Une opinion de Ken Fisher, fondateur et président de Fisher Investments, société de gestion de fonds.


L’année 2020 ne se terminera peut-être pas sur les 20 % de hausse que nous avons connus en 2019, mais l’optimisme est de mise. Voici pourquoi.


À quelques jours de la fin d’année, le marché haussier actuel est bien parti pour signer son meilleur millésime. Du haut de ses dix ans, c’est le plus long de l’histoire. Les marchés mondiaux affichaient une hausse de 28,5 % fin novembre, dans le haut de la fourchette de nos prévisions pour 2019. Et ce n’est pas tout, si la progression se fait moins spectaculaire, étonnamment, rien ne semble en mesure d’empêcher les actions mondiales de continuer à gagner du terrain en 2020.

Toutefois, nombreux sont ceux qui ne partagent pas cet avis. Pour eux, les records historiques de 2019 signent la fin de l’ascension. Ils affirment que l’incertitude politique et la morosité de la croissance économique sont des "dangers largement sous-estimés" - et ce ne sont pas les élections américaines qui vont calmer le jeu. Faudrait-il donc vendre, prendre ses bénéfices et éviter ainsi l’éventuelle baisse du marché avant qu’il ne soit trop tard ?

Surtout pas. Les marchés ne fonctionnent simplement pas de cette manière. Les grandes années ne condamnent pas les actions à une baisse systématique au cours de l’année suivante. Globalement, les actions ont grimpé de 20 % ou plus 14 fois au cours des 49 dernières années (depuis 1970). À onze reprises, l’année suivant ces hausses était positive (bien qu’à différents degrés). Que s’est-il passé lors de ces trois années de recul ? À l’exception de 1994 qui a connu un repli de 7,5 %, les deux autres replis observés respectivement au cours de l’année 1973 et de l’année 2000 s’inscrivaient dans une tendance baissière plus globale. En effet, les replis de 1973 et 2000 se sont amorcés dans des contextes d’euphorie rendant les investisseurs aveugles aux nouvelles négatives. Rien à voir donc avec une quelconque peur de lendemains maussades après une année de performances exceptionnelles.

Pourquoi le repli en 1973 ?

Dans les années qui ont précédé la crise de 1973, les banquiers américains n’avaient d’yeux que pour les Nifty Fifty, des actions glamour qu’il fallait absolument avoir en portefeuille. Les entreprises américaines avaient fait exploser l’offre en émettant autant d’actions entre 1968 et 1972 que depuis la fin de la guerre. De plus, au cours de cette période, les gouvernements ont commencé à s’intéresser de plus près aux valorisations. Enfin, ajoutons à cela l’embargo pétrolier qui se profilait et qui a fini par entraîner des pénuries en Belgique et dans le monde entier. Aveuglés par l’euphorie, les investisseurs n’ont pas mesuré l’ampleur de ces problèmes et leur impact.

La bulle technologique de 2000

Même phénomène pour la bulle technologique de 2000. L’engouement pour Internet a poussé les investisseurs (même les plus timorés) à accumuler les paris spéculatifs non diversifiés sur des sociétés technologiques aussi obscures que microscopiques. Les experts estimaient en effet qu’avec "la nouvelle économie du web", les bénéfices étaient devenus accessoires et que seuls comptaient les clics et les idées futuristes. La peur d’un ralentissement s’est évanouie au moment même où celui-ci s’amorçait. Rares sont ceux qui ont vu que la courbe des taux américains s’était déjà inversée. Les innombrables introductions en Bourse de pacotille ont attiré les investisseurs et l’offre de titres a continué d’enfler. Comme nous le disons souvent, les marchés haussiers meurent frappés par un cataclysme inattendu ou, plus souvent, au paroxysme de l’euphorie. C’est ce qui s’est produit en 1973 et en 2000 : les investisseurs n’ont pas vu des obstacles pourtant apparents.

En Belgique

La situation est bien différente aujourd’hui. La performance des valeurs récemment introduites en Bourse est faible et les fusions-acquisitions par échange d’actions sont rares. Les investisseurs ont de moins en moins recours à la dette sur marge. Les fonds actions ont enregistré une décollecte, ce qui est toujours une bonne chose. Pourtant, entre avril 2018 et novembre 2019, le climat des affaires s’est dégradé en Belgique, passant de 108,7 à 95,3. Ce niveau n’avait plus été atteint depuis 2013 pendant la crise de la dette souveraine en Europe. Personne ne dit que nous vivons dans un boom permanent. Une phase d’euphorie ? En ce moment ? Balivernes !

Une hausse timide en 2020 ?

Pour 2020, les surprises devraient pour l’essentiel être positives. Alors que beaucoup redoutent un ralentissement de la croissance, ces dix années de hausse prouvent qu’une économie moins dynamique n’est pas de nature à affecter les actions, dont l’évolution est dictée par l’écart entre anticipations et réalité. Si tout le monde pense que le ralentissement sera synonyme d’absence de croissance, une hausse, même timide, est une bonne nouvelle. L’année 2019 illustre parfaitement le propos.

Élections présidentielles US

Sur le plan politique, le flou entourant les élections présidentielles américaines suscite bon nombre de craintes. Les hedge funds y vont de leurs supputations sur l’impact négatif que l’élection de tel ou tel candidat démocrate aurait sur les actions, le grand nombre de prétendants n’arrangeant rien. Cela n’a rien d’extraordinaire : l’incertitude politique pèse souvent sur les performances boursières, mais elle finit par retomber en fin de campagne, ce qui dope le marché. Ainsi depuis 1925, Wall Street a grimpé dans 83 % des cas (en dollars) les années d’élection présidentielle. En moyenne, la hausse s’est établie à 11 %, l’essentiel intervenant à l’approche du scrutin. Comme présenté en avril, on observe une corrélation entre les performances des Bourses américaines et celles de leurs homologues européennes et belge, les premières donnant une impulsion aux secondes. Ce qui est bon pour l’Amérique est généralement positif pour l’Europe.

À quoi ressemblera 2020 ? Aucune idée. Si un démocrate fait la course en tête, les gains devraient être inférieurs à la moyenne l’an prochain, la rhétorique "antibusiness" de la campagne risquant de susciter des craintes. Si une victoire démocrate se confirme, 2021 s’annonce par contre excellente car les promesses de campagne extravagantes se traduisent rarement en actes, ce qui constitue une bonne nouvelle pour les marchés. À l’inverse, si Donald Trump mène la danse, il y a fort à parier que cette année électorale produise à nouveau des rendements supérieurs à la moyenne et ce serait alors en 2021 que les choses pourraient éventuellement se gâter. Miser sur un repli les années où les Américains se rendent aux urnes s’avère rarement payant.

L’année 2020 ne se terminera peut-être pas sur les 20 % de hausse que nous avons connus cette année, mais sans réelles raisons de s’inquiéter, l’optimisme devrait être de mise.