notre notre dépendance aux régimes autoritaires, au Moyen-Orient et ailleurs, qui les produisent.


Une résolution qui doit rester diplomatique

Renforcer l'engagement militaire en Syrie et en Irak n'est pas une solution en soi et perpétue le cycle de violence et d'humiliation dont l'intervention américaine de 2003 en Irak fut l'apogée désastreuse. Jusqu'à présent l'intervention militaire a été totalement contre-productive : elle a mené à une extension des territoires contrôlés par Daech et n'a en rien réduit ses capacités d'action à l'étranger. Sans réel projet pour l'ensemble de la Région, ces interventions militaires ont ajouté du chaos au désordre et toujours plus de souffrances pour les populations civiles.

Ce dont la Syrie a besoin c'est d'une solution diplomatique qui permette l'émergence d'une nouvelle Syrie à l'issue d'un cessez-le-feu et d'une transition politique inclusive. Cette nouvelle Syrie sera sans Daech et sans Bashar el-Assad. Nous soutenons les discussions menées actuellement à Vienne qui associent une vingtaine de pays dont les Etats-Unis, la Russie, l'Iran et l'Arabie Saoudite, en vue de concrétiser une transition politique qui mette fin aux souffrances du peuple syrien.


Un plan pour réduire la fracture sociale dans nos villes et nos quartiers

Il y a un indéniablement un problème de radicalisation à Molenbeek comme dans d'autres communes bruxelloises (Bruxelles-Ville, Schaerbeek et Anderlecht) et flamandes (Anvers, Vilvoorde et Malines). Il impératif de reconnaître ce problème pour pouvoir y apporter des solutions efficaces et durables. Mais à nouveau ne tombons pas dans les pièges tendus par les terroristes qui cherchent à nous diviser.

Le réalisme consiste à agir sur les causes par des politiques économiques, sociales et culturelles qui « assèchent » le marais du radicalisme. Cela passe par une réduction de la fracture sociale sans cesse croissant et un dialogue constant avec les jeunes, dans les quartiers.

La sécurité, c'est notre bien commun. Notre sécurité a besoin aujourd’hui de solutions de court terme, bien entendu, mais aussi d'un réel projet de société qui rende du sens à la notion de vivre ensemble.

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