Mystère d’un printemps après l’hiver (CHRONIQUE)

Contribution externe
Mystère d’un printemps après l’hiver (CHRONIQUE)
©Pixabay (CCO)

Une chronique d'Eric de Beukelaer(1).


Ne pleurons pas au pied de la tombe d’un passé qui s’effrite. Accueillons la surprise de Pâques.


Il y a peu, je visitais une église destinée à être désaffectée au culte catholique, pour être confiée à une communauté protestante. C’était la fin de l’après-midi et le soleil déclinant brillait dans l’édifice, par une large baie vitrée qui faisait face au chœur. Je me surpris à penser : "Le soleil se couche ici, pour se lever ailleurs… une aventure spirituelle s’achève, là où une autre commence." Le renoncement à un bâtiment d’église n’est pas une décision facile à prendre et je suis d’avis qu’il faut étudier toutes les autres pistes, avant de s’y résoudre. Cependant, pareille expérience n’est pas dénuée de portée spirituelle, en ce monde où rien n’est éternel.

Autre illustration : à l’instar de tant de prêtres, je vis les funérailles comme une célébration à haute densité spirituelle. Personne - jeune ou vieux, riche ou pauvre, croyants ou pas - n’y est à l’abri des larmes, du vertige et des doutes. Les masques tombent. L’humain apparaît dans sa nue fragilité. Dans toute sa grandeur aussi. Récemment, je me retrouvai à l’église au milieu de près de 800 jeunes, rassemblés pour dire "A-Dieu" à l’un d’entre eux, décédé accidentellement. A la fin des hommages, ses proches demandèrent à la juvénile assemblée d’applaudir le défunt. Un tonnerre de vivats retentit longuement dans l’enceinte sacrée. Expérience surprenante, mais ô combien signifiante. Ce fut comme un cri de vie… Le cri du matin de Pâques.

Je pense aussi aux funérailles - bien plus classiques, celles-là - d’un prêtre de mon diocèse, décédé à un âge respectable. Une foule tout aussi dense, toutes générations confondues, s’était rassemblée. Plusieurs témoignèrent de ce que le défunt avait accompli au cours de son ministère. La vie de cet homme sans épouse ni enfants apparut soudainement tellement féconde. Ce confrère avait son caractère et ses défauts - bien sûr - mais il avait laissé l’Esprit façonner sa vie. Une authentique paternité spirituelle en découla. Une part du mystère du prêtre s’exprime peut-être là. Ce n’est qu’au jour où nous nous effaçons pour de bon, que l’œuvre de Dieu qui s’est bâtie par nos mains, apparaît en vérité.

Mystère d’un printemps après l’hiver. D’une vie qui traverse la mort. Mystère de l’Eglise aussi. Un type de vie ecclésiale disparaît sous nos yeux. Un modèle, né au XVIe siècle avec le grand Concile qui bâtit un catholicisme revigoré sur les ruines d’une longue décadence, causant la déchirure protestante. Avec le concile de Trente, naît - en effet - une Eglise qui quadrille le territoire et la vie des hommes. Elle le fait sous la direction de prêtres assumant toutes les responsabilités pastorales, au service de fidèles qui apprennent leur catéchisme par cœur. Depuis trois générations, nous assistons à l’effacement graduel de cette forme de vie chrétienne. Ma conviction est qu’il faudra au moins trois nouvelles générations pour qu’apparaisse, dans la foulée du concile Vatican II, une Eglise renouvelée.

Comme toute entité vivante, l’Eglise traverse les siècles en se régénérant. "Elle change pour rester la même", enseignait le Bienheureux John-Henry Newman. Comment et sous quelle forme ce printemps chrétien adviendra-t-il ? Celui qui cherche, en perçoit les prémices. Pour la suite, laissons le souffle d’En-haut nous surprendre. Telle Marie Madeleine, devant le tombeau vide, au matin du troisième jour.

"Femme, pourquoi pleures-tu ?" "Parce qu’on a enlevé mon Seigneur, et je ne sais pas où on l’a mis" (Jean 20, 11-13). Ne pleurons pas au pied de la tombe d’un passé qui s’effrite. Accueillons la surprise de Pâques - gage du Printemps nouveau : "Ne t’étonne pas que je t’aie dit : Il faut que vous naissiez de nouveau. Le vent souffle où il veut, et tu en entends le bruit; mais tu ne sais d’où il vient, ni où il va. Il en est ainsi de tout homme qui est né de l’Esprit" (Jean 3, 5-8).

(1) Blog: http://ericdebeukelaer.be/