Osez rencontrer les réfugiés de Calais

A une heure trente de Bruxelles, un millier de personnes, dontdes familles avec des enfants en bas âge, vivent sous des tentes quis’envolent avec le vent, encerclées d’eau et de boue. Une claque. Opinion.

Contribution lecteur
Osez rencontrer les réfugiés de Calais
©afp

Une opinion d'Alice, Maïté, Jeanne, Charline, Fleury et Manon, membres du groupe Migration de l'ASBL Conseil Jeunesse Développement.

Fin novembre, nous nous sommes rendus dans le Calaisis pour rencontrer et soutenir les habitants des jungles, comprenez ces campements de fortune pour les réfugiés désirant atteindre l’Eldorado anglais.

Une vision apocalyptique

A peine arrivés sur le premier campement, la jungle de Grande-Synthe, nous avons été profondément choqués ! Choqués par une situation cruelle, par l’atteinte à la dignité humaine, choqués que cela puisse encore exister en France à deux pas de chez nous, à peine une heurez trente de Bruxelles… Plus d’un millier de personnes vivant sous des tentes qui s’envolent avec le vent, encerclées d’eau et de boue; des familles avec des enfants en bas âge; des jeunes hommes à pieds nus ou en tongs dans la boue…

Dans la deuxième jungle, la réalité est quelque peu différente. Les 6 000 réfugiés grouillent de partout et ont construit leur "nid" : des échoppes, une école, une mosquée, une église, des restaurants et des buvettes; la vie s’organise doucement dans l’ancienne déchetterie de Calais. Mais la situation n’en est pas moins désastreuse. Car c’est bien un bidonville que nous visitons. Les habitants de la new jungle ont faim, vraiment faim. Forcés de faire la file pour avoir à manger, certains trichent pour avoir deux portions. A Calais, les habitants des jungles luttent pour vivre.

Une générosité inoubliable

Mais plus que leur détresse, nous n’oublierons jamais l’accueil que nous ont réservé les réfugiés. Cette famille de Syriens nous invitant à boire une soupe avec eux, ces Ethiopiens partageant un thé bien sucré ou encore d’autres nous souhaitant tout simplement la bienvenue dans le campement : Welcome !

Le contact passait si facilement avec les réfugiés que les jungles en devenaient presque chaleureuses. Nous n’oublierons jamais, par exemple, cette danse endiablée sur le dance floor improvisé de la jungle !

Nous avions presque honte. Honte que les habitants des jungles nous reçoivent comme des princes alors qu’ils n’ont trois fois rien ! En vérité, en venant à Calais, on s’attendait à ce que les réfugiés nous demandent de l’aide, de la nourriture et des informations mais on n’imaginait certainement pas recevoir autant !

Ça aurait pu être nous…

Ce weekend avec les réfugiés de Calais nous a mis une claque. Eh oui : les réfugiés sont des personnes comme vous et surtout comme nous ! La plupart ont une vingtaine d’années, notre âge, cherchent à construire leur futur, rêvent de faire des études, de trouver un travail, bref ils sont en quête d’un avenir… Leur seul "problème" : être né au mauvais endroit au mauvais moment. Cette injustice géographique les force à fuir, à changer complètement de pays, de langue, de vie… Alors que nous avons de la chance, celle d’être dans des pays en paix, de vivre et non pas de survivre.

Au même âge que nous, ils doivent avoir le courage de se battre pour leur futur pendant que nous sommes sagement assis sur les bancs de l’université ou nous cherchons gentiment à nous insérer sur le marché du travail…

Eux ont la force de croire en l’avenir et finalement c’est leur force de caractère qui nous a redonné de l’espoir ! Expérience déconcertante : alors que nous ne pouvions rien faire pour réellement améliorer leur quotidien, eux ont considérablement changé le nôtre : y apportant un vent d’optimisme…

Appel à la solidarité

Aujourd’hui, nous lançons un appel ! Nous invitons les citoyens à rester solidaires avec les demandeurs d’asile. L’actualité en chassant une autre, les réfugiés de Calais comme ceux du parc Maximilien et bien d’autres encore à travers le monde (re)tombent dans l’oubli. Or, c’est le moment ou jamais de montrer la force de nos démocraties !

Nous avons mieux à leur offrir que des murs, l’indifférence et la peur de l’autre. Nous pouvons ensemble enjoindre nos politiques à gérer la question migratoire avec davantage d’humanité et plus de dignité.

(1) Concrètement, le CJD encourage des jeunes volontaires à s’engager dans des actions qui permettent une meilleure compréhension de l’autre.