La "malédiction de l’islam" a encore frappé. Un sentiment de honte me hante

Nous nous mentons quand nous continuons de croire que le loup n’est pas dans la bergerie islam.

La "malédiction de l’islam" a encore frappé. Un sentiment de honte me hante
©AFP
Contribution externe

Une carte blanche de Radouane Attiya, Assistant au Département des sciences de l'Antiquité de l'ULiège.

Dans cette tribune ou ce fragment, je voudrais m’exprimer laissant un instant de côté le décryptage, la démonstration ou toute rhétorique victimaire.

La maladie de l’islam a encore frappé, aurait légitiment tonné Abdelwahhab Meddeb, s’il était toujours des nôtres. Sans minimiser le diagnostic établi par le poète franco-tunisien, je préfère user de l’expression "malédiction de l’islam". Cette malédiction qui nous entoure depuis des décennies car, quelles que soient les spéculations de nos interprètes autorisés, c’est au nom d’une conviction et d’une croyance que l’attentat a été perpétré contre notre collègue Samuel Paty.

En cet instant, je m’interdis de penser que les musulmans soient ou seraient les nouveaux damnés de la terre même si je suis tenté d’admettre que l’islam connaît sa plus grande subversion depuis son avènement. Nous nous mentons quand nous continuons de croire que le loup n’est pas dans la bergerie islam !

Une voix assourdissante

Le professeur d’histoire-géographie Samuel Paty a été assassiné de la pire des manières possibles. D’un crime inqualifiable fomenté et exécuté par un musulman tchétchène et l’ordonnancement de ces deux qualificatifs est celui que l’auteur de la décapitation aurait souhaité. Une décapitation au XXIe siècle ! Si l’acte se veut spectaculaire et viral, il constitue avant tout un attentat islamiste. Le doublet ne plaît pas parce qu’il porterait atteinte à l’islam et aux musulmans. En cet instant, il est mal venu et indigne, me semble-t-il, de tergiverser et de s’attarder sur la sémantique des termes et des catégories conceptuelles à affecter à ce fondamentalisme religieux.

Avoir en partage avec ce terroriste musulman un système de croyances et de rites qui façonnent et structurent en partie mon mental et mes affects m’emplit d’un sentiment de honte qui du tréfonds de mon âme laisse résonner une voix assourdissante. Honte, me dit cette voix, quand j’entends des dignitaires religieux affirmer qu’ils ne s’excuseront pas. Honte quand d’autres, du monde arabe, félicitent le bourreau tchétchène. Honte quand le silence de mes coreligionnaires sonne comme une lâcheté, une peur ou, pire, comme une complaisance. L’étreinte de cette émotion est si étouffante et douloureuse qu’elle provoque chez moi un sentiment de révolte et de colère. Une saine colère que je voudrais faire entendre mais qui ne se donne pas à révéler la banalité de ces nouveaux Eichmann en puissance.

Comment envisager un avenir commun ?

Certes, l’heure est davantage au deuil et au recueillement. Le professeur Samuel Paty a été assassiné à proximité d’un lieu de vérité, l’école. Je ne veux pas croire que nos écoles, espace de liberté pour nos enfants, s’érodent et s’effondrent. Mais comment ne pas être chamboulé par ces événements effroyables ? Comment envisager un avenir commun, viable, quand l’attrait pour une idéologie mortifère s’accroît auprès d’une jeunesse musulmane présente en Europe ? Cependant, des voix en France de responsables musulmans sonnent à l’unisson pour condamner ce crime innommable et c’est peut-être l’occasion, le terme est impropre, d’y voir une lueur d’espoir et pourquoi pas enfin une proclamation "blasphématoire" en opposition avec ces islams d’autres espaces, d’autres époques. Je reste convaincu que, lorsqu’il scandait en 1905 que le génie français "avait cette merveilleuse audace d’espérance et dans l’affirmation de la pensée libre…", Jean Jaurès avait aussi à l’esprit la nostalgie de ces temps où nos universités enseignaient l’averroïsme latin et juif.

Aujourd’hui de par le monde, une musulmane ou un musulman peuvent être tués pour ce qu’ils sont. Et ne sont-ils pas les premières et les plus nombreuses victimes du terrorisme islamiste ? D’aucuns de nos politiques ne peuvent ignorer cette réalité en leur faisant porter la responsabilité de cette anomie sociale qui, imaginaire ou effective, atrophierait nos sociétés. Honte à vous pour vos discours oscillant entre clientélisme et vindictes populistes. Nos représentations respectives s’obscurcissent de jour en jour et seul le pouvoir de l’éducation nous libérera de nos démons.

Salut à toi, Samuel !