Garder nos enfants à la maison ? Nous n'avions plus envie de participer à ce système

Nous n'avions plus envie de participer au système clamant que garder nos enfants à la maison était le meilleur que nous puissions leur offrir, à eux mais aussi à la collectivité, nous savions que c’était un leurre.

Contribution externe
Garder nos enfants à la maison ? Nous n'avions plus envie de participer à ce système
©Unsplash

Une opinion de Jessica Segers, sociologue, en congé parental.

Nous sommes parents de 3 enfants de 7 mois, 3 ans et 5 ans. Au début du confinement, voire même les 4 premières semaines, nous avons profité de ce temps inédit en famille. 

Nous avons vite compris l'intérêt de garder un rythme, pour les enfants mais également pour nous, parents. Tous les matins, après nous être habillés et brossés les dents, nous faisions quelques exercices avec les deux "grands" : écrire son prénom, la date du jour (mais comment distinguer le dimanche du lundi), bricolages... nous partions ensuite promener, collectionner les trésors, jouer aux pirates... Nous trouvions cela gai. Peu à peu cependant, notre envie de bénéficier de temps pour nous s’est exprimée, le rythme a perdu de sa vigueur, les enfants ont commencé la résistance. Nous comprenions alors qu'il ne s'agissait plus d'imposer un rythme mais de suivre leurs envies si nous voulions tenir le coup.

Parents à temps plein

Le 24 avril, nous attendions avec impatience la conférence de presse, nous avions l'espoir que les écoles rouvrent. Notre déception a été grande. Cela s'est ressenti sur notre motivation à exercer notre rôle de parents. Nous étions fatigués d’être parents H24, excédés de constater l'immobilisme du secteur scolaire, frustrés de ne plus avoir de temps pour nous. Nous étions en colère contre tous, y compris contre le virus.

Peu à peu, à l'inverse du projet des experts fédéraux, l'envie de remettre nos "grands" à "l'école" a germé. Nous avions besoin de souffler, les enfants besoin de sortir de leurs murs. Nous n'avions plus envie de participer au système clamant que garder nos enfants à la maison était le meilleur que nous puissions leur offrir, à eux mais aussi à la collectivité, nous savions que c’était un leurre. Nous avons donc fait un choix, celui de vivre à peu près comme avant et malgré les risques encourus. Nos enfants s'en faisaient une joie. Ils sautillaient de bonheur à l'idée de reprendre le chemin de l'école. Nous les avions pourtant mis en garde, il ne s'agirait pas d'un retour à l'école mais bien d'un retour à la garderie.

Un système "scolaire" dominé par la peur de contamination

Nous nous doutions que la situation serait différente de l'habitude mais pas à ce point. Nous avons remis nos enfants dans un système "scolaire" dominé par la peur de contamination. Le vide s'est emparé des espaces de vie, les masques ont remplacé les sourires, les décorations de la classe, dessins, bricolages... ont été enlevés, jetés dans de vulgaires sacs plastiques que les parents sont invités à venir récupérer. Nous avons eu envie de pleurer en les déposant mais nous nous sommes retenus tant la joie de nos enfants pouvait encore s'exprimer sur leurs visages innocents.

Réel du virus, réel des enfants

Le réel des dispositions prises pour vivre avec le virus ont pris le dessus, au détriment du réel des besoins des enfants. Dans notre entourage, nous entendons que tout est fait pour décourager les parents de remettre leur enfant à l'école. Certains établissements osent répondre aux parents qu'ils peuvent remettre leur enfant à l'école mais que ce dernier jouera seul à une table, les jouets ne pourront pas être partagés. Dans l’école de nos enfants, ils sont livrés à eux-mêmes, avec quelques pauvres jouets et de vieux crayons pour les occuper.

Le propos ici n'est pas de m'étendre sur le discours scientifique justifiant la fermeture des écoles. Nous ne pouvons pas pour autant laisser des générations d'enfants à l'abandon ! Des experts, nous avons compris que l'avenir était incertain, que le vaccin n'arriverait pas avant des mois, voire jamais. Combien de temps cela va-t-il durer ? La vie doit reprendre, les risques inhérents au principe même de vivre, aussi.

Courage politique...

Pour cela, il faut un courage politique. L'ONE a été exemplaire à ce sujet. Sa Ministre de tutelle a imposé aux parents de remettre leur enfant en crèche dès le 18 mai à défaut de quoi c'était à ces derniers d'en assumer les conséquences budgétaires. Ce courage politique a permis que des parents sortent de l'isolement, osent passer le pas du déconfinement et constatent par eux-mêmes que ce n’est pas si difficile. Ce courage politique, même s'il est principalement lié à des enjeux économiques (éviter que les crèches ne fassent faillite) aura au moins permis de répondre aux besoins fondamentaux des touts petits. Et une semaine après avoir réintégré la crèche, ma fille de 7 mois rayonne malgré les quelques précautions sanitaires requises.

Il serait cohérent qu’une telle décision puisse être prise au-delà de la crèche, au moins pour les parents volontaires et les enfants dans le besoin, comme cela se fait en France et ailleurs en Europe !


--> Le titre a été modifié par la rédaction