Le MR devrait s’inspirer de la N-VA (OPINION)

Le MR devrait s’inspirer de la N-VA (OPINION)
©Blaise Dehon
Contribution externe

Une opinion d'Etienne Dujardin, juriste. 

En 10 ans, le MR a perdu 1 électeur sur 3. Il ne colle pas assez au cœur de son électorat. Exemple : il a abandonné les pro-nucléaire. Avec un peu de courage, pourtant, il aurait un boulevard devant lui. Comme la N-VA.

Tous les partis traditionnels souffrent dans les sondages. Certains plus que d’autres, comme le PS et le CDH. Cependant, malgré la faiblesse jamais vue de ces deux concurrents historiques, le MR n’arrive pas à en profiter et tourne autour de 20 % dans les sondages. Un résultat bien loin des 31,2 % obtenus par le MR en 2007, lorsque Didier Reynders avait mené une campagne très solide pour "changer le centre de gravité".

La preuve par le nucléaire

En dix ans, c’est un électeur sur trois qui est parti. Les raisons sont multiples, mais l’une d’entre elles est que le MR ne colle pas assez au cœur de son électorat. Le dernier couac du gouvernement concernant le nucléaire est extrêmement révélateur. Alors qu’Ecolo était isolé sur la scène francophone pour demander la fin du nucléaire il y a seulement quelques années, il n’y a aujourd’hui plus aucun parti francophone qui soutient sa prolongation… le MR abandonnant ainsi une partie importante de ses électeurs favorables au nucléaire.

Personne n’est contre le mix énergétique (1) ou la défense de notre planète, mais dire aujourd’hui que l’on va réussir à se passer du nucléaire en 2025 est irréaliste. Ceux qui sont contre la moindre prolongation du nucléaire, le temps de construire une alternative crédible et durable, doivent assumer aujourd’hui qu’ils sont pour l’augmentation du coût de l’énergie pour les ménages et les entreprises.

La fin du nucléaire va provoquer une insécurité d’approvisionnement plus grande et une perte de milliers d’emplois dans notre filière industrielle ainsi qu’une augmentation des émissions de CO2. Une fois le secteur tué en Belgique, on devra aussi m’expliquer quel est l’avantage en termes de sécurité ou d’environnement d’importer ensuite du nucléaire produit juste à notre frontière. On nage encore en plein surréalisme à la belge et aucun parti francophone ne s’oppose au diktat idéologique imposé par certains. L’actuel chef de groupe du MR à la Chambre, David Clarinval, l’avait pourtant compris déjà en 2015 et demandait une prolongation du nucléaire, mais il n’a pas été suivi.

Autre exemple : l’enseignement

On pourrait prendre d’autres exemples pour illustrer notre propos comme l’opposition assez soft que le MR déploie face au Pacte d’Excellence. A voir les enquêtes d’opinion, le soutien est très faible. Les directeurs, les parents, s’inquiètent de cette réforme. A force de prôner "l’école de la réussite" et d’imposer des pédagogies innovantes, on a cassé l’école et augmenté les inégalités. Car la réalité, c’est que les enfants des publics favorisés fréquentent les écoles plus exigeantes sur la transmission des connaissances.

Vincent de Coorebyter le résumait assez bien : "Cette pédagogie nouvelle est une pédagogie de la bienveillance : l’école doit cesser de faire échouer les élèves défavorisés à force d’être trop formaliste, trop exigeante. Mais l’école, aujourd’hui, fait échouer parce qu’elle n’est pas assez exigeante : elle n’est pas assez ambitieuse dans ses attentes, pas assez rigoureuse dans ses méthodes, pas assez courageuse dans ses évaluations."

Le Pacte d’Excellence ne rompt absolument pas avec cette pédagogie de la bienveillance. Le MR a un boulevard devant lui en cette matière et pourrait s’inspirer du magnifique travail déployé par le ministre français de l’Education nationale, Jean-Michel Blanquer, qui fait en réalité tout l’inverse de ce que le Pacte d’Excellence propose tant au niveau de la méthode que du fond de sa réforme.

Culture, fraude fiscale, etc

Pour reprendre des couleurs, la droite doit plus penser à ses électeurs qu’au qu’en-dira-t-on et avoir le courage politique de défendre les citoyens qui lui font confiance. Le MR est peu présent dans des débats qui pourraient rassembler tant les classes moyennes ou aisées que les classes populaires, on pense à des sujets comme la défense de notre culture, un nettoyage drastique dans la lasagne institutionnelle belge à la fois coûteuse et inefficace, la suppression des provinces, la lutte intensive contre la fraude fiscale en y mettant les agents et magistrats nécessaires, la personnalité juridique des syndicats, la promotion du local et du bio dans nos écoles, la promotion des circuits de distribution face aux grands acteurs de l’industrie alimentaire parfois peu scrupuleux. Les sujets à creuser ne manquent pas, mais la vision politique semble faire défaut.

Comme la N-VA

On l’aime ou on ne l’aime pas, mais la N-VA a du courage politique et, pour l’instant, cela lui réussit. On l’a encore vu la semaine dernière, le parti flamand ne se laisse dicter sa conduite par personne. Les personnalités du parti flamand cartonnent dans les sondages même en Wallonie et Bart De Wever dit qu’il reçoit des dizaines de courriers lui demandant de créer une N-VA dans la partie francophone du pays.

Le MR devrait s’en inspirer, revoir sa stratégie et apporter un peu de fraîcheur dans ses cadres, car sans cela il continuera à stagner autour des 20 %.

La N-VA s’est imposée en Flandre, car elle a réussi à imposer ses thèmes et ses convictions dans le débat d’idées. A force de ne pas écouter ses électeurs, on se fait souvent déborder, soit par un nouveau parti qui émergerait, soit par ses concurrents, l’électeur n’appréciant jamais que l’on oublie de défendre ses revendications.

Le titre, l’introduction et les intertitres sont de la rédaction. Titre original : "Nucléaire et autres : la droite n’a rien à gagner à subir l’hégémonie culturelle de la gauche".

(1) Mix énergétique : la proportion dans laquelle chaque pays utilise les différentes énergies dont il dispose pour satisfaire ses besoins énergétiques.