Au temps du Covid-19, la confiance passe par la cohérence

Contribution externe
Au temps du Covid-19, la confiance passe par la cohérence
©Unsplash & D.R.

Une chronique d'Etienne de Callataÿ (Université de Namur et UCL, etienne.decallatay@orcadia.eu).

La crise du coronavirus impose aux pouvoirs publics de faire très vite et très fort. Le souci de la cohésion sociale leur impose d’agir avec des principes.

N’ayant pas de plan préétabli face à une telle pandémie, malgré les avertissements qu’elles avaient reçus relatifs à ce risque, les autorités publiques ont été obligées de réagir dans l’urgence et ont osé "faire fort". Il y a lieu de se réjouir que les instruments sanitaires, d’abord, mais aussi budgétaires, monétaires et réglementaires aient été si vite mobilisés. Simultanément, il faut se préoccuper des risques d’incohérence dans l’action publique débridée actuelle.

Il est loin, le temps du chasseur-cueilleur, où ce méfier était une condition de survie. Désormais, notre bien-être est tributaire de notre confiance envers autrui comme envers l’organisation collective. Pour redémarrer, il faut, dans les ateliers et les bureaux, que nous fassions confiance à nos collègues, première source potentielle de contamination. C’est cela qui rend le "testing" à large échelle crucial sur le plan économique (voir Dewatripont et al., "Rapidly identifying workers who are immune to COVID-19 and virus-free is a priority for restarting the economy", VoxEU, 23 mars 2020.). Il faut que nous ayons confiance envers le système de santé. Il faut que nous ayons confiance envers le "système tout court". Sans cela, les extrémistes prospéreront. Et pour cela, il faut que les pouvoirs publics agissent sur la base de principes, garants de la cohérence intellectuelle dans ce qu’ils décident. Sinon, la porte est grande ouverte aux accusations d’injustice, d’arbitraire, de copinages, de "deux poids, deux mesures".

Il faut être cohérent dans les mesures de confinement. Avoir imposé la fermeture des jardineries et pépinières mais à l’exception des magasins d’une chaîne qui vend accessoirement aussi de la nourriture pour animaux et des produits de boulangerie a, de manière compréhensible, fait jaser sur le pouvoir d’influence du lobby d’origine agricole propriétaire de cette chaîne.

Il faut être cohérent dans la primauté de la santé, affirmée, le cœur sur la main, et donc ne pas prendre de mesures nuisibles pour la santé sous prétexte qu’il faut relancer une économie qui a été arrêtée pour raison sanitaire. Pourquoi lutter contre la crise du coronavirus devrait-il se faire au prix de la qualité de cet air si précieux ? Pourquoi différer la perception des amendes pour les voitures qui, à Bruxelles, ne respectent pas les exigences des zones à basses émissions ? Pourquoi y relâcher les normes sur les vols de nuit ? Chercher à stimuler l’investissement des entreprises en abaissant les exigences environnementales et ainsi leur permettre de faire plus vite plus de profit est une erreur de raisonnement : une entreprise investit par nécessité ou par opportunité, pas en fonction des profits de l’an dernier. Santé et environnement vont de pair, point.

Il faut être cohérent dans la politique budgétaire. Si, hier, le credo était celui de l’orthodoxie budgétaire à tous crins - incidemment un credo récité mais pas mis en œuvre en Belgique, autre incohérence - il faut soit le réaffirmer pour la gestion non de la crise mais de l’après-crise, soit faire amende honorable. Il en va de même en matière de politique commerciale : soit oser réaffirmer la vertu des traités libres-échangistes signés hier, ce qui ne sera pas évident, soit admettre que l’on a fait fausse route.

Il faut être cohérent dans les choix de société. Vivre dans une économie de marché, cela signifie que le sauvetage des entreprises ne peut pas faire fi des règles de concurrence. Et, tout simplement, que ce sauvetage doit se faire à des "conditions de marché", où est dûment rémunéré, pour le risque qu’il prend, le chevalier blanc que devient cet État encore vilipendé hier par ceux qui lui doivent désormais leur survie. Oui, la cohérence a ses exigences.

Titre de la rédaction. Titre original : "La confiance par la cohérence".