PS liégeois : oser la révolution (OPNION)

Contribution lecteur
PS liégeois : oser la révolution (OPNION)

Une opinion de Claude Demelenne, essayiste, auteur de plusieurs ouvrages sur la gauche.

Morituri te salutant/Ceux qui vont mourir te saluent : gladiateurs déchus, les dirigeants du PS liégeois vacillent. Seules des mesures révolutionnaires sauveront - peut-être - leur parti. Voici mes dix propositions.

L’affaire Publifin-Nethys est dévastatrice pour le PS liégeois. Celui-ci n’a pas le choix : changer ou disparaître. Ce vendredi 17 février, son comité fédéral se réunit. Une réunion de crise. Tous ses membres ont-ils pris l’exacte mesure du séisme qui ravage leur camp ? Rien n’est moins sûr. S’abriter derrière les 21 mesures de bonne gouvernance adoptées le 23 janvier dernier par le Bureau du Parti ne suffit pas. Le PS liégeois doit aller plus loin pour regagner la confiance du peuple de gauche. Du passé, faisons table rase ? Oui, cent fois oui. Car le cocktail liégeois - enrichissement personnel, cumuls en rafales, ingénierie fiscale, participation à des fonds d’investissement douteux… - est à ce point imbuvable qu’il ne sera pas digéré avec quelques aspirines.

Pour inverser la tendance, voici dix propositions, applicables dans les délais les plus brefs.

1

Le PS liégeois exige de Stéphane Moreau qu’il communique le montant de son salaire. Quasiment classé "secret défense", ce salaire avoisinerait annuellement le million d’euros brut. Un tel montant ébouriffant a créé un traumatisme dans la population, et particulièrement parmi les électeurs socialistes. Le PS liégeois ne doit pas attendre que la commission d’enquête parlementaire contraigne Stéphane Moreau à s’exécuter. Il gagnerait à prendre les devants, faisant en sorte que son golden boy rende public, sans délai, le montant de sa rémunération à Néthys et dans ses filiales.

2

Le salaire du patron de Nethys est limité à 290 000 euros brut par an. Ce montant correspond environ au plafond des rémunérations pour les patrons des entreprises publiques fédérales. Si Stéphane Moreau s’accroche à son salaire actuel, il est exclu du PS liégeois. Elio Di Rupo a été clair en déclarant, le 23 janvier : "Au PS, nous ne faisons pas de la politique pour s’enrichir. Ceux qui verraient l’action politique sous cet angle n’ont pas de place chez nous."

3

Chaque élu socialiste liégeois rend publique sa déclaration de patrimoine. Au-delà du cas Moreau, sans attendre une éventuelle loi fédérale, le PS liégeois peut jouer un rôle avant-gardiste. Actuellement, cette déclaration existe mais elle n’est pas publique. Elle est déposée à la Cour des comptes, sous pli fermé, et ne peut être ouverte que dans le cadre d’une instruction judiciaire. En rendant public leur patrimoine, les élus du PS liégeois ne feraient que s’inspirer des exemples français, allemand, canadien ou norvégien. Après le tsunami Publifin, ils apparaîtraient comme des précurseurs.

4

La commission de Vigilance du PS liégeois s’ouvre à des militants de base. Quatre des cinq membres avec voix délibérative de cette commission - chargée des problèmes d’éthique - avaient un lien direct avec Publifin-Nethys et son patron. Une belle entreprise de noyautage qui ne peut se reproduire dans le futur. Soucieux de retourner à la base, le PS liégeois peut décider que, dorénavant, trois des cinq membres avec voix délibérative de ce comité d’éthique seront de simples militants, n’exerçant aucun mandat.

5

Le PS liégeois se féminise. Le fameux "club des cinq", organe informel qui dirige depuis dix ans le PS liégeois, est un cercle fort macho : Stéphane Moreau, André Gilles, Alain Mathot, Willy Demeyer, Jean-Claude Marcourt, pas une seule femme au top du parti. Le PS liégeois ne peut pas perpétuer une situation à ce point déséquilibrée.

6

Faire une place plus grande aux jeunes. Il y a belle lurette que le top du parti, à Liège, n’a plus franchement entrouvert la porte à un jeune élu. Les "fils de" et les quinquas font, pour l’essentiel, la pluie et le beau temps. Récemment, plusieurs jeunes socialistes ont fait part de leur trouble face aux pratiques de certains de leurs aînés. Il serait opportun de les écouter davantage.

7

Règler le cas Mathot. Il existe un malaise autour d’Alain Mathot. Mis en cause - mais jamais condamné - dans quelques "affaires" embarrassantes, le député-bourgmestre de Seraing a choqué en se faisant rémunérer par une société - pour payer moins d’impôt - dans le cadre de ses fonctions d’administrateur de NeWin, une filiale de Publifin. Laurette Onkelinx a jugé "scandaleux" ce recours à l’ingénierie fiscale. D’aucuns estiment qu’Alain Mathot devrait être suspendu du PS, comme ses camarades Moreau et Gilles. Le PS liégeois ne peut continuer à faire silence sur le cas Mathot.

8

Renouveler les cadres, vite. Le PS liégeois doit oser faire sa révolution interne. Cela passe par un renouvellement - au moins partiel - des cadres. Car on ne bouscule pas un système avec ceux qui en ont fait tourner, longuement, les rouages.

9

Un Magnette liégeois. Pour mettre de l’ordre à Charleroi, Paul Magnette avait été recruté dans la société civile. Même si les socialistes liégeois semblent vouloir faire eux-mêmes le ménage, ils pourraient confier une mission limitée, d’audit ou de recommandations, à une personnalité de gauche indépendante. Elle avait été nécessaire lors des "affaires" à Charleroi. Elle sera évitée à Liège, si et seulement si le PS s’auto-administre un traitement de choc.

10

Eviter la mise sous tutelle de la Fédération. Elle avait été nécessaire lors des "affaires" à Charleroi. Elle sera évitée à Liège, si et seulement si le PS s’auto-administre un traitement de choc.

Au sein du PS liégeois, certains se comportent en capitalistes rouges. Ils bafouent l’éthique, méprisent les règles, éludent l’impôt et creusent les inégalités sociales. Au fond, c’est leur rapport à l’argent que doivent repenser, d’urgence, les socialistes.