Année jubilaire de la Miséricorde

Après deux mille ans d’annonce de la "Bonne Nouvelle", le christianisme apparaît sous les traits du Père Fouettard via la "culpabilité judéo-chrétienne". Changement de cap.

Contribution externe
Année jubilaire de la Miséricorde
©Alexis Haulot

Une chronique d'Eric De Beukelaer.

Paradoxe… Dans notre société sécularisée, beaucoup cherchent encore à se libérer du poids de la "culpabilité judéo-chrétienne". Face au christianisme, la première perception de nos contemporains est souvent celle de l’interdit moral. Bien sûr - s’ils cherchent à "libérer leur conscience", c’est parfois aussi pour mieux se soumettre aux sirènes de la consommation. Et bien sûr - moins de morale chrétienne, ne rend pas la société plus humaine. Pensons au capitalisme sans balises et à l’individualisme qui isole. Pensons au populisme identitaire et au fondamentalisme religieux, qui fleurissent sur l’angoisse des masses et terrorisent nos villes. Il n’empêche… Comme prêtre - et donc porteur d’une identité catholique forte - combien de fois n’ai-je pas perçu une attitude de rejet, de défi, ou d’excuse, par rapport à la culpabilisation que je serais censé représenter ? Alors - avec les confidences - fleurissent les phrases, du genre : "Moi qui suis un mauvais chrétien…", "Moi qui vis dans le péché… ", "Le mécréant que je suis… "Paradoxe… Après deux mille ans d’annonce de la "Bonne Nouvelle", le christianisme apparaît encore à beaucoup sous les traits du Père Fouettard.

Ce n’est donc pas sans raison que le Pape ouvre ce 8 décembre - jour du 50e anniversaire de la clôture du Concile Vatican II - une année jubilaire de la Miséricorde. Dans Misericordiae Vultus, le document qui annonce l’événement, François utilise des mots forts : "Jésus-Christ est le visage de la miséricorde du Père. Le mystère de la foi chrétienne est là tout entier. La miséricorde, c’est l’acte ultime et suprême par lequel Dieu vient à notre rencontre. La miséricorde, c’est la loi fondamentale qui habite le cœur de chacun lorsqu’il jette un regard sincère sur le frère qu’il rencontre sur le chemin de la vie." Et le Pape de rappeler les paroles de Jean XXIII, prononcées à l’ouverture du Concile "Aujourd’hui, l’Eglise préfère recourir au remède de la miséricorde plutôt que de brandir les armes de la sévérité…" Ou encore de citer le Christ : "Ne jugez pas, et vous ne serez pas jugés; ne condamnez pas, et vous ne serez pas condamnés. Pardonnez, et vous serez pardonnés. Donnez, et l’on vous donnera : c’est une mesure bien pleine, tassée, secouée, débordante, qui sera versée dans le pan de votre vêtement; car la mesure dont vous vous servez pour les autres servira de mesure aussi pour vous" (Luc 6, 37-38) Enfin - alors que se déroule à Paris la conférence mondiale sur le climat, n’oublions pas la miséricorde envers la planète, que nous exploitons si impitoyablement. (Cfr. l’encyclique "Laudato Si")

"C’est un peu facile…" Autre paradoxe… Quand il s’agit d’appliquer la miséricorde à son voisin - j’entends souvent murmurer ceux-là même, qui reprochent à l’Eglise de manquer de compassion. Ils trouvent "un peu facile" de pardonner sans autres formalités au coquin, alors que le brave bourgeois - qui vit honnêtement, sans faire de tort à personne - ne reçoit aucune gratification. C’est le cri de révolte du frère aîné de l’enfant prodigue, qui voit son père accueillir dans la joie le jeune profiteur : "Voici, il y a tant d’années que je te sers, sans avoir jamais transgressé tes ordres, et jamais tu ne m’as donné un chevreau pour que je me réjouisse avec mes amis. Et quand ton fils est arrivé, celui qui a mangé ton bien avec des prostituées, c’est pour lui que tu as tué le veau gras !" La réponse du père, est la phrase-clé de la parabole : "Mon enfant, tu es toujours avec moi, et tout ce que j’ai est à toi. Mais il fallait bien se réjouir, parce qu’il s’agit de ton frère. Il était mort et il est revenu à la vie. Il était perdu et qu’il est retrouvé." (Luc 15, 29-31) Pratiquer la miséricorde, ce n’est pas "un peu facile". C’est ce qu’il y a de plus exigeant : Apprendre à aimer, comme Dieu nous aime.

Blog : http://minisite.catho.be/ericdebeukelaer/