Comment un élève et son enseignant vivent-ils l’école à distance

Contribution externe
Comment un élève et son enseignant vivent-ils l’école à distance
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Comment un élève et son enseignant ont-il vécu l’école à distance ? Et quelles leçons en tirent-ils ? Une c hronique rédigée par Laurent Chattaway (enseignant participant au programme Teach for Belgium) et Noaim Mortada, son élève Le Covid-19 est aujourd’hui sur toutes les lèvres. Les établissements scolaires sont fermés, profs et élèves sont confinés. Mais comment toute cette histoire a-t-elle débuté pour Laurent Chattaway (Ch), et Noaim (N), un de ses élèves ?

Vers une fermeture des écoles : Vraiment ?

Ch : Le jeudi 12 mars, quelques heures avant la déclaration de la ministre, nous en discutions avec quelques élèves. À vrai dire, je ne savais pas trop quoi penser. Je n’y croyais qu’à moitié et me demandais comment cela pourrait arriver. Fermer les écoles, c’est tellement fort, et pourtant…

N : Avec mes amis on en rigolait, on se disait que ce serait génial, plus d’école, pas de devoirs, que du plaisir ! On ne pensait pas vraiment aux conséquences que cela pourrait avoir à ce moment-là.

Fermeture officielle des écoles : mélange d’émotions

Ch : C’est ma première année d’enseignement et c’est épuisant. Honnêtement, au début j’ai ressenti une once de soulagement. Je me disais qu’il serait plus facile de travailler depuis la maison que de gérer une vingtaine d’ados. Mais très vite, les questions fusent. Comment faire pour que les élèves continuent à apprendre malgré le confinement ? Qu’en est-il de mes élèves qui n’ont pas accès à un ordinateur ? Les inégalités scolaires sont déjà énormes en Belgique - à niveau égal, trois années d’écart entre élèves les plus et les moins favorisés. C’est énorme ! Comment faire en sorte qu’elles ne se creusent davantage ?

N : Wouaw, carnaval de Rio ! Certains de mes amis n’aiment pas l’école, ils sautent de joie ! Les conversations Whatsapp et Instagram fusent. On prie pour ne pas recevoir trop de devoirs. D’un côté, je suis ravi. De l’autre, déçu, car je réalise que je ne vais plus voir mes amis.

Confinement semaine 1 : adaptation et résilience

Ch : Le soulagement du début s’est vite estompé. Les cours, leur préparation et leur suivi se sont avérés plus compliqués que prévu. Le manque d’outils des enseignants et des élèves mettent à mal les apprentissages.

N : Douche froide. Nous sommes inondés de travaux scolaires. Beaucoup de révisions, peu de matière nouvelle. J’apprends moins et m’ennuie plus. Je me demande comment le retard scolaire accumulé sera rattrapé. J’ai besoin de prendre l’air, il fait beau en plus. Je tente de voir le positif. Je me repose, passe du temps avec ma famille, discute avec mes amis sur les réseaux sociaux et deviens un expert du jeu FIFA 20.

Confinement semaine 2 : routine et opportunités

Ch : La vie continue et de nouvelles habitudes se mettent en place. Je découvre des outils à employer avec mes élèves. Je m’organise petit à petit. Donner des cours en ligne, jamais je n’aurais imaginé cela lorsque je me suis lancé dans ce métier. Je crois qu’il y a là un potentiel énorme, encore faut-il se l’approprier.

N : Maintenant, je reçois des devoirs à faire par vidéo interposée. Même s’il y a beaucoup de travail, j’arrive plus ou moins à m’en sortir. Je m’organise car je réalise l’importance de garder un train de vie scolaire. Je tente de rester actif : je me tiens au courant de l’actualité, prends du temps pour ma famille et reste en contact avec mes amis grâce aux réseaux sociaux. On parle coronavirus mais aussi foot, politique, projets futurs… On rigole beaucoup, ce qui nous fait énormément de bien !

Covid-19, et après ?

Ch : Le confinement montre le potentiel et les opportunités qu’offre l’enseignement à distance. Il remet en question le système scolaire actuel. Pourquoi ne pas favoriser davantage l’autonomie des élèves ? Les élèves pourraient par exemple apprendre seuls à la maison et le lendemain, mettre cela en pratique à l’école via des projets transversaux. J’aime enseigner, et veux continuer à le faire. Cette situation démontre à quel point il y a urgence : qu’attend-on pour adapter les formations initiales et continues des enseignants ? Y intégrer l’apport des nouvelles technologies et méthodes d’apprentissage ?

N : "C’est seulement lorsque l’on risque de perdre quelque chose qu’on se rend compte à quel point on y tient." J’adore apprendre, et je veux continuer à le faire, merci à tous les enseignants qui mettent tout en œuvre afin de rendre cela possible.