La tribune de près de 10 000 croyants au gouvernement : "Laissez les citoyens célébrer, prier et se rassembler dans leurs églises"

Le Gouvernement vient de donner, ce vendredi 27 novembre, l’autorisation de rouvrir les commerces dits "non essentiels", les musées et les piscines. Il a aussi évoqué des règles drastiques pour les fêtes de fin d’année et a maintenu le couvre-feu en vigueur. Ce Comité de concertation n’a toutefois rien dit de l’essentiel pour de très nombreuses personnes en Belgique : les cultes.

La tribune de près de 10 000 croyants au gouvernement : "Laissez les citoyens célébrer, prier et se rassembler dans leurs églises"
©AFP
Contribution externe

Une carte blanche rédigée par l'Abbé Cédric Claessens, l'Abbé Benoît de Baenst, Charles d'Alançon, et signée par près de 10000 personnes, croyants de différentes confessions, prêtres et religieux (voir ci-dessous).

Monsieur le Premier Ministre,

Conscients de la tâche particulièrement complexe et lourde qui vous incombe en ce temps de pandémie et de votre volonté d’œuvrer pour le bien du pays, nous, prêtres et diacres en ville ou à la campagne, aumôniers, religieuses et religieux, responsables de Fabriques d’église et chrétiens, nous vous demandons de ne pas permettre que des milliers de croyants de notre pays soient discriminés.

Le Gouvernement vient de donner, ce vendredi 27 novembre, l’autorisation de rouvrir les commerces dits "non essentiels", les musées et les piscines. Il a aussi évoqué des règles drastiques pour les fêtes de fin d’année et a maintenu le couvre-feu en vigueur. Ce Comité de concertation n’a toutefois rien dit de l’essentiel pour de très nombreuses personnes en Belgique : les cultes.

Ainsi, dès ce mardi, on pourra aller faire ses courses de Noël ou aller à la piscine le dimanche matin, mais on ne pourra pas assister à la messe ! Ni même à celle de Noël ! Ne prenant pas la peine de parler des cultes et des célébrations de Noël, anniversaire de la naissance du Christ, cette nouvelle décision montre un réel manque de connaissance des spécificités de la vie de nombreux croyants alors qu’un protocole strict, en dialogue avec les autorités, a été précisé par les évêques de Belgique. Ce silence sonne comme un mépris de la foi qui fait vibrer le cœur d’un grand nombre de nos concitoyens. Nous en sommes plus qu’étonnés.

Comme tous les Belges et avec tous nos paroissiens, nous nous sommes impliqués depuis le 18 mars dans la lutte contre la pandémie Covid-19. L’engagement des catholiques a été plein et entier dans la lutte contre cette épidémie, tout comme notre volonté de servir le bien commun. Des protocoles rigoureux ont été mis en œuvre dans chaque chapelle, église ou cathédrale, en s’adaptant aux dimensions des lieux, de manière à respecter les consignes édictées (port du masque, distanciation, gel, etc.). Nous avons été prudents, loyaux et vigilants.

Annoncer la reprise du culte, c’est aussi renforcer la capacité de résilience du pays

Pour contribuer à l’effort national, nous avons accepté de fêter la Semaine Sainte, Pâques, l’Ascension, la Pentecôte, la Toussaint confinés. Nous avons reporté des mariages et des baptêmes. Nous avons célébré des enterrements en comités restreints. Ce fut pour tous les fidèles et pour nous, prêtres et religieux, une véritable épreuve, un véritable sacrifice.

En période de crise, il faut mobiliser toutes les ressources du pays. Annoncer la reprise du culte, c’est aussi renforcer la capacité de résilience du pays. Noël n’est pas une fête uniquement commerciale, ni purement familiale. Son âme est chrétienne ! Pour nous, prêtres, religieuses et religieux, accompagner et servir les fidèles à vivre cette période de l’Avent qui prépare à la naissance du Christ, leur donner les sacrements* fait partie intégrante de notre mission. Quant à nous, les fidèles, pouvoir vivre ces sacrements est essentiel. Pour nous tous, c’est quelque chose de fondamental qui, nous l’avons si souvent constaté, contribue fortement au bien commun, même si c’est de manière moins immédiatement évidente pour certains.

Nous ne voulons pas plus que les autres. Il est cependant profondément injuste d’être moins bien traités. Et ce, d’autant plus que la liberté de culte est un droit fondamental dans notre pays, aussi bien collectif et public que privé. Nous vous demandons donc de nous faire confiance, à nous comme aux autres. Nous aussi, nous voulons le bien du pays.

Vivre nos célébrations en mettant en place des mesures strictes

Il est possible, comme nous l’avons déjà fait, de vivre nos célébrations en mettant en place des mesures strictes qui respectent les règles sanitaires autant que dans les commerces non essentiels, les musées ou les piscines. Nos grandes unités pastorales ou paroisses comptent de nombreuses, voire de très nombreuses personnes qui viennent à la messe chaque dimanche ! Nous sommes prêts à multiplier les messes et à être créatifs si vous nous en donnez les moyens et que vous vous ouvrez aux solutions alternatives (célébration en extérieur pour Noël par exemple).

Monsieur le Premier Ministre, dans une crise, chacun doit être à sa place et faire ce qu’il a à faire. Les soignants soignent. Les forces de l’ordre contrôlent et protègent. Les commerçants font du commerce. Les enseignants enseignent. Les élèves étudient. Les agriculteurs cultivent... Laissez les croyants et les citoyens célébrer, prier et se rassembler dans leurs églises.

En vous remerciant pour le service que vous rendez au pays en cette période bien difficile, nous vous assurons de notre souci du bien commun et de nos prières.

Liste complète des signataires :