L'art contemporain: "choquer le bourgeois" est à la portée d'un chat

L’art contemporain produit des merveilles comme le pavillon japonais à Venise. Mais sa vacuité peut cautionner le pire. "Choquer le bourgeois" avec des excréments est à la portée d’un chat. OPINION.

Godefridi Drieu
L'art contemporain: "choquer le bourgeois" est à la portée d'un chat
©Belga

L’art contemporain produit des merveilles comme le pavillon japonais à Venise. Mais sa vacuité peut cautionner le pire. "Choquer le bourgeois" avec des excréments est à la portée d’un chat. Une chronique de Drieu Godefridi.


J’assistais l’autre jour à une conférence sur l’art contemporain (Académie royale, 14 octobre). L’orateur célébrait la liberté absolue de l’artiste contemporain, mettant en exergue la dissociation des idées de Beau, de Bien et de Vrai. On considère aujourd’hui que ce qui est beau n’est pas nécessairement vrai; que ce qui est juste n’est pas nécessairement beau.

Je suis resté un tantinet sur ma faim. La question est-elle encore de savoir si le beau, le bien et la vérité vont nécessairement main dans la main ? Tout le monde ne sait-il pas que non depuis des siècles ? Il n’y a guère que les Grecs anciens pour avoir marié ces notions dans la nécessité (on est heureux si on fait le bien, etc.).

La vraie question me semble celle du rapport de l’art contemporain au seul concept de beau. Or, la plupart des apologues ou simplement analystes de l’art contemporain s’accordent pour constater le divorce radical entre l’art contemporain, qui naît dans la pissotière de Marcel Duchamp (1917), et l’idée de Beau. L’artiste contemporain peut légitimement se soucier de l’esthétique de ses représentations comme de sa première chaussette.

L’intéressant est que la prétention au beau n’a été remplacée par aucun autre critère. Offrant à l’artiste contemporain cette liberté totale célébrée par le conférencier. Tel est, en effet, le nœud de l’art contemporain : l’absence de critère. Est art ce que l’artiste choisit de désigner comme tel; est artiste celui que les galeries et les grands marchands d’art - eh oui ! - décident de désigner comme tel. L’art contemporain est décisionniste, au pur sens schmittien de ce terme.

Mais alors, demanda une personne dans l’assistance, qu’est-ce qui empêche de trouver une dimension artistique à Auschwitz ? Ne crions pas directement à la regressio ad hitlerum. Parce que la question est pertinente.

Si l’art contemporain repose sur un néant absolu de critère, rien n’empêche en effet de considérer Auschwitz comme une performance, plus aboutie même que la plupart des "installations" de la dernière Biennale de Venise, par exemple.

A quoi l’orateur répondit qu’on ne peut pas représenter la violence. Ce qui ne répond pas du tout à la question, qui ne portait pas sur une représentation d’Auschwitz, mais sur sa réalité historique. Par ailleurs "Guernica", de Picasso (1937), montre que l’art est très susceptible de figurer la violence.

Bref, je suis resté sur ma faim, d’autant que l’orateur se complaisait à exalter la dimension scatologique de l’art contemporain. L’homme est biologiquement programmé pour éprouver de la répulsion pour les excréments. Outre que la prétention est formidablement datée, "choquer le bourgeois" avec des excréments est à la portée d’un chat.

L’art contemporain produit des merveilles - ainsi du pavillon japonais à la Biennale en cours à Venise -, mon point n’est pas là. Il n’est que de montrer la vacuité absolue de son concept, réinvention naïve du relativisme, très susceptible de donner sa caution au pire de l’humanité.