"Nous soutenons les revendications des élèves de l'athénée royal Andrée Thomas"

Contribution externe
"Nous soutenons les revendications des élèves de l'athénée royal Andrée Thomas"
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Une opinion de professeurs d’universités, membres de syndicats et d’associations et de citoyens (1).

Nous professeurs d’universités, membres de syndicats et d’associations, citoyens, nous soutenons les revendications des élèves d’Andrée Thomas, à Forest. Leur cahier de revendications concerne à la fois des problèmes très spécifiques et en même temps génériques, d’ordre autant descriptif que prescriptif. A travers ces revendications, il nous semble que les élèves d’Andrée Thomas sont en train d’inventer un droit nouveau, à la fois plus précis et plus historiquement situé que les droits de l’enfant. Un droit qui est lié à l’historicité de la forme scolaire même, à ce que nous pourrions appeler la "domination scolaire". Ce registre du discours nous semble particulièrement opératoire au sens où il permet la critique du fait d’être éduqué de cette façon plutôt que de faire recours à la notion plus abstraite des "droits de l’enfant" ou de simplement se fondre dans un agenda plus vaste de refinancement. A travers leur pratique politique, il nous semble que les élèves d’Andrée Thomas cherchent moins une forme de respect sur la base de grands principes fondamentaux que de faire pression sur les différentes formes d’autorité dont ils subissent la domination (l’école, la direction, la commune, la communauté Wallonie-Bruxelles, etc.) pour faire entendre leur condition spécifique en tant "qu’élève". En tant qu’élèves d’une école à "discrimination positive" et en tant que jeune issus de l’immigration, les jeunes d’Andrée Thomas exigent respect et dignité. Ils font acte d’un pouvoir étudiant nouveau, conscient de cette double condition d’oppression et bien décidé à interpeller tous les niveaux de pouvoir. Nous sommes convaincus que ces revendications rencontreront celles d’autres élèves d’autres écoles bruxelloises. C’est pourquoi en concertation avec les délégués des élèves d’Andrée Thomas nous avons estimé important que ces revendications soient publiées et diffusées au-delà du cadre de leur école pour obtenir un écho le plus large possible.

Voici les revendications des élèves :

Nous, élèves de l’Athénée Royale André Thomas faisons part de nos revendications concrètes et précises concernant l’amélioration de nos conditions d’études afin de poursuivre une éducation sereine, respectueuse et digne de ce nom pour nous permettre d’acquérir les connaissances et les outils nécessaires afin de devenir des adultes citoyens responsables. Problématiques rencontrées et pour lesquelles nous demandons des solutions rapidement :

Violences policière

Nous dénonçons le déploiement policier (une cinquantaine de policiers armés de matraques et d’armes à feu, la brigade anti-criminalité avec des chiens sans muselières, menaces mises en application de « tous nous gazer », un élève arrêté, insulté et frappé) qui a été mobilisé lors de notre grève pacifique du 3 décembre dernier.

Le bourgmestre ayant le rôle de chef de la police, nous souhaitons qu’il reconnaisse que ce déploiement était inconsidéré et qu’il a surtout échauffé les esprits des élèves qui se sont sentis alors stigmatisés.

Nous ne nous sentons plus en sécurité à l’intérieur même des murs de l’école. Nous demandons qu’une enquête soit ouverte pour déterminer les responsabilités et pour que cela ne se reproduise plus à l’avenir. Nous avons besoin de pouvoir nous exprimer sur les problèmes structurels de notre école pour trouver un écho constructif afin de tenter de nous en sortir.

Représentativité

Nous voulons plus de réunions de délégués afin de faciliter la diffusion des informations importantes qui sont données à la dernière minute ou pas du tout et qui sont souvent incomplètes mais aussi afin de faciliter la communication avec la direction.

Nous voulons une présence de représentants d’élèves lors des conseils de classe.

Discipline

R.O.I. signé sous la menace et sans temps de lecture.

Nouvelle réglementation sur les 30 demi-jours d’absence justifié (si dépassement élève libre)

Les cartes étudiantes ne sont toujours pas fournies alors que nous sommes au mois de décembre.

Période d’examens : dates d’examens non communiquées, matières d’examens non reçues, révisions non organisées. Aucun horaire d’examens n’a été donné à une semaine des examens.

L’école n’a pas le droit de mettre une caméra de surveillance sans qu’il n’y ait de panneaux pour l’indiquer (cf. « loi réglant l’installation et l’utilisation de caméra de surveillance, 21 mars 2007 »)

L’étude des 5eme et 6eme inaccessible pour un élève qui est accusé d’avoir fumé dans l’étude.

Matériel/infrastructure

Matériel sportif quasi inexistant ou défaillant.

Matériel informatique défectueux, problèmes de réseaux, imprimantes défectueuses, pas de papier.

Les PC et les imprimantes ne fonctionnent pas.

Le réseau dans les locaux informatiques en dysfonctionnement total.

Hygiène

Les locaux sont sales.

Les escaliers sales ainsi que les couloirs.

Mauvaises odeurs dans les couloirs et les classes.

Les poubelles jamais vides.

Pas de papier toilettes mis à disposition.

Porte de toilettes manquantes.

Porte des toilettes fermées à clef.

Pas de sachet pour fournitures périodiques.

Pas ou très peu d’eau dans les éviers.

Salle de gymnastique insalubre.

