Quel Belge êtes-vous? Voici les huit profils observés durant le confinement

Quel Belge êtes-vous? Voici les huit profils observés durant le confinement
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Depuis 2018, le bureau d’études Wide, en partenariat avec le bureau d’études Listen, s’est donné pour mission d’interroger les Belges sur leurs espoirs et leurs craintes face aux scénarios susceptibles de se concrétiser dans le futur. En février dernier, à la veille de la crise sanitaire que nous connaissons, il a interrogé un échantillon représentatif de 3 000 Belges. Il ne s’est pas arrêté là et a organisé, durant la période de confinement, une enquête auprès de 1 080 Belges afin de savoir comment ils vivaient cette période particulière, ce qu’ils espéraient du déconfinement et comment ils imaginaient le monde d’après. À travers leur vision du futur et leur adhésion ou rejet des mouvements sociétaux, huit profils différents en sont ressortis. Les voici.

1. Les résonants inventifs : 18 % des Belges

Ils sont plus présents chez les 18-34 ans
et moins présents chez les 55-64 ans.

Les résonants inventifs estiment que la vulnérabilité de nos institutions et de notre système économique devient évidente en cette période de confinement. Pour eux, c’est l’occasion rêvée d’inventer de nouvelles formes de solidarité où les citoyens et les entreprises coopéreraient avec les hôpitaux, avec les universités.

Ils imaginent un futur où le monde évolue positivement grâce aux technologies, qui protégeraient l’environnement et l’être humain. Pour 67 % d’entre eux, la connaissance, les savoirs et les datas seraient dans le futur régis par les institutions supranationales. Quant à l’économie, elle se réinventerait complètement, entre autres, grâce aux continents émergents et à leurs pays pauvres qui participeraient à cet élan.

2. Les sécuritaires décomplexés : 16 % des Belges

Leur profil s’oppose à celui des résonants inventifs. Pour les sécuritaires décomplexés, la pandémie de coronavirus est provoquée par la globalisation : le monde va trop vite et nous en payons les conséquences. Pour eux, il est essentiel d’obéir strictement aux mesures d’hygiène.

Ils ne craignent pas la surveillance généralisée, au contraire. Les technologies sont leurs plus grandes alliées car elles permettent de détecter les déviants, diagnostiquent les malades et protègent des catastrophes climatiques. L’obéissance sociale est donc primordiale et contribue à la réussite. Ils n’hésitent pas à dénoncer leur voisin qui ne respecterait pas strictement les règles de confinement.

Ils imaginent une société future dirigée par un État autoritaire. Ils seraient prêts à sacrifier leurs libertés individuelles au profit de la sécurité.

3. Les transmetteurs nostalgiques : 15 % des Belges

Pour les transmetteurs nostalgiques, c’est en partageant le passé avec les enfants qu’on leur donnera un avenir. Ils respectent les valeurs et les traditions tout en étant socialement progressistes. Pour eux, l’État joue son rôle de père bienveillant qui rassure citoyens et entreprises. Ils valorisent le savoir-faire artisanal, industriel et technologique, et estiment que les pays occidentaux dépendent beaucoup trop de la Chine.

Ils vivent assez bien le confinement et lui trouvent des avantages, comme la nette amélioration de la capacité digitale. Ils pensent toutefois énormément aux personnes plus âgées qui souffrent d’isolement. Ils n’ont qu’une envie : revenir au monde d’avant.

4. Les résistants survivalistes : 13 % des Belges

Leur vision du monde s’oppose à celle des transmetteurs nostalgiques.

Pour les résistants survivalistes, la crise du coronavirus a pour origine l’urbanisation à outrance, le non-respect de la nature et l’hyperconsommation. L’État représente pour eux une coquille vide, avec à sa tête un gouvernement vendu aux lobbys. Ce qui est essentiel à leurs yeux, c’est l’autogestion, la liberté et la justice pour tous. Ils privilégient les initiatives citoyennes, les circuits courts et souhaitent construire des écosystèmes à l’échelle locale, reprendre la main leur santé, leur alimentation, leur énergie.

