Une chronique de Myriam Tonus.

Il fallait quelques notes de l’esprit pour panser la colère qui m’habite. Celle que font se lever les égoïsmes, les dénis aux droits humains et à la justice qui ont émaillé 2015. À la lueur d’une luciole

Est-ce le temps exceptionnellement doux et ensoleillé ? Les traces encore vives de tous les événements sombres et douloureux qui ont blessé 2015 ? Ce qu’on appelle - plus par habitude que par conviction, sans doute - la "magie de Noël" s’est faite, me semble-t-il, un peu plus grave cette année. Joyeuse, certes, mais avec une certaine retenue, comme s’il devenait décidément impossible de faire "comme si". Comme si nous étions éternels. Comme si la planète ressemblait au jardin d’Eden. Comme s’il suffisait d’envoyer des vœux pour qu’ils se réalisent. Oui, cette année, la magie a fait davantage place à l’esprit - et c’est une belle chose.

La messe de Noël télévisée a été retransmise depuis une prison, sans apparat ni sans grandes orgues. Des mots simples, fraternels, le gospel extraordinaire de Dyna B, une assemblée où prisonniers, visiteurs et gardiens, côte à côte, célébraient la dignité de toute personne : face à cette leçon d’humanité, que valent, dites-moi, les rodomontades sécuritaires ? En ce jour de Noël, c’est en ce lieu de mépris et d’abandon, véritable honte pour notre démocratie, que l’on pouvait approcher ce que les croyants appellent le salut : cette affirmation inouïe qu’il est bon que chaque être humain existe, quel qu’il soit et quel que soit son chemin de vie. Avoir fait le choix de ce lieu proche et ignoré pour une retransmission d’ampleur, cela est courageux, cela est beau.

Autre image : celle du Roi s’adressant à la jeunesse, à toute la jeunesse, multiculturelle, multiconfessionnelle. "Vous qui avez un désir profond de croire dans la vie, de croire en vous-même et de croire en l’autre, cultivez cet idéal et investissez votre énergie et vos talents dans tout ce qui rassemble." Qu’est-ce qu’il fait du bien, cet acte de foi en la générosité et la créativité des jeunes ! Car enfin, au quotidien, ils peuvent avoir l’impression que leur voix compte pour du beurre, que face aux innombrables défis qui se profilent, ils sont quantité négligeable - alors même que c’est eux qui, dans quelques années et pour l’avenir, seront en charge de relever ces défis, dans un monde dont absolument personne (sauf quelques "experts" autoproclamés) ne peut imaginer ce qu’il sera. Faire le choix d’espérer en la jeunesse, cela aussi est courageux et beau.

Il fallait bien cela pour panser quelque peu une colère qui m’habite, que nous sommes sans doute nombreux à héberger. Celle que font se lever tous les égoïsmes, tous les dénis aux droits humains et à la justice qui ont émaillé l’année passée. Passé le temps des émotions, des défilés consensuels et des grands-messes pour la planète. Comment ne pas rentrer dans son cocon, en rester aux belles paroles et aux vœux qui ne coûtent rien ? Parce que si les investissements (nous le rappelle-t-on assez !) sont nécessaires, encore faut-il savoir… en quoi et en qui l’on investit !

C’est, ici encore, une question de choix. Ainsi, miser sur la jeunesse, cela a du sens. Mais au moment où neuf milliards d’euros seront libérés pour acheter avions, frégates et autres drones, tel mouvement de jeunesse, qui avait sollicité un subside de… 30 000 € afin de développer des projets à Bruxelles en milieu fragilisé, s’entend répondre que "ce n’est pas possible, parce qu’il n’y a pas d’argent". Cherchez l’erreur… On peut certes saluer la générosité - et elle est grande ! - des citoyens qui accueillent, soignent, défendent les réfugiés; qui récoltent des dons pour les 25 % d’enfants qui, dans notre pays, vivent dans la grande pauvreté; qui visitent les prisonniers et font vivre la culture. Dans le même temps, les CPAS, le personnel des prisons, les enseignants, les artistes n’en peuvent plus de gérer l’impossible austérité. Cherchez l’erreur… Et au moment où l’on se congratule de l’accord finalisé à la COP21, le prix du diesel passe sous la barre d’un euro. Cherchez l’erreur…

Alors, si je n’avais qu’un vœu, un seul, à formuler, ce serait celui-ci : que soient, partout et toujours, privilégiés les choix qui misent sur l’avenir, qui misent sur ce qui permet à tout humain et à tous les humains de vivre une vie digne et juste, une vie sauve. C’est le pari de l’espérance. Il est, si nous le voulons, à notre portée, chacune, chacun et tous ensemble.