Rien de neuf sous la lune !

En ce temps, à Bethléem, il n’y avait pas de place pour Marie et Joseph à l’hôtel. Comme pour les migrants de ces derniers mois qui ont suscité la générosité de tant d’anonymes. Opinion.

contribution lecteur
Rien de neuf sous la lune !
©bureaux régionaux

Une chronique de Charles Delhez.

Je me souviens encore de cette visite avec quelques amis, au parc Maximilien. La lune était pleine, dominant les tours à la Manhattan de Bruxelles-Nord, et au pied de celles-ci, les tentes des immigrés. En ces jours-là… Ainsi débute le récit évangélique de la Nativité. Et d’ajouter : "Il n’y avait pas de place pour eux à l’hôtel." En ces jours-ci, il n’y a toujours pas de place pour eux… Rien de neuf sous la lune !

La photo d’Aylan étendu sur la plage a ému le monde entier. Les crèches de Noël nous font voir un nouveau-né sur la paille. Décidément, il n’y a guère de progrès. Peut-être notre société marchande n’est-elle pas la mieux outillée pour l’accueil. Les capitaux traversent plus facilement les frontières que les réfugiés, victimes des désordres de la géopolitique de ce XXIe siècle. Marie et Joseph avaient d’ailleurs, semble-t-il, trouvé place chez des particuliers, tout comme les migrants de ces derniers mois ont suscité la générosité de tant d’anonymes.

Cette année, on aurait dû multiplier les crèches de Noël dans nos villes et villages pour nous rappeler cela. Que le croyant y voie la naissance de Dieu parmi nous n’ôte pas à cette tradition son côté humain, particulièrement actuel cette année. Si Dieu s’est fait homme, il a épousé tout le tragique de nos existences, indépendamment des options philosophiques et religieuses. Et pour l’accueillir, il faut avant tout cultiver notre humanité, mot que le Petit Robert définit notamment par "sentiment de bienveillance envers son prochain, compassion pour les malheurs d’autrui". Dieu s’est fait humain, disait un humoriste, faisons de même !

L’humanité - au sens de "genre humain", cette fois - a toujours mis l’hospitalité au premier rang de ses valeurs. "Piété religieuse, hospitalité et civilisation vont toujours ensemble", faisait remarquer Homère (Odyssée VI, 119). Dans l’Antiquité grecque, on accueillait l’étranger sans même lui demander son nom ni les raisons de son passage. On est loin de l’immigration choisie. "Regarde ton hôte comme Dieu lui-même qui vient recevoir ton attention", lisent les hindous dans la Taittiriya Upanishad (1, 11, 2). Côté biblique, au chêne de Mambré, Abraham reçut trois mystérieux visiteurs : "Mon Seigneur, si j’ai trouvé grâce à tes yeux, ne passe pas sans t’arrêter…" Et le récit nous rapporte la fécondité de cette rencontre. "L’an prochain, je reviendrai et Sara aura un fils" (Genèse 18, 1-15). Dans notre Europe, "on se faisait un devoir d’accueillir le voyageur, le fuyard, le banni", rappelle Eric-Emmanuel Schmitt.

L’étranger peut toujours apporter du neuf, une ouverture. Il est un enrichissement. Peut-être, me disait une amie inquiète des impasses de notre société, les étrangers apporteront-ils quelque chose à notre monde occidental qui a besoin de renouveau. Ils peuvent en effet être comme un "rafraîchissement de notre vieux continent" (les évêques de Belgique) et contribuer à ces "nouvelles synthèses culturelles" qu’appelle de ses vœux le pape François. Nous avons besoin des autres cultures comme Rome, un jour, a eu besoin d’être envahie. Ainsi avance l’histoire. L’immigration, une bonne nouvelle, donc ! Quant aux quotas, laissons cette question technique aux politiques, mais osons espérer qu’ils seront soutenus par la générosité de la population.

Et tout à coup me revient cette phrase si souvent entendue : Nous sommes tous des fils d’immigrés. Sans se replonger dans l’histoire lointaine, ne pouvons-nous pas nous rappeler, avec gratitude, toutes ces fois où nous avons été accueillis avec bienveillance par un ami, un parent, un conjoint, un inconnu, peut-être, à un moment où l’impasse était totale dans notre vie - ce qui arrive à chacun ? Ne fêterions-nous pas Noël, cette année, avec des accents de Thanksgiving Day ? Décidément, cette année, je ne regarderai plus les crèches de la même façon.

(1) Dernier livre : Petites et grandes histoires de Noël, Editions Fidélité.