La Wallonie en 2025 : un scénario grec ? (OPINION)

La Wallonie en 2025 : un scénario grec ? (OPINION)
Contribution lecteur

Une opinion d'Alain Siaens, ancien président du Comité de direction et du conseil d'administration de la banque Degroof et professeur extraordinaire à l'UCL.


Pour être réélus, les politiciens cherchent à éluder les contraintes de budget. Ils rêvent de ne mettre dans le déficit qu’une part de leurs investissements, mais besoin de financement et surcroît de dette sont bien réels.

La sixième réforme de l’Etat attribue aux régions des compétences supplémentaires et leur financement corrélatif. Au bout de 10 ans, les moyens financiers de la région wallonne devraient s’aligner sur sa part dans les recettes publiques. Or la Wallonie, dont la population avoisine 32 % du total belge, "consomme" davantage (chômage supérieur, etc.), alors que sa part dans la production et l’emploi du secteur marchand n’atteint pas 26 %. Après réduction du transfert Nord-Sud comment la Wallonie va-t-elle financer 32 avec 26 ?

Les revenus nets des travailleurs des secteurs publics et non marchands proviennent des prélèvements dans la valeur ajoutée du secteur marchand. Celui-ci devrait produire assez de biens et services échangeables et exportables car les Belges importent plus de 50 % de ce qu’ils dépensent.

Les dirigeants wallons ont pris conscience de la nécessité d’un secteur marchand assez important pour en extraire de quoi financer leurs dépenses publiques. Ils ne peuvent indéfiniment y augmenter les taux de prélèvements sous peine de restreindre encore davantage l’activité et la base taxable.

Un secteur public hypertrophié

Le poids des secteurs publics et non-marchands subventionnés, rapporté au secteur marchand est le plus élevé d’Europe, cas grec excepté. Relativement aux revenus régionaux, les provinces et les cabinets ministériels wallons coûtent deux fois plus que leurs correspondants flamands. Ceux-ci diminuent davantage députés permanents, chauffeurs associés et conseillers provinciaux, en transférant rationnellement des compétences et des taxes à la région.

Le personnel des prisons compte 250 effectifs de plus en Wallonie qu’en Flandre et y fait davantage grève, tout comme dans les Tec qui comptent 130 administrateurs, alors que de Lijn en compte 11. Les francophones s’accrochent aux habitudes et ne rationalisent pas à froid ce qu’ils devront se résoudre dramatiquement à faire à chaud.

Dette publique et déficit wallons

La dette publique wallonne (sa dette propre et sa part de la dette belge égale à sa population relative) atteint 184 % du PIB wallon. C’est un ratio grec et ce, avant même que les moyens ristournés par l’Etat fédéral ne se réduisent.

Pendant des années, pour embellir les statistiques, on a occulté des éléments de cette dette en débudgétisant des dépenses : en faisant s’endetter des "bidules" ad hoc (Sofico, etc.) avec garanties, participations dans des intercommunales (25 000 employés contre 9 900 en Flandre), du leasing dans les sociétés de logement. Des intercommunales extraient des consommateurs de gaz et d’électricité une rente de monopole, redéployée dans une nébuleuse tentaculaire de sociétés privées achetées même à l’étranger, sources de prébendes, et ayant peu à voir avec un service public. Quel ne sera pas le coût du service de cette dette quand les taux d’intérêt remonteront au-delà de 4 % dès 2018 sans doute ?

"Politique industrielle" wallonne

Les dirigeants savent devoir promouvoir le secteur marchand productif, mais d’instinct idéologique ils n’aiment pas entreprises entrepreneurs et capital : ils préfèrent distribuer, subventionner, nommer et instituer des "bidules". Le "plan Marshall" témoigne de leur souci. On n’en est plus à l’arrosoir à subsides saupoudrant les "aides" à toutes sous-régions, à utiliser des subsides européens au Hainaut pour restaurer la Grand-place d’Ath, etc., au lieu de récréer une base productive.

Ce plan entend "aider" des entreprises (en leur ristournant conditionnellement un peu de ce que l’on y a prélevé). Son interventionnisme prétend déceler les secteurs d’avenir et les futurs gagnants.

Mais les politiciens savent-ils choisir les gagnants ? Microsoft, Apple et Google, pas plus que Melexis, IBA ou Omega Pharma ne sont issus de la subsidologie. Celle-ci suscite des chasseurs de subsides, coûteusement difficiles à obtenir et à arrêter, non sans effets d’aubaine, des quémandeurs assistés plutôt que des innovateurs motivés, des "dépendants" du bon vouloir de politiciens.

Il eut mieux valu, comme en Irlande, un taux d’impôt de société de 20 % sans plus d’exonérations et de niches fiscales, d’aides, subsides et subventions, une culture d’entrepreneuriat à encourager dès l’école.

En ce moment où la conjoncture se redresse mondialement et où l’on réduit les charges patronales, des dizaines de milliers d’emplois se créent. Le plan Marshall s’en attribue sans vergogne. Mais qu’en est-il vraiment ? De 2012 à 2016, les taux de croissance du PIB avoisinent 3,64 % en Wallonie, 4,26 % en Belgique. Durant le lustre précédent (2006 à 2011), ils furent respectivement de 6,56 % et 7,17 %. Le différentiel serait pire pour la seule valeur ajoutée marchande.

On en reste à un taux d’emploi (employés en % de la population en âge de travailler) de 59 % contre 68,4 % en Flandre. Le revenu par tête est 88 % de ce qu’il est pour le Royaume.

Perspectives d’ici 2025

A la différence des hommes d’Etat anticipant avec une vision à long terme, les politiciens, visant réélection et pouvoir, cherchent à éluder les contraintes budgétaires. Ils rêvent de ne mettre dans le déficit qu’un xe de leurs investissements sous prétexte qu’ils s’amortissent en x années, mais le besoin de financement et donc le surcroît de dette n’en existent pas moins.

Le PS annonce des mesures électoralistes :

- Réduction de la durée du travail à 4 jours (payés 5 jours) de quoi créer plus d’emplois dans les secteurs publics et non-marchands et en détruire dans le secteur marchand exposé à la concurrence.

- Augmentation des allocations sociales.

- Impôt sur la fortune et les plus-values.

- Permettre aux travailleurs (syndicats) d’occuper la moitié des organes dirigeants dans certaines sociétés.

Tout cela encouragera-t-il les implantations étrangères, les créations et expansions d’entreprises ?

Les dirigeants wallons de gauche restent influencés par l’idéologie collectiviste propre à la gauche française ou aux pays du "Club Med" plus que par les sociaux-démocrates germaniques et scandinaves soucieux de faire créer des richesses avant de distribuer, dont les pays performent en termes de croissance et d’emploi, sans programmes démagogiques.