Turquie-Syrie : lettre ouverte à nos dirigeants et dirigeantes politiques

Contribution externe
Turquie-Syrie : lettre ouverte à nos dirigeants et dirigeantes politiques
©AFP

Une opinion de Bérivan Güzel, citoyenne belge, européenne, kurde.

A nos dirigeants et dirigeantes politiques,

A chaque partie incombe d’honorer sa part de responsabilité.

Depuis la guerre en Syrie, les combattants kurdes ont constitué le principal rempart face à Daech. On se souvient de ces images qui ont émus le monde entier, de ces femmes courageuses qui ont bousculé l’imaginaire collectif occidental. Résistantes et actives, elles ont suscité la fascination.

Cette détermination, c’est l’héritage des décennies de résistance. C’est l’évolution d’une idéologie qui a appris que la remise en question est la clef de l’amélioration, pour s’adapter toujours au mieux aux besoins et droits des peuples. Lorsque la guerre a éclaté en Syrie, les combattants du YPG étaient donc prêts. Ils et elles sont nés prêts. Car l’histoire a fait de l’ironie la malédiction du peuple kurde, reproduisant indéfiniment les attaques et les trahisons. J’ai toujours été ébahie par la force des kurdes à se relever et recommencer, par leur incroyable résilience.

Lorsque Daech a été chassé du nord de la Syrie, le YPG a pu mettre en place son projet de confédéralisme démocratique aux ambitions anticapitalistes, féministes et écologistes. Ramener les processus décisionnels au niveau local, créer la coprésidence homme-femme à tout niveau de pouvoir, créer des assemblées avec des représentant·e·s du peuple qui proviennent des différentes composantes ethniques et confessionnelles de la région, autant d’exemples qui nourrissent un modèle novateur dans un Moyen-Orient où les despotismes régissent encore de nombreux systèmes.

Mais voilà que ce projet est mis à mal par une Turquie ultra-nationaliste, belliqueuse et obsédée par la peur d’un système autonome à majorité kurde à ses frontières. En effet, plus de 25 millions de kurdes vivent en Turquie mais sont constamment opprimés et marginalisés. L’impératif est de réprimer tout espoir. Son calcul est donc simple : se débarrasser de ses 3,6 millions de réfugiés en les relogeant dans le Rojava, modifier ainsi la démographie du terrain pour saboter l’organisation sociale et faire de Daech le garde-fou de cette nouvelle configuration.

A l’heure où j’écris, des centaines de djihadistes ont déjà fui les camps où ils et elles étaient détenus, une femme politique kurde et plusieurs autres civils ont été froidement assassinés par une milice djihadiste enrôlée par l’armée turque et la presse pro-gouvernementale turque s’en félicite. En Turquie d’ailleurs, les opinions divergentes quant à l’invasion de la Turquie sont réprimées. La rhétorique de l’ennemi kurde, menace à l’unicité de l’Etat est déversée abondement. Chaque pensée ou identité qui n’entre pas dans les rangs est taxée du qualificatif le plus apprécié d’Erdogan : terroriste.

Mais qui sont les véritables terroristes ? La réponse est une évidence qu’il est temps de dire à voix haute. Les combattants kurdes, arabes, chrétiens, turkmènes se sont battus pour l’honneur de l’humanité. Où est passée justement notre humanité ?

A nos dirigeants et dirigeantes politiques belges et européens, comment voulez-vous qu’on se souvienne de vous dans 100 ans ?

Il est plus que tant de faire preuve de décence. Il est plus que tant de démontrer que l’Europe n’est pas seulement un projet économique mais qu’il se fonde sur des principes et des valeurs non négociables. J’ai envie d’y croire, faites-moi y croire.