Cette année, nos vœux prendront une densité particulière: ils nous renverront immanquablement à nos faits et gestes

Dans une épidémie, personne ne défend sa part du bien commun sans défendre, par ricochet, celle de tous les autres. Personne ne met sa vie en péril sans hypothéquer celle des autres. La solidarité ? Elle n’est pas une option.

Cette année, nos vœux prendront une densité particulière: ils nous renverront immanquablement à nos faits et gestes
©Image par Bob Dmyt de Pixabay
Contribution externe

Une carte blanche de François-Xavier Druet. Docteur en Philosophie et Lettres.

Traditionnels et ponctuels, bien des souhaits de bonne année frisent la routine. Risque donc qu’ils n’engagent en rien ni à rien ceux qui les ont formulés. Un peu comme se disait in petto : « Tant mieux si l’année est bonne pour vous. Je le souhaite et je m’en réjouirais. Mais je n’influencerai sans doute pas le résultat. » Vis-à-vis de nos proches, l’arrière-fond est un peu différent : une conscience diffuse que nous ne serons pas pour rien dans la réalisation – ou non – de nos vœux.

Une année pandémique chamboule les données. Plus que jamais, la santé est perçue comme le bien commun par excellence. Dans une épidémie, personne ne défend sa part du bien commun sans défendre, par ricochet, celle de tous les autres. Personne ne met sa part en péril sans hypothéquer celle des autres. La solidarité ? Elle n’est pas une option, mais un fait, imposé par les circonstances. Que je le veuille ou non, elle me bombarde acteur au théâtre de la santé publique.

Dès lors, mon « Bonne année » prend une densité inévitable. Mes mots me renvoient à mes actes. Aux gestes, que je ferai ou ne ferai pas, qui décideront si l’année et la santé iront dans le bon sens.

Adopter les choix les plus sûrs

Définis comme essentiels et efficaces par les spécialistes, les réputés gestes barrières s’offrent à tous, sans exception. Ils conditionnent la sauvegarde du bien commun.

Si nous en sommes convaincus, nous les intégrons sans peine dans notre quotidien. Et si nous hésitons ? Si nous ne sommes pas sûrs que ces gestes soient efficaces ou suffisants ? Nous pourrions alors recourir au tutiorisme. En présence de l’incertitude, cette doctrine morale – du latin tutior, « plus sûr » – préconise d’adopter le choix le plus sûr. Or le plus sûr est d’appliquer les mesures barrières – même si elles étaient sans effet, leur exécution ne nuirait pas – que de renoncer à leur emploi, peut-être décisif. Dans cette optique, notre « Bonne année » se consolide d’une promesse : tout faire pour protéger le bien commun.

En revanche, parmi nous, citoyens face au virus, se comptent des réfractaires. Les raisons de leur boycott sont multiples et disparates. Les uns dénoncent un ou plusieurs complots, de politiciens, d’experts, de médias, d’industriels du médicament, etc. Les comploteurs sèmeraient la peur dans la population avec des objectifs eux aussi très divers. D’autres se déclarent libertaires et s’élèvent contre une « dictature d’État » : leur liberté première et immédiate aurait le droit de se donner libre cours plutôt que le devoir de se brider face à la liberté d’autrui. D’autres encore sous-évaluent la mortalité et la surcharge hospitalière dues à une « petite grippe ». Ils estiment le passif insuffisant, voire insignifiant, pour justifier une stratégie liberticide de lutte contre la pandémie.

Ces irréductibles diront-ils « Bonne année », l’esprit léger, sans conscience – ou sans souci – des dommages qu’ils s’apprêtent à infliger au bien commun ?

Plaçons en vis-à-vis deux quidams aux options nettement distanciées.

Le premier ne conçoit pas une vie sans les fêtes dans lesquelles on « s’éclate ». Il s'éclipse pendant quelques heures du contexte sanitaire : pas de masque ni de distance physique, lieux clos et peu aérés, contacts rapprochés toute une soirée. Comptant sur sa bonne étoile, le fêtard respire à pleins poumons un air de liberté imprudente.

Le second ne conçoit pas non plus une vie sans fêtes. Mais avec patience, il prépare la fête de demain – ou d’un peu plus tard – en acceptant la parenthèse d’aujourd’hui dans la vie festive. Frustré par le manque de contacts amicaux, il mord sur sa chique : il prévoit les prochains contacts pour lesquels il se veut clean. Derrière son masque, il sourit peu, mais lui seul le sait.

Voilà. Vous les situez tous les deux. Pour le Nouvel An, soyez l’observateur neutre qui soupèse les mots prononcés, leur portée, leur vérité. Ils disent, l’un et l’autre : « Bonne année et bonne santé, Grand-Maman !»