Le spectre du déclin hante notre Occident

Contribution externe
Le spectre du déclin hante notre Occident
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Une nouvelle génération se lève et se bat. À elle et à ses avant-gardes de relever les défis de demain. Nous lui accordons toute notre confiance.
 

Une opinion de Benoit Frydman, professeur à l'ULB, chercheur au centre Perelman, membre de la seciton Technologie et société de l'Académie royale de Belgique. 

Si notre imaginaire social et politique demeure hanté par les "trente glorieuses" qui ont construit la prospérité des classes moyennes de nos pays dans le cadre d’un État social en forte croissance et en plein emploi, reposant sur une social-démocratie presque apaisée, ce temps appartient déjà à un passé lointain pour toutes les générations qui sont nées ou venues à maturité après 1975. Pour la grande majorité des femmes et des hommes actifs aujourd’hui, et plus encore pour les jeunes générations, l’horizon qui a dessiné nos vies et nos destins est celui des trente globales. Ces trente années de globalisation qui, entre 1989 et 2019, depuis l’écroulement du mur de Berlin et du bloc soviétique, nous ont fait vivre la mondialisation de l’économie de marché et du capitalisme, la révolution de l’Internet, des réseaux et de la société numérique, l’angoisse du réchauffement climatique, de la destruction de la biodiversité et de l’extinction de la vie sur la planète qui nous abrite, ainsi que le choc d’un pays en menace d’éclatement.

C’est désormais un trait essentiel de la condition humaine que nous vivons dans un monde très différent de celui dans lequel nous sommes nés et de celui dans lequel nous mourrons. La transformation est notre expérience quotidienne et jamais dans l’histoire, nous aurons senti autant dans nos corps la vérité de ce sage grec qui a dit que nous ne nous baignons jamais deux fois dans le même fleuve. Quelle révolution que nos vies. Et quelle angoisse que ce flux tumultueux dans lequel nous lançons nos enfants inquiets.

Si la croissance s’est poursuivie sur un rythme moindre que celui des trente glorieuses, nous avons globalement plus que doublé et presque triplé notre production et nos revenus depuis trente ans, tandis que les inégalités dans notre pays demeurent parmi les plus faibles des pays développés, même si elles s’accroissent, de même que la précarité des plus fragiles.

Mais derrière ces chiffres rassurants, c’est surtout l’angoisse qui a formidablement augmenté. L’angoisse d’une explosion au ralenti de notre pays, d’un déclin irrémédiable de l’Europe qui, après avoir dominé et exploité le monde durant quatre siècles, voit irréversiblement son rôle réduit à une province périphérique, assistant impuissante à la destruction industrielle de la planète et d’un mode de vie et une culture submergée et réduite à néant. La fin du travail, d’une éducation porteuse de promotion sociale, d’une vie plus longue, en bonne santé, et d’une retraite paisible, où l’on regarde sereinement prospérer ses descendants. Une fois de plus, le spectre du déclin hante notre Occident où le soleil se couche depuis que le monde est monde.

Nous tirons aujourd’hui le bilan de ces trente globales, avec la gueule de bois et un sentiment de vertige pris entre l’espoir de renaissance d’un Green new deal et l’impasse identitaire qui nous entraîne vers la guerre et la mort. Mais les forces de la vie toujours triomphent. Une nouvelle génération se lève, se bat et relèvera le défi à notre portée si nous pouvons conserver nos valeurs et notre idéal. À eux et à leurs avant-gardes de qualifier les trente prochaines années. Nous leur accordons toute notre confiance et ils la méritent.

Titre et chapeau sont de la rédaction.