Chers responsables politiques, il est temps de déconfiner les lieux de culte

Contribution externe
Chers responsables politiques, il est temps de déconfiner les lieux de culte
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Une opinion de Gladys Kazadi, Jean-Louis Hanff, Laëtitia Custinne, Dounia Mohammadi, Senforien Meaux et Luc Kreisman, membres du CDH bruxellois.

Depuis quelques semaines, nous sommes entrés dans une phase de déconfinement progressive. De nombreuses mesures ont été prises, autorisant la sortie progressive de l’isolement dans lequel le confinement nous a plongés. Cependant, un autre aspect du bien-être de la population n’a toujours pas été pris en compte dans le débat. En effet la question de la reprise de cultes n’a pas été considérée comme assez importante que pour en faire l’une des priorités lors des premières discussions concernant les phases du déconfinement. La question de la spiritualité est la grande absente du débat et aucune mesure ni considération n’en a fait l’objet.

Une fête de l'Ascension, de l'Aïd, de Chavouot et de la Pentecôte plus tard, le Conseil National de Sécurité prévoit enfin de se pencher sur la question de l'autorisation de l'expression publique des cultes. Si ces fêtes majeures du judaïsme, du christianisme et de l’islam ont pu être célébrées dans des lieux de culte à travers l’Europe, il n’en a pas été de même en Belgique. Depuis le début de la crise sanitaire, la question n’a été traitée que de manière superficielle, à coup de brèves recommandations expresses, tantôt concernant les célébrations de Pâques, tantôt s’agissant d’encourager les musulmans à ne pas attendre la fin de la journée pour effectuer leurs achats en période de ramadan.

Le 24 mai, le Ministre Pieter De Crem déclarait sur les antennes de RTL-TVI : "Il n'est pas exclu que les cultes puissent reprendre à la Pentecôte pour autant que les chiffres continuent à être bons". Une semaine plus tard, les chiffres n'ont cessé de baisser dans le bon sens, malgré les drames humains. Et pourtant, les cultes n’ont toujours pas repris. Des millions de citoyens de toutes confessions n’ont même pas eu de réponse à leurs espoirs de se retrouver et de partager.

“Croyants ou incroyants, nous avons autant besoin de rites que de pain” - Gabriel Ringlet

De nombreux experts en santé mentale parlent de plus en plus du fait que le confinement en particulier et cette crise de façon globale, a eu et a encore une influence négative sur la santé psychologique des individus. En effet, beaucoup sont ceux qui n’ont pas pu par leurs rites, rendre un dernier hommage, à leurs proches emportés par le Covid-19 ou non. Beaucoup sont aussi ceux qui ont quitté ce monde, seuls, sans pouvoir revoir une dernière fois leurs proches. Face à cette solitude, aux soucis et au stress causé par la crise, nombreuses sont les personnes qui auraient voulu trouver un réconfort auprès de leurs communautés religieuses. Amputés de cette communauté, beaucoup de fidèles se retrouvent isolés, seuls, face à une charge mentale trop lourde à supporter.

Si nous accordons une attention particulière à la santé physique, nous demandons à ce que la santé mentale - qui passe pour certains par la possibilité de pouvoir vivre leur spiritualité en toute sérénité - ne soit pas oubliée, car elles sont toutes deux “les deux faces de la même monnaie”.

À l'heure où la distanciation "sociale" est la norme, pensons à cette solitude et au manque qu'engendre les contacts humains et la rencontre, même avec une distanciation que nous préférons appeler physique que “sociale”, car les mots ont un sens. Chers responsables du Conseil National de Sécurité, il est temps de déconfiner les cultes.

“La célébration est fondamentale à chaque être humain” - Gabriel Ringlet

La question de la spiritualité est un aspect fondamental pour une bonne partie de la population qui, en ces temps difficiles, se sent dans le besoin de se ressourcer dans une spiritualité qui lui permette de surmonter l’angoisse liée à cette crise sanitaire. De plus en plus de responsables de cultes ainsi que les populations pratiquantes sont préoccupés par le manque de mesures et de considération concernant cette reprise des célébrations religieuses. Les lieux de cultes sont pour les personnes croyantes, des lieux de partage, de ressourcement et de recueillement en cas de deuil. L’exercice des cultes, pourraient les aider notamment à surmonter l’immense charge psychologique néfaste liée à cette crise.

En effet, la spiritualité ne se vit pas qu’individuellement. Elle est aussi une question de communion, de partage. La Belgique a réussi à déconfiner les centres commerciaux avec aisance. Pourquoi les lieux de cultes, qui sont pourtant prêts depuis des semaines à un déconfinement, ne pourraient pas garantir des célébrations respectueuses des mesures de sécurité ?

Etant nous-même de diverses confessions et origines, nous demeurons pas moins unis dans ce qui reste une liberté garantie par la constitution : la liberté de culte, de croire ou de ne pas croire. Par ailleurs, nous sommes surpris que la question du déconfinement des cultes reste manifestement un tabou, et ce alors qu’elle est primordiale pour une grande partie de la population qui se doit d’être écoutée.

La reprise de la célébration des cultes en communauté est importante et urgente

L’Allemagne, l’Italie et la France ont déjà restauré la célébration publique des cultes. Ils ont permis que les églises, les mosquées, les temples et les synagogues puissent rouvrir tout en adoptant en amont des mesures sanitaires rigoureuses afin de protéger leurs fidèles. La Belgique pourrait s’en inspirer afin d’intégrer la reprise de la célébration des cultes dans la prochaine phase de déconfinement.

C'est parce que nous sommes jeunes et Humanistes que nous prônons une société inclusive. Dans notre vision de la société, la spiritualité ne doit ni être confinée, ni instrumentalisée, et encore moins ignorée ou méprisée. Elle doit être écoutée et valorisée pour ce qu'elle fait : donner sens à la vie des gens et créer des liens essentiels dans une société où l'individualisme exacerbée ne devrait plus être dans l'équation de "l'après-Covid".

Nous croyons à l’interculturalité, qui est fondamentale à Bruxelles mais aussi en Belgique, où l’union devrait fait la force. Unis dans la diversité, c’est également la devise de l’Europe, et la richesse foisonnante d’expressions religieuses qui existent dans notre pays ne doit pas impliquer une « mise au placard » du fait religieux. Dans notre vision de l’humanisme, les rites tels que le mariage ou les funérailles ont un sens, quelque soit la forme qu’on y met. L’expression de la vie et de la mort font partie de notre condition humaine et ceci a de la valeur, cela doit être pris en compte.

"À mes yeux la tolérance est la plus belle et la plus noble des vertus. Rien n'est possible sans cette disposition de l'âme. Elle est une question préalable à tout contact humain. La tolérance ne fait renoncer à aucune idée et ne fait pas pactiser avec le mal. Elle implique simplement qu'on accepte que d'autres ne pensent pas comme vous sans les haïr pour cela." Nous espérons que ces propos, venant du grand humaniste belge qu’était Paul-Henri Spaak, pourront inspirer ce mercredi le Conseil National de Sécurité, et rebâtir notre pays sur des bases fraternelles.

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