Les vestiaires sont insalubres, de l’eau coule sur nos têtes ainsi que des trous visibles sur le plafond.

Douches défectueuses.

Il n’y a pas de douche avec eau chaude mise à disposition pour les animations.

Ambiance thermique inadéquate : pas de chauffage en hiver + mauvaise isolation des fenêtres (simple vitrage), trop chaud en été (fenêtres fermées, trop petites ou condamnées et chauffage allumé en été).

Discrimination/aide

Voyage scolaire : pas de caisses de fond d’aide.

Il n’y a aucune somme d’argent qui est investie pour les élèves qui n’ont pas les moyens de payer leur voyage ainsi que leurs frais scolaires !!! (Décret du 24 juillet 1997 "Missions, article 5, 43")

Où va l’argent donné à l’école, notamment les subsides supplémentaires ("discriminations positives") ? Où ces subsides sont-ils investis ? (Enquête)

Nous attendons une réponse des différents niveaux de pouvoir (direction, commune, Fédération Wallonie-Bruxelles) avec un plan d’actions mis en place par la FWB afin de répondre aux problématiques énoncées plus haut et rétablir un climat serein et apaisant dans toute les écoles de Bruxelles qui se sentent délaissées depuis une dizaine d’années maintenant. Merci pour votre compréhension. La délégation des élèves de l’ARAT. Nous appelons les élèves des autres écoles bruxelloises à rejoindre notre mouvement sur la page Facebook "Arat Information Elèves"

(1) Liste des signataires:

Isabelle Stengers, Philosophe

Didier Debaise, Professeur de philosophie, ULB

Pierre-Joseph Laurent, Professeur à l’Université Catholique de Louvain

Sophie Klimis, Professeure ordinaire de philosophie, Vice-Doyenne à la recherche de la faculté de droit, Université Saint-Louis-Bruxelles

Benedikte Zitouni, Sociologue, Université Saint-Louis Bruxelles

Grégory Cormann, Philosophe, Université de Liège

Jean-Claude Englebert, Ancien 1er échevin de la Commune de Forest

David Jamar, Professeur de sociologie, UMons

katrin solhdju, Professeur, UMons

Koenraad Bogaert, Professeur, UGent, MENARG – Conflict and Development Studies

Grégoire Wallenborn, Citoyen forestois et professeur à l’ULB

Julie Carlier, UGent

Laurence Rosier, Professeure ULB

Moritz Lennert, Chercheur à l’IGEAT

Luis Martínez Andrade, Sociologue

Selim Nadi, ATER à l’université Lyon 2

Sixtine Van Outryve, Chercheuse en droit, UCL

Andrew Crosby, Sociologue, ULB

Leila Mouhib, Politologue, ULB

Elsa Roland, Sciences de l’éducation, ULB

Justine Vleminckx, Anthropologue, UCL

Soraya El Kahlaoui, Sociologue, UGent

Fayrouz El Yousfi, Politologue, UGent

Jérémie Piolat, Anthropologue, UCL

Martin Vander Elst, Anthropologue, UCL

Laurence Baud’huin, Institutrice Ecole Emile André

Khadija Senhadji, Socio-anthropologue et militante

Laura Del Valle Lastra, Professeure à l’ARAT

Mélanie Detournay, Professeure à l’ARAT

Rémy Farge, Formateur à la Ligue des droits humains

Julia Galaski, Collectif des madres

Latifa Elmcabeni, Collectif des madres

Karim Brikci-Nigassa, Délégué permanent CGSP Hopital Brugmann

Anaïs Carton

Oumar Diallo, Collectif Mémoire Coloniale

Fatma Karali, Des Mères Veilleuses (Collectif de mères monoparentales)

Seyma Gelen, Enseignante et féministe décoloniale

Selma Benkhelifa, Avocate

Georgine Dibua, Bakunshita

Manu Scordia, Dessinateur

Maryam Kolly, Sociologue, Université Saint Louis

Hugo Périlleux Sanchez, Assistant à l'ULB

Monique Mbeka, Réalisatrice et productrice, conférencière décoloniale

Mouhad Reghif, Porte-parole de Bruxelles Panthères

Nordine Saidi, Militant Decolonial, membre de BP

Rachida El Baghdadi, Travailleuse sociale

Candice Vanhecke, Présidente de Be.One

Marianne VanLeeuw Koplewicz, Editrice

Martin Lamand, Juriste

Pauline Fonsny, Cinéaste et enseignante

Renaud-Selim Sanli, Ecrivant-militant

Charlotte Casier, Militante féministe et syndicale

Thomas Coumans (artiste / collectif On est Tou.te.s)

Linde Polfliet, Extinction Rebellion

Laetitia Damanet (enseignante dans le secondaire)

Ligue des droits humains.

Comité CGSP enseignement recherche, ULB

JOC - Jeunes Organisés et Combatifs

MOC Bruxelles

Vie féminine Bruxelles

Bruxelles Panthères

Comité Mawda – Vérité et Justice

Editions du Souffle

Collectif féministe Kahina

IWW Belgium

La Nouvelle Voie Anticoloniale

Extinction Rébellion Bruxelles

Comité des Travailleurs.ses Migrants.tes. avec et sans papier de la CSC Bruxelles

Association marocaine des droits de l’Homme (Section Bruxelles)

ESG ASBL

Comité des Parents contre les Violences Policières (Molenbeek)

Le Poisson sans bicyclette – café féministe