Pourquoi l’Europe devrait investir dans une éducation civique commune

Plus de 50 % des citoyens européens ne participent pas aux élections européennes et beaucoup ne comprennent pas le fonctionnement des institutions. Comment renforcer nos valeurs communes, à la base de la coopération entre les États membres ? Nous proposons de créer une agence européenne d’éducation civique.

placeholder
Contribution externe

Une opinion de Susanne Zels et Sophie Pornschlegel, co-fondatrices de l’initiative “Values Unite"

L’Union européenne subit de plein fouet les conséquences de la pandémie. Alors que les dirigeants européens se concentrent sur la relance économique, ils oublient l’état critique de la démocratie en Europe. De nombreux États membres bafouent les valeurs fondamentales telles que l’État de droit ou la protection des minorités. La Hongrie et Malte limitent la liberté d’expression, tandis qu’en Pologne, l’indépendance de la justice est gravement menacée par les réformes gouvernementales. Ces tendances sont encore plus préoccupantes dans le contexte politique actuel : la plupart des citoyens européens ne font plus confiance ni à leur gouvernement ni à leurs institutions, tandis que le débat politique se polarise de plus en plus. Les élections dans de nombreux États membres européens brossent le tableau d’une société profondément divisée. Mais au lieu d’investir dans la société civile, l’éducation civique et la justice, le budget de l’UE dédié à la défense des valeurs européennes a été réduit de 20 % lors du sommet européen de juillet dernier.

Pour une communauté de valeurs

Tout comme les démocraties nationales doivent assurer leur cohésion sociale, l’UE a besoin de valeurs communes qui nous unissent dans la diversité. Cette base est une condition sine qua non pour une coopération constructive dans l’UE, car elle crée la confiance entre les États membres et les citoyens au-delà des débats politiques entre chefs d’États et de gouvernements. Comment donc renforcer nos valeurs communes, qui sont la base de notre coopération européenne ? Pour cela, nous proposons la création d’une Agence européenne d’éducation civique (AECE).

L’Union européenne est une union des États et aussi une union des citoyens. Pourtant, ce sont surtout les États qui, de nos jours, font la politique à Bruxelles. Plus de 50 % des citoyens européens ne participent pas aux élections européennes ; beaucoup ne comprennent pas le fonctionnement des institutions. Mais ce serait trop simple de renvoyer la responsabilité individuelle à chaque citoyen. L’Union européenne a longtemps considéré les citoyens européens comme des employés sur le marché du travail, ou comme des consommateurs de biens et de services. Cependant, il est temps de comprendre que les citoyens sont, avant tout, des acteurs politiques. Même si l’UE a, pour l’instant, peu de compétences en matière d’éducation, cette nouvelle approche envers les citoyens européens pourrait se refléter dans les politiques publiques. En effet, depuis le Traité de Maastricht, il existe une citoyenneté européenne qui, pour l’instant, reste minimale. Elle pourrait être étoffée en créant une agence européenne pour l’éducation civique, qui aurait pour but d’investir dans les compétences civiques de tous les citoyens européens et de promouvoir ainsi une participation politique plus juste en Europe.

Une éducation pour tous

Les concepts de démocratie, de droits humains ou encore d’État de Droit sont complexes et abstraits - pourtant, ces concepts clés pour notre vie commune sont peu traités dans les programmes scolaires. Tous les citoyens devraient être capables de connaître leurs droits, leurs devoirs et les valeurs communes, non seulement au niveau national mais aussi au niveau européen. En outre, nous faisons face au défi des campagnes de désinformation et aux théories du complot. Ainsi, il n’a jamais été plus important de former les citoyens à une pensée critique et de leur donner les compétences médiatiques indispensables - enfants comme adultes. Pour l’instant, une telle égalité dans l’éducation civique n’est pas assurée. En effet, les structures nécessaires manquent cruellement.

Une nouvelle agence européenne d’éducation civique pourrait y répondre, sans créer de structures doubles. Au contraire : une structure européenne pourrait soutenir et financer les structures nationales et régionales afin d’améliorer l’éducation civique des citoyens. Une attention particulière devra être accordée aux pays et régions où les financements pour l’éducation civique ainsi que les offres de participation politique sont insuffisants, ainsi que dans les pays et régions où les valeurs fondamentales sont bafouées.

L’agence pourrait également établir un véritable échange européen entre différents groupes clés. Ces rencontres pourraient permettre de discuter de sujets importants : quels sont les objectifs de l’éducation civique dans les différents États membres ? Quelles sont les priorités dans les différents programmes nationaux et pourquoi ? Quelles approches pédagogiques choisir ? L’agence pourrait fournir du matériel destiné aux enseignants, dans toutes les langues européennes, afin d’expliquer les valeurs fondamentales, la démocratie et l’État de droit de manière simple et utilisable, afin de ne décourager personne. Sous la forme d’ateliers, de conférences en ligne et de voyages d’études, l’agence pourrait créer une plateforme d’échange à long terme pour enseignants, fonctionnaires, parlementaires, journalistes et acteurs de la société civile. Le but serait de discuter de nos valeurs et de promouvoir un débat politique avec différents secteurs de la société en Europe.

Soutenir les établissements

De plus, l’agence pourrait soutenir les établissements à s’adapter à la transformation numérique. Depuis le confinement, de nouvelles méthodes de travail sont devenues nécessaires, mais les moyens et les compétences ne sont pas les mêmes pour tous. Ainsi, l’agence pourrait offrir une infrastructure numérique ainsi que des cours d’apprentissage pour les logistiques (tels que les vidéoconférences, plateformes d’échanges digitales, etc.). Cela permettrait d’assurer que la transformation numérique ne crée pas de nouvelles inégalités en délaissant les plus démunis, et que les petits établissements d’enseignements soient tout aussi capables de s’adapter aux nouvelles formes d’enseignement en ligne.

Une agence européenne pour l’éducation civique pourrait contribuer à garantir les valeurs européennes et à renforcer la participation politique de tous les citoyens. Au cours des dernières décennies, l’Europe s’est principalement concentrée sur l’économie. Il est maintenant urgent d’accorder plus d’attention aux citoyens. Agissons en fonction.