Coronavirus : En Belgique, on manque de recommandations. Or, la prévention est une science complexe

Contribution externe
Coronavirus : En Belgique, on manque de recommandations. Or, la prévention est une science complexe
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Une opinion d'Yves Coppieters `t Wallant, professeur d'épidémiologie et de santé publique au Centre de recherche en Epidémiologie, Biostatistique et Recherche clinique, Ecole de santé publique – Université libre de Bruxelles.

Alors qu’on espérait une stabilisation ou même une maîtrise de l’épidémie à Conoravirus (le COVID-19) il y a une semaine, l’infection s’est propagée dans des pays nouvellement impactés : l’Iran, Israël, la Corée du Sud et depuis peu de l’Italie où l’on parlait de 6 cas avérés vendredi dernier et à ce jour, le nombre dépasse 200 nouveaux malades. Cela est dû à une transmission effective du virus mais aussi sans doute à une augmentation des capacités de détections biologiques mises en place, entraînant une déclaration plus importante des cas.

Un communique de l’OMS lundi exprimait clairement la situation : "Le monde doit se préparer à une éventuelle pandémie"... Une pandémie est une propagation de l’infection au moins à deux continents et sans doute à l’ensemble de la planète. C’est déjà la situation actuelle même si on s’étonne du peu de cas détectés en Afrique ou dans certains pays limitrophes de foyers importants.

On s’est en tout cas rendu compte que l’épidémie est aux portes de l’Europe et les médias ont accru depuis leurs reportages et débats, en insistant sur "la flambée des nouveaux cas" et surtout les répercussions économiques qui commencent à se faire sentir dans un monde globalisé. L’OMS a estimé que l’épidémie constituait une urgence de santé publique de portée internationale (USPPI) et cette mesure permet une reconnaissance des risques nationaux et régionaux éventuels et de la nécessité d’intensifier et de coordonner l’action pour les gérer.

Chez nous comme partout

Il y a donc des risques d’épidémie chez nous comme partout dans le monde. Ces risques sont néanmoins maîtrisables en fonction des stratégies préventives et de prise en charge des malades qui sont anticipées par les responsables sanitaires de chaque pays. Pourtant en Italie, les stratégies préventives avaient été renforcées depuis plus de 3 semaines (port du masque, suppression de liaisons aériennes avec la Chine, etc.) mais avec sans doute une diminution de la vigilance dans les aéroports (malgré l’efficacité très faible de la prise de température corporelle à la sorte des avions) et de la détection des cas. En France, certains politiques réclament la fermeture des frontière ce qui n’a a priori aucun sens pour endiguer la diffusion du virus. La mise en quarantaine de milliers de personnes (à l’échelle d’une région, d’une ville ou d’un hôtel) ne peut être utile que si tout est mis en place en dehors de ces zones confinées pour continuer le contrôle et la surveillance et anticiper la prise en charge médicale.

Lundi, j’ai été contacté par une crèche de Bruxelles qui s’inquiétait de recevoir un enfant revenu récemment de vacances en Corée du Sud. L’inquiétude était sans doute justifiée même si l’enfant ou les membres de sa famille ne développent aucun symptôme. Les responsables institutionnels de cet établissement étaient cependant incapables de donner des informations précises à l’équipe médicale de cette crèche. Les instructions étaient vagues et déchargeaient la responsabilité d’accueillir l’enfant sur la direction de l’établissement et la famille.

En Belgique actuellement, nous sommes dans un "flou" où les responsables sanitaires ne donnent pas d’instructions et les professionnels ou familles,qui sont dans des situations potentiellement à risque ne trouvent pas de réponses précises à leurs questionnements ou inquiétudes. Il est donc plus que temps de développer un "bon sens" à l’échelle de la population, sur base de messages clairs et portés par nos responsables politiques et institutionnels aux différents niveaux de pouvoir.

La prévention est une science complexe

On connait de mieux en mieux le COVID-19 qui est très difficile à stopper car il se transmet par les voies respiratoires dans un contexte saisonnier de nombreuses infections respiratoires. Il y a donc une difficulté à identifier les malades. La détection des cas est cependant possible avec des tests virologiques spécifiques. Cependant, cette détection active ne sera plus possible une fois que le nombre de cas sera élevé et que la situation va "déborder" les capacités de détection. Il faudra alors prendre en charge les patients plutôt que d’essayer de repérer les gens potentiellement infectés venus de zones à risque. Si on n’arrive plus à gérer un nombre important de cas à détecter, il faudra envisager d’autres stratégies. La priorité sera alors la prise en charge, l’isolement et la traçabilité des personnes ayant été en contact avec le malade. Il y aura bien sûr des foyers de personnes a- ou peu-symptomatiques très difficiles à contrôler. C’est ce qui s’est passé en Italie où plusieurs centaines de cas n’ont pas pu être détectés.

La prévention est une science de la santé et de la médecine qui est complexe et qui nécessite de la rigueur. Elle se base sur les meilleures pratiques et doit pénétrer les différents milieux de vie et toutes les tranches de la population. Elle est la base de la maîtrise de l’épidémie, accompagnée d’un bon système de surveillance épidémiologique et de détection des cas, mais aussi une veille sanitaire et une prise en charge précoce et adaptée des malades et de leur entourage. Il est par exemple important que les personnes qui reviennent de pays avec circulation du virus et qui contracteraient des symptômes de ne pas se rendre aux urgences mais plutôt de contacter directement un service spécialisé. Si en France il existe un numéro d’appel unique pour ce type de cas, en Belgique, rien n’est encore mis en place pour faciliter un parcours de soins optimal pour les personnes potentiellement infectées.

Le manque de recommandations

Il manque ainsi un lieu de contact spécifique pour connaître l’ensemble des informations et recommandations concernant le COVID-19 et les mesures prises par nos différents niveaux de pouvoir. Les informations sur la protection individuelle doivent aussi être clarifiées. Le port du masque est de plus en plus répandu autours de nous mais cette situation doit être accompagnée par une information ciblée sur sa faible efficacité, la nécessité de changer régulièrement, les types de masques les plus "protecteurs", etc. Le lavage des mains est une mesure très importante. Il est en effet recommandé de se laver les mains avec un désinfectant à base d’alcool ou avec de l’eau et du savon et ensuite de les sécher avec un essuie-mains en papier. Ce message, qui est amplifiée depuis quelques années dans la prévention des grippes saisonnières, doit être revu et adapté à la situation actuelle (dans les lieux publics, les communautés, les écoles, etc.).

Il y a donc une nécessité de recommandations en Belgique et de stratégies de prévention plus structurelles et intégrées dans tous nos milieux de vie. Sans pour autant créer un climat de panique, il est plus que temps de structurer les stratégies préventives et de communiquer le plus largement possible sur les mesures individuelles et collectives à mettre en place. Cette épidémie mondiale va un moment donné baisser en intensité pour différentes raisons environnementales et nous avons, dans nos pays bénéficiant d’un système de santé fort, tous les moyens pour limiter les conséquences de cette maladie. A ce stade, il est urgent de ne pas nous laisser avec nos représentations parfois erronées et de nous permettre de trouver des réponses précises et directives à tous nos questionnements.

Le continuum de stratégies dans la gestion de cette épidémie ne peut pas être du seul ressort de la ministre fédérale de la Santé, mais doit mobiliser tous les autres niveaux de pouvoirs qui ont dans leurs responsabilités la prévention et d’autres compétences plus proches de la population.


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