Le stimulus fiscal aux Etats-Unis peut aider à réduire les inégalités raciales

La mort de George Floyd a mis en lumière les inégalités raciales ainsi que l’impact disproportionné de la crise sanitaire sur la population afro-américaine. Le gouvernement américain a l’opportunité de relancer l’économie tout en diminuant les écarts qui persistent entre les Noirs et les Blancs. Une carte blanche de Céline Boulenger, économiste à la Banque Degroof Petercam.

Contribution externe
Le stimulus fiscal aux Etats-Unis peut aider à réduire les inégalités raciales
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La mort de George Floyd a mis en lumière les inégalités raciales ainsi que l’impact disproportionné de la crise sanitaire sur la population afro-américaine. Le gouvernement américain a l’opportunité de relancer l’économie tout en diminuant les écarts qui persistent entre les Noirs et les Blancs. Une carte blanche de Céline Boulenger, économiste à la Banque Degroof Petercam.

Les manifestations qui ont suivi la mort de Floyd ne sont pas seulement le résultat de la violence policière chronique envers la communauté noire. Les inégalités raciales, amplifiées par la crise sanitaire sont également coupables. Avant la crise sanitaire, l’économie américaine bénéficiait d’une période de croissance record, et d’un taux de chômage extrêmement bas. Toutefois, cette expansion record en a délaissé certains, dont la communauté afro-américaine.

Une opportunité manquée

Les inégalités raciales aux Etats-Unis ne datent pas d’hier. Cependant, ce qui est d’autant plus inquiétant, c’est que celles-ci n’ont pas diminué avec le temps, elles ont même empiré. En effet, avant la grande récession de 2008, l’écart de richesse entre les Noirs et les Blancs avait quadruplé en 24 ans, cela dû entre autres, à certaines politiques fiscales qui ont surtout bénéficié les familles blanches à hauts revenus telles les réductions d’impôts sur les héritages.

De plus, les discriminations en matière de logement, mais aussi quand il s’agit de l’accès au crédit, à l’éducation supérieure et au marché du travail ont aussi aggravé la situation. La crise économique de 2008 n’a malheureusement pas amélioré la situation, la communauté noire étant fortement impacté par la crise des subprimes. Et les inégalités n’ont fait que croître pendant la longue expansion qui a suivi.

Le gouvernement américain avait une opportunité de lutter contre les inégalités sociales et raciales, qui étaient en partie responsables de l’ampleur de la crise, mais celui-ci a continué à privilégier des politiques enrichissants les plus riches et appauvrissants les plus pauvres. Effectivement, entre 2008 et 2018, les revenus des familles afro-américaines n’ont augmenté que de 3,4% par rapport à 8,8% pour les familles blanches.

Avant la crise du coronavirus, le revenu moyen d’un noir était 41% plus faible que celui d’un blanc. Et les familles blanches avaient en moyenne 10 fois plus de richesse que les familles afro-américaines, en parties parce que seulement 40% de ces dernières étaient propriétaires de leurs logements contre 72% pour les Blancs.

Le coronavirus aggrave la situation

L’année de 2020 et la crise sanitaire n’ont fait que mettre de l’huile sur le feu. Premièrement, la communauté noire est fortement touchée par le coronavirus, avec un taux de mortalité 2,4 fois plus élevé que pour les Blancs. Cela en partie parce que les Noirs sont plus souvent employés dans des secteurs à risque, où le télétravail n’est pas possible. Mais aussi parce que ceux-ci sont plus souvent sujets à des maladies chroniques et ont plus difficilement accès aux soins de santé.

Deuxièmement, les conséquences économiques du coronavirus ont aussi frappé la communauté noire de plein fouet. Une étude du Financial Times montre que 78% des Noirs ont vu leurs revenus chuté à cause du coronavirus, contre 58% des Blancs. Et plus de Noirs ont perdu leur emploi suite à la mise à l’arrêt de l’économie américaine. Ils disent également être plus pessimistes vis-à-vis de la crise sanitaire et de l’impact économique de celle-ci sur leur situation financière.

L’Etat doit intervenir

Aujourd’hui, la communauté noire n’en peut plus d’être laissée pour compte et se révolte. Il faut absolument que le gouvernement l’écoute et qu’il aide à diminuer les inégalités raciales.

En effet, toujours selon le Financial Times, 98% des familles noires disent avoir besoin d’une aide financière de l’état pour surpasser cette crise, et plus de 2/3 de celles-ci disent que l’argent versé par l’état irait dans des dépenses basiques comme la nourriture ou leur loyer. Jusqu’à présent, les actions prises par Donald Trump depuis 2016 n’ont pas aidé la communauté noire. Au contraire, 81% des afro-américains (1) pensent que leur situation a empiré depuis qu’il est président. Il est vrai qu’en déclarant, par exemple, la guerre contre « Obama Care », une loi qui avait amélioré de manière significative la proportion de la communauté afro-américaine couverte par une assurance santé, les perspectives sanitaires de cette dernière ont été négligées. Pourtant, en 2016, Trump avait promis d’aider les populations en difficultés, mais aucunes politiques ciblées n’ont été mises en place depuis son élection. La politique de relance dans les mois à venir doit servir à mitiger les inégalités raciales. D’ailleurs, certains groupes d’entreprises comme à Chicago avaient demandé au gouvernement américain de réserver une part importante du stimulus fiscal pour aider les business afro-américains, plus vulnérables à la crise. L’aide envers la communauté afro-américaine peut bien entendu venir sous différentes formes. Par exemple via une aide financière ciblée, mais aussi via l’instauration d’une sécurité sociale plus généreuse, ou une augmentation du salaire minimum, ainsi que grâce à des formations à l’emploi dans les communautés les plus pauvres.

Il en va non seulement du futur de la communauté noire, mais aussi de la relance économique, qui serait plus forte si elle n’est pas accompagnée par une montée des inégalités sociales, mais plutôt par plus d’opportunités pour les plus fragiles.

(1) Selon étude réalisée par The Associated Press-NORC Center for Public Affairs Research en 2019.