Lettre ouverte au pouvoir politique: Nos aînés en maisons de repos sont coupés du monde

Une lettre ouverte envoyée la semaine dernière à Sophie Wilmès et Alain Maron

Contribution externe
Lettre ouverte au pouvoir politique: Nos aînés en maisons de repos sont coupés du monde
©BELGA

Une lettre ouverte envoyée la semaine dernière à Sophie Wilmès et à Alain Maron  (1).

Bonjour Madame la Première Ministre,
Bonjour Monsieur le Ministre,

Je suis la fille d'une résidente d'une maison de repos située à Watermael-Boitsfort.

Depuis le 11 mars dernier, ma maman est privée de la visite de ses proches, comme tous les résidents du pays.

Le personnel de l'institution se dévoue pour apporter un maximum de réconfort et d'attention aux résidents, mais ils sont surchargés et ne peuvent évidemment leur consacrer ni le temps ni l'affection que leur donneraient leurs familles.

Depuis près de 3 mois, nos aînés sont coupés du monde. Ils se réveillent chaque matin espérant qu'une bonne nouvelle leur arrivera dans la journée. Et chaque jour l'espoir est déçu. Sans parler de l’ascenseur émotionnel suite à des annonces un peu prématurées d'il y a un mois.

En outre les pathologies pour lesquelles ils sont en maison de repos évoluent indépendamment du COVID. Pour certains d'entre eux, plus vite peut-être à cause de leur moral au plus bas.

Pour avoir pu les voir à travers une porte vitrée ou dans un sas organisé pour les visites, ils ont vraiment pris un "coup de vieux" en ces quelques semaines.

Nous avons tous tenu bon, vaille que vaille, partageant nos efforts avec tous les belges.

Les nouvelles de ce mercredi 3 juin ont laissé un goût amer.

"A partir du lundi prochain, chaque citoyen pourra à nouveau fréquenter une bulle de 10 personnes par semaine."

Pas un mot sur les maisons de repos... alors qu'elles ont fait la une de l'information pendant des jours.

Leurs résidents ne font pas partie de la même population? Ils n'ont pas besoin de contacts familiaux? Voir leurs proches au parloir, sur rendez-vous devrait leur suffire?

Nous pouvons évidemment très bien comprendre que des règles d'hygiène ou distance un peu plus strictes soient mises en place pour cette population plus à risque. Il est certain que les familles comme les résidents les comprendront et les appliqueront avec respect.

Mais il y a une autre certitude : l'isolement dans lequel on les laisse finira par être encore plus dommageable.

C'est pour ces raisons que je m'adresse à vous avec les questions suivantes :

- Avez-vous une perspective d'échéance à laquelle des mesures seront annoncées pour les maisons de repos, qui permettent de revoir les résidents dans des conditions se rapprochant de celles accordées à tous les citoyens ?

- Comment faire pour que nos aînés ne soient plus oubliés, pour qu'ils aient droit, eux aussi, petit à petit à la voie du dé-confinement ?

Je vous remercie de la bonne suite que vous voudrez bien donner à cet appel.

Respectueusement,

Katja Daenen

(1) Suite à la réception et à la publication de cette lettre, le cabinet de la Première ministre a fait parvenir cette réponse : "Très sensible à la solitude de nos aînés et aux conséquences que pouvait représenter leur isolement sur leur bien-être, la Première ministre a annoncé le 15 avril 2020 - à la suite d’une réunion du Conseil National de Sécurité - que les visites étaient à nouveau autorisées dans les maisons de repos en Belgique. À partir de ce moment-là, ces questions n’ont plus relevé du CNS ou de l’autorité fédérale. En effet, l’organisation des visites est laissée à la discrétion des établissements qui dépendent exclusivement des Ministres de la Santé régionaux ou communautaires."

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