"Rien ne peut justifier la mort d'Adil" (Opinion)

Contribution externe
"Rien ne peut justifier la mort d'Adil" (Opinion)
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Ce texte est une "opinion", il n'a donc pas pour vocation ni prétention de faire la clarté sur les faits, ni sur les responsabilités des uns ou des autres. Un juge d'instruction a été saisi et permettra à la Justice de clarifier les circonstances de ce drame.

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Une opinion d'Ikram Ben-Aissa, enseignante, médiatrice, écrivaine et doctorante en sociologie. 

Après quelques jours de ce terrible incident, nous sommes nombreux à être toujours en deuil. Impossible de passer à autre chose, malgré le contexte actuel. Il n’est juste pas possible d’accepter qu’en 2020, un jeune homme de 19 ans est mort dans une course-poursuite à Bruxelles. Mais, il y a encore pire que cela, il y a ceux qui justifient cette mort en se basant sur des représentations qu’ils ont de la jeunesse bruxelloise. Des représentations qui malheureusement sentent fort l’odeur des généralisations, des stéréotypes et des préjugés.

Dans le fond, peu importe ce que l’on peut penser les uns des autres, l’humanité qui nous est commune à tous devrait suffire à ne pas accepter qu’un « accident » -que l’on a pu observer pour d’autres jeunes dans le passé et qui en sont morts également-, puisse être justifié. Il est mort, n’est-ce pas assez dramatique que pour apprendre à se taire et à respecter le deuil de cette famille qui perd son cadet ? Apparemment non. Moi qui pensais que ce virus allait pouvoir changer certaines réalités sociétales problématiques, le covid19 n’est en fait, rien d’autre qu’une couche en plus de ce que l’on pouvait vivre avant son arrivée.

Les violences policières sont aussi une réalité qui est décriée et dénoncée depuis de nombreuses années en Belgique. Si tout le corps de police n’est pas à montrer du doigt, il est certain qu’une véritable remise en question des techniques et pratiques utilisées par certains et notamment la course-poursuite doit se faire. Les forces de l’ordre ne doivent pas nous faire peur, nous ne devons pas craindre que nos enfants puissent mourir lorsqu’ils sont à proximité de ces fonctionnaires de l’Etat, ceux qui sont censés être au service des citoyens et des citoyennes. Ce n’est juste pas normal.

"Il y a des colères saines", disait il y a quelques années de cela Ségolène Royale. Moi qui pensais être arrivée à l'âge de la sérénité, je me rends compte que sa mort a réveillé en moi de la révolte. Une révolte pacifiste bien sûr, je n'ai jamais eu une nature à la violence. Je ne le connaissais pas, mais à mes yeux, il représente les milliers d'élèves que j'ai pu rencontrer en tant qu'enseignante. Ces élèves à qui j'ai enseigné l'adage islamique de Muhammad, prophète de l'islam et qui dit: "on ne répond pas au mal par le mal". Des adultes en devenir, voilà ce que sont les jeunes. Ils sont beaux tant de l'extérieur que de l'intérieur, ils ont des valeurs et celui qui est mort avait l’habitude d’aider les réfugiés au parc Maximilien avec son oncle. Ils sont nombreux ces jeunes à avoir vécu des épreuves et surmonter des difficultés, mais jamais la mort. Jamais.

Je ne peux arrêter de penser qu’il aurait pu être dans l'une de mes classes, le chagrin en serait encore plus grand car dorénavant il n’est plus. Lorsque ce confinement sera terminé, je viendrai lui rendre visite au cimetière. Je déposerai une tige de fleur de coton car il sera pour moi comme cette fleur, éternel.

"On ne répond pas au mal par le mal", c'est évident, on surmontera donc le chagrin dans nos modestes prières. La fleur de coton, elle a voyagé elle aussi, tout comme le voyage que ce jeune entreprend en ce moment. La fleur de coton a tissé le linceul dans lequel il se trouve maintenant. La fleur de coton vient de la langue arabe "al qutun" et si ce jeune homme était encore là, il aurait eu toute la vie devant lui pour l'apprendre et encore tout plein d'autres choses. Paix à ton âme Adil, nous sommes nombreux à ne pas t’oublier.

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