Les résistants survivalistes sont pessimistes et imaginent un futur où l’homme n’a pas réussi à sauver l’environnement, où la santé a été sacrifiée au profit de la croissance économique.

5. Les hédonistes libérés : 11 % des Belges

Durant le confinement, les hédonistes libérés ne se stressent pas, s’adonnent à des activités qu’ils apprécient avec leur famille, comme organiser des apéritifs ou des barbecues. Ils ne respectent pas scrupuleusement les règles de confinement et n’hésitent pas à inviter des amis chez eux. Ils attendent avec impatience l’ouverture prochaine des magasins.

Les hédonistes libérés imaginent un futur où l’homme est enfin libéré du travail, où les technologies se sont mises à son service. D’ailleurs, 74 % d’entre eux espèrent qu’un revenu
de base universel sera versé à chaque citoyen. L’État ne serait quant à lui plus qu’un régulateur, chargé de répartir les richesses créées par le travail des robots.

6. Les spiritualistes philosophes : 9 % des Belges

Ce profil nous vient de Flandre et s’étend désormais aux trois régions. Il s’oppose à celui des hédonistes libérés.

Durant cette période de confinement, et avec l’activité du monde mise à l’arrêt, les spiritualistes philosophes sont d’avis que l’on revient vers ce qui fait notre être profond. Certains parlent même de retour au "moi organique". Cette crise est un test, une porte ouverte vers une autre manière de vivre. Ils redoutent d’ailleurs le déconfinement et le retour à l’hyperconsommation. Ça ne les étonnerait pas que ce "retour à la normale" soit piloté par les lobbys commerciaux.

Les spiritualistes philosophes imaginent un futur où le bien-être physique et mental est remis au centre des priorités. Ces deux aspects peuvent selon eux être considérés comme des indicateurs de la réussite. Le travail deviendrait un lieu de sens. Le loisir ne serait plus un simple acte de consommation, mais serait dédié à la création de soi.

7. Les transparents abandonnés : 13 % des Belges

Durant cette crise du coronavirus, ils craignent surtout de perdre leur emploi ou leur source de revenus et se battent pour survivre. Certains d’entre eux sont obligés d’aller travailler sans masque de protection pour un salaire minime. Ils se considèrent comme les oubliés de la mondialisation et vivent dans les logements précaires, sans jardin, avec un accès aux services de base très limité. Ils n’ont pas confiance en l’État pour y remédier car ils pensent que ce dernier a abdiqué devant le pouvoir des multinationales et des lobbys.

Les transparents abandonnés sont plutôt pessimistes et imaginent un futur où l’humain n’aurait plus de valeur puisqu’il serait entré en compétition avec les robots. Des pans entiers de la solidarité auraient été privatisés, les droits acquis auraient disparu, et la majorité de la population n’aurait que des contrats précaires.

8. Les libertariens assumés : 5 % des Belges

Leur vision du monde s’oppose à celle des transparents abandonnés.

Les libertariens assumés vivent très mal le confinement, qu’ils qualifient de rétrograde, à la limite de la légalité, intenable tant psychologiquement qu’économiquement. Pour eux, il faut saisir l’opportunité offerte par la crise pour se diriger vers un monde où l’État n’a plus de pouvoir.

Ils imaginent un avenir où les citoyens sauraient ce dont ils ont besoin : ils seraient aptes à prendre des décisions seuls. Dans leur futur imaginé, les hommes seraient libres de faire ce qu’ils souhaitent de leur personne et de leur talent. D’ailleurs, 71 % des libertariens assumés imaginent un monde où la fluidité serait partout : nous serions libres de choisir notre genre sans être jugés. Quant à l’économie, elle pourrait enfin respirer car elle aurait été délivrée de l’interventionnisme de l’État.

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