Je suis athée, et pourtant je ne me ferai jamais débaptiser

Contribution externe
Je suis athée, et pourtant je ne me ferai jamais débaptiser
©REPORTERS

Un témoignage de Liv, maman de trois enfants et auteure du blog "Maman Lempicka" (1).

Je suis athée. Mon athéisme n’est pas un choix par défaut ou un non choix. C’est le fruit d’une longue maturation, j’y tiens énormément, j’en suis fière, il fait partie de mon identité. J’aime en parler, j’aime en débattre. Mon athéisme, c’est ma foi à moi.

Je suis convaincue qu’il n’existe absolument rien d’autre et nulle part ailleurs. Logiquement, je me suis mariée civilement, je souhaite être enterrée civilement, je n’élève pas mes enfants dans une quelconque foi, même si je les alimente côté "culture religieuse".

Dans ces conditions, et à l’heure où la question se pose régulièrement dans les médias, je dois t’avouer que j’ai pensé à franchir le pas de la débaptisation. Plusieurs fois. J’ai été baptisée bébé, selon la volonté de ma mère, mon père étant lui même un mécréant, et fier de l’être. Me faire débaptiser est quelque chose qui me plairait beaucoup. Qui me ressemblerait, entre prise de position, logique, transgression, volonté de faire coïncider les idées, les actes et l’identité. Et pourtant, je ne le ferai jamais. J’aurais pu le faire, à 20 ans, sur un coup de sang ou de folie. Mais à 35, j’ai bien trop de recul sur la question, et je vais t’expliquer pourquoi.

La débaptisation n’existe pas dans la religion catholique

T’es baptisé(e), tu restes baptisé(e). A vie. Selon la chrétienté. Tu pourrais arguer du fait que je me contrefous des lois divines et que seule compte la loi de la République. Je te répondrais que m’engager dans une démarche qui n’a d’impact que pour l’une des parties, enlève tout sens et toute portée à la dite démarche. A quoi cela sert-il de me débaptiser si l’Eglise me considérera toujours comme l’une de ses membres, quoique que je fasse pour m’en défendre?

Beaucoup d’énergie pour pas grand chose

Tu t’en doutes, tu ne te débaptises pas comme tu vas faire tes courses. Tu dois retrouver ta paroisse de baptême, écrire à ta paroisse, attendre la réponse de ta paroisse, souvent floue ou négative, relancer ta paroisse en arguant de tes droits fondamentaux, attendre à nouveau une réponse, contrôler que ta demande a bien été exécutée dans sa totalité…Franchement? J’ai d’autres chats -en peluche- à fouetter.

Refus du militantisme

Actuellement, on parle souvent de débaptisation dans le contexte des scandales sexuels autour de l’Eglise. Chez moi, nulle volonté de lier cet acte à l’actualité, ou de le transformer en militantisme. Je le considérerais comme un choix personnel ayant une valeur et une logique profondes, et je ne le revendiquerais pas forcément comme quelque chose de politique ou ayant valeur d’exemple.

Respect du choix initial de ma mère

Me débaptiser me demanderait beaucoup d’énergie…et ferait sûrement de la peine à ma mère. Non qu’elle soit une fervente catholique. Mais ce serait renier un choix qu’elle a fait par amour. Qui suis-je pour juger les raisons, le contexte, l’habitude, le conformisme ou la réelle conviction profonde qui l’ont amenée à faire ce choix il y a 35 ans? Qui suis-je pour fouler aux pieds cet héritage qu’elle a souhaité me léguer, qui n’a pas mûri, qui n’a donné aucune fleur, mais qui fait tout de même partie de moi?

La religion catholique est une part de mon identité

Il fut un temps où ça m’aurait fait mal, ne serait-ce que de l’avouer. Mais la religion catholique fait partie de mon passé, de mon histoire et donc de mon identité. Parce qu’elle a structuré la jeunesse de ma mère. Parce qu’elle s’est érigée en opposition avec la branche paternelle de ma famille. Parce qu’elle a été le creuset de ma scolarité et de mes amitiés initiales. Parce que ses histoires, sa morale ont constitué une partie de mon enfance. Parce que dans ma famille, elle a été reniée, réappropriée, revisitée, dans un va et vient houleux et perpétuel.

Mon baptême, c’est la trace de tout ça. La trace de l’amour, d’un choix de jeunesse plein de ferveur. La trace d’une histoire, faite aussi de rejet, de compromis et d’acceptation. La trace d’une graine qu’on a déposé dans mes mains, qu’on a tenté d’alimenter et de faire fleurir, mais qui n’a jamais pris racine. Aujourd’hui, cette semence est asséchée, mais je la conserve dans un tiroir, précieusement, parce qu’elle dit d’où je viens, et par où je suis passée.

(1) : Ce texte a initialement été publié sur le blog "Maman Lempicka".