Toujours plus de Tanguy. Inquiétant, selon une majorité d'entre vous

Dossier réalisé par Baptiste Erpicum (Avec Ma. Be. et Belga)
Toujours plus de Tanguy. Inquiétant, selon une majorité d'entre vous

Le nombre de jeunes âgés de 18 à 34 ans qui résident encore chez leurs parents a explosé en 2016. En cause ? La modification des conditions d’accès aux allocations d’insertion et l’allongement de la durée moyenne des études. Ce phénomène "Tanguy" préoccupe la majorité d’entre vous. Découvrez quelques avis partagés sur lalibre.be ci-dessous.


Inspiré du héros du film d’Etienne Chatiliez sorti en 2001, le terme "Tanguy" désigne les jeunes âgés de 18 à 34 ans qui résident encore chez leurs parents. Or, l’année dernière en Belgique, le nombre de ces jeunes a explosé.

En effet, si depuis 2004, le nombre de Tanguy augmente de manière régulière, la hausse a été particulièrement significative en 2016, jusqu’à presque atteindre le million de jeunes.

Ces chiffres ressortent d’un rapport publié ce mardi par l’Institut pour un développement durable (IDD) et qui se concentre sur l’évolution de trois indicateurs sociodémographiques majeurs (logement, revenu des familles et des jeunes, assurance autonomie). Le rapport s’est fondé sur les données du Bureau du Plan qui a récemment publié les perspectives démographiques 2016-2060.

"Le profil d’évolution du nombre de Tanguy est la résultante d’une baisse du nombre de jeunes de 18-34 ans jusqu’en 2005 puis d’une remontée par après et d’une croissance régulière du pourcentage de jeunes restant à domicile", explique l’IDD.

Difficultés pour trouver sa voie

Mais ce qui explique aussi l’explosion du phénomène "Tanguy", ce sont la modification des conditions d’accès aux allocations d’insertion et l’allongement de la durée moyenne des études supérieures. De fait, pour avoir droit à des allocations d’insertion, les jeunes doivent désormais avoir terminé leurs études et faire leur demande d’allocation avant d’avoir 25 ans et, dans le même temps, la durée moyenne des études augmente. "Une réglementation a fait passer de nombreux masters de quatre à cinq ans. On remarque aussi que de nombreux jeunes trouvent plus difficilement leur voie que par le passé et changent plusieurs fois de direction. Quand ils terminent finalement leurs études, leur passage vers l’autonomie est souvent difficile. Ils n’ont plus forcément accès aux allocations d’insertion et trouver un emploi n’est pas facile. Sans revenu, de nombreux jeunes sont forcés de rester chez eux", explique Philippe Defeyt, économiste.

Source de difficultés ou de tension

"Pour les parents concernés, l’allongement des études et/ou de la durée de présence des jeunes au domicile familial après les études (parfois, d’ailleurs, après une première expérience d’autonomie) peut être source de difficultés ou tensions", ajoute l’institut.

Enfin, selon le sociologue et président du Cetri (Centre tricontinental) Guy Bajoit, il faut comprendre qu’il y a, aujourd’hui, "un décalage entre les espoirs entretenus par la pub, les films, les success stories en général et les conditions d’épanouissement de plus en plus difficiles pour les jeunes." "Les Tanguy, poursuit-il, comptent le plus souvent parmi ceux qui acceptent de renoncer à une certaine liberté pour réaliser leurs objectifs (études, réalisation d’une passion artistique…), ou parmi ceux qui, faute de trouver leur voie, profitent de la solidarité familiale."

Toujours plus de Tanguy. Inquiétant, selon une majorité d'entre vous
©IPM


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Vos opinions : Plus de la moitié d’entre vous (63%) se dit "préoccupé" par l’augmentation du nombre de jeunes vivant chez leurs parents. Pour beaucoup, cela marque des difficultés à trouver un emploi stable, des conditions plus strictes aux allocations d’insertion et une hausse des loyers. Toutefois, certains assument de profiter du cocon familial, le temps d’étudier ou d’économiser.


Quelques-uns de vos avis partagés sur lalibre.be

Yves, 22 ans 

Certains Tanguy vivent volontairement chez leurs parents, comme moi qui poursuis mes études. D’autres, par contre, voudraient pouvoir quitter le cocon familial, mais hésitent pour des raisons financières. Aujourd’hui, il est de plus en plus difficile d’obtenir un CDI. Beaucoup de jeunes doivent se contenter de jobs en intérim peu rémunérateurs.

Virginie, 37 ans 

Un jeune que je connais habite chez ses parents parce qu’il est célibataire et n’a pas les moyens ou l’envie de quitter le cocon familial. Ce qui m’inquiète, c’est que la société ne pousse pas ces jeunes à affronter le monde. Sans doute leur faudrait-il un bon coup de pied aux fesses ? Blague à part, on devrait leur offrir un avenir plus "rose".

Amandine, 26 ans

Je suis une Tanguy. Je n’ai trouvé un job qu’en décembre 2016. Et il est difficile de trouver un logement décent à un prix raisonnable. Le fait qu’il y ait de plus en plus de jeunes dans mon cas ne m’étonne pas. Selon moi, il faudrait faciliter l’accès aux crédits hypothécaires et diminuer les taxes et les impôts.

Camille, 26 ans 

Impossible d’assurer le quotidien (loyer, charges, courses, loisirs…) s’il n’y a pas de rentrées d’argent. Il faut notamment revoir la réforme des conditions d’accès aux allocations d’insertion qui a privé plein de jeunes de ce filet de sécurité, faire en sorte que les employeurs payent moins cher pour employer quelqu’un et baisser les loyers.

Caroline, 22 ans 

Je suis une Tanguy. Mais je poursuis encore des études, dans une université à vingt minutes de la maison. Pour moi, si on reste à la maison, tant qu’on est étudiant ou qu’on est un jeune professionnel qui se lance, ce n’est pas inquiétant. Ceci dit, j’aimerais beaucoup koter. Pourquoi ne pas organiser une bourse aux kots ?

Sarah, 24 ans 

Je vis chez mes parents car j’ai pris la décision de reprendre des études. En fait, je trouve que mes études sont plus importantes que le fait de prendre mon indépendance le plus rapidement possible. Ce n’est pas toujours facile mais je pense devoir "mordre sur ma chique" encore quelques années.

Bertrand, 26 ans 

Je vis chez mes parents. Je paye un loyer (250 euros) pour être logé, nourri et parfois blanchi. Mais c’est beaucoup moins cher que si je devais louer un appartement. Heureusement, je m’entends très bien avec mes parents, donc cela se passe bien. D’après moi, il ne faut pas trop s’inquiéter du nombre croissant de Tanguy, c’est juste le résultat de l’évolution de nos sociétés.