Coronavirus : quelle fin de vie pour les "vieux" ?

René-Michel de Looz-Corswarem
Coronavirus : quelle fin de vie pour les "vieux" ?
©Unsplash

Courrier des lecteurs. 

Non à un confinement plus long pour les séniors

Ne soyons pas injustement punis et privés de liberté en fonction de notre âge. En tant que retraité, je suis fâché de la façon dont nous (population belge de plus de 60 ans) sommes traités par des autorités sanitaires et politiques qui disent agir ainsi pour notre bien. Alors que nous nous approchons inexorablement de nos dernières belles années, on nous impose de rester confinés, de ne plus rencontrer nos enfants, nos petits-enfants, nos amis […]. Entrez un instant dans une maison de repos, ou dans une clinique et couchez-vous dans ce lit, à la place de ce vieux monsieur ou de cette vieille petite dame partis ces dernières semaines. Imaginez votre tristesse, votre désespoir, votre rage peut-être de ne pouvoir adresser un dernier mot, une dernière volonté, un dernier secret, un dernier sourire à celui, à celle ou à ceux que vous aimez. Pour ceux qui ont la foi, de ne pas avoir la présence d’un prêtre. Je pense que nos législateurs ont perdu tout bon sens et toute logique. D’un côté ils nous isolent depuis un mois, davantage que les plus jeunes, comme si nous étions des éléments radioactifs, et de l’autre ils libéralisent à outrance l’euthanasie ! On nous dit que c’est pour notre bien, notre confort de fin de vie, mais n’est-ce pas plutôt pour remédier au manque de moyens octroyés au système hospitalier, aux maisons de repos, aux soins à domicile ? Ne serait-il pas plus sympathique, tout compte fait, de financer la recherche de moyens innovants rendant ces fins de vie plus agréables ou tout au moins mieux supportables ? Ce que je demande donc au nom des "vieux" c’est d’être traité comme le reste de la population. J’ai respecté les règles de confinement imposées à tous les Belges depuis le début, mais je verrais d’un mauvais œil que le déconfinement se fasse en fonction de l’âge des personnes. Vouloir préserver une vie sans "peps" a peu d’intérêt pour beaucoup d’entre nous. René-Michel de Looz-Corswarem

"Coup de gueule d'une vieille de Waterloo !"

Un accès de rage suite au discours d’Emmanuel Macron de lundi soir me pousse à vous écrire. Ainsi, en France, on va confiner tous les "vieux" chez eux jusqu’à nouvel ordre. Tous dans le même sac, au rebut ! Les gens fragiles, les jeunes seniors, les plus vieux, les sportifs, les actifs, les non-actifs, tous à la maison ! C’est pour leur bien, pour les protéger ! J’ai 72 ans, je suis sportive, je suis encore dans la vie active, je suis épouse, mère et grand-mère. Je mène ma vie comme je l’entends et gère tout de front ! Mesdames et Messieurs nos gouvernants belges, pour une fois ayez un peu de personnalité vis-à-vis de la France : dépistez au lieu de confinez les vieux chez eux. Et ne laissez personne au bord du chemin : je pense, par exemple, au personnel soignant à domicile, en première ligne, au front eux aussi, mais dont on ne parle quasiment jamais ! Je serai devant ma télévision ce mercredi : ne nous décevez pas et ne poussez pas au désespoir ceux qui ont fait la force de notre société. Christine Lemaître

Elles et ils s’en vont seul(e)s

Ils partent. Elles partent. Sans un mot. Sans une main pour dire. Sans un regard qui parle. Sans retour. Elles partent, ils partent assuré(e) s des gestes de santé, des gestes d’affection de celles et puis de ceux qui les soignent et vivent avec eux. Elles partent. Ils partent. Sans revoir, sans au revoir. Sans merci, sans baiser. Sans tendresse en retour. Sans retour de celles et de ceux qui étaient leur tout. Celles et ceux qui nous ont aimés. Que nous avons aimés. Nous nous sommes grandis, nous nous sommes élevés, nous avons partagé, reçu, et puis c’est arrivé. Confinés, isolés, enfermés, consignés, internés, détachés. Elles sont parties. Ils s’en sont allés. Pouvons-nous simplement penser, seulement imaginer, peut-être réaliser ce que c’est d’être seule, ce que c’est d’être seul à ce moment-là ? […] André Elleboudt

Des GSM contre la souffrance de l’isolement dans les homes

Les personnes super-isolées dans leur confinement individualisé des homes ont un besoin impératif de contacts sociaux. C’est lié à leur survie. Sinon ces personnes dépérissent par la solitude et la rupture imposée des liens sociaux et familiaux. Problème : certaines n’ont pas de téléphone en accès direct (il faut passer par une centrale où il n’y a plus personne en service), ou ont un GSM en carence de fonctionnement (par exemple, plus de crédit, problème de batterie, autres pannes). Bref, il serait opportun que les autorités fassent sans tarder l’inventaire pour tous les homes des carences en outils de communication et comblent les manquements. En pratique, l’État belge, propriétaire d’une entreprise publique de télécommunication (Proximus) peut réquisitionner des GSM et des crédits d’appels gratuits et les distribuer à ces personnes. Sinon, leur confinement ressemblera de plus en plus à de la captivité et des personnes mourront en raison de la grande tristesse de leur isolement ! L’impossibilité pour les personnes âgées de pouvoir effectivement communiquer pourrait poser des questions sous l’angle de l’article 3 de la Convention européenne des droits de l’homme : "Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants." Qui, d’entre nous - vous compris -, aimerait se trouver à la place de ces personnes terriblement isolées aujourd’hui ? Quelle souffrance mentale est-elle ainsi imposée ! Eric Watteau