Il est temps que le Salon de l’auto se réinvente, arrête le "greenwashing" et commence à "penser à l’avenir". Une opinion de Fanny Vanrykel, Aspiante FNRS, ULiège (1).

Le Salon de l’auto s’est tenu du 10 au 19 janvier dernier à Bruxelles. Ce salon nous suggère une évolution verte, basée sur une série de nouvelles technologies qualifiées de plus écologiques pour le consommateur. Voitures hybrides, plug-in hybrides et électriques à batterie, la promesse d’une évolution vers un parc zéro émission ?

Je voudrais prendre un instant pour déconstruire ce mythe de la voiture verte, tant il est présent dans les discours actuels, que ce soit de la part des autorités publiques ou des constructeurs automobiles. Il y a une volonté, depuis plusieurs années, de verdir le parc automobile, notamment par le biais d’une fiscalité automobile verte : verdissement des taxes de circulation et de mise en circulation, verdissement des règles applicables aux voitures de sociétés et aux déplacements domicile-lieu de travail en voiture.

Si l’objectif est sans doute louable sur papier, on remarque d’abord qu’il n’y a pas de consensus sur ce qu’est une voiture verte. Est-ce une voiture qui émet moins de dioxyde de carbone, de polluants atmosphériques, ou les deux en même temps ? Et selon quels standards ? Cherche-t-on à renouveler le parc automobile en vue d’atteindre des objectifs chiffrés en matière de réduction des gaz à effet de serre ou la voiture verte est-elle celle qui fait mieux que la moyenne des autres véhicules automobiles ? La fiscalité verte actuelle tend à suivre cette dernière option.

Au-delà de la définition de ce qu’est une voiture verte, peut-on encore faire confiance aux outils d’évaluation de celle-ci ? Après avoir établi des standards d’émissions pour les véhicules, comment s’assurer de la fiabilité des procédures d’évaluation de ces émissions ? Si des progrès ont été réalisés depuis le "dieselgate", plusieurs organisations mettent en doute la capacité du nouveau test d’émission - le Worldwide Harmonised Vehicle Test Procedure (WLTP) - à refléter les émissions réelles du véhicule. Les émissions d’un véhicule dépendent de nombreux paramètres qui varieront en fonction des conducteurs, tels le style de conduite et l’entretien du véhicule.

Le mythe de la voiture verte

Enfin, le mythe de la voiture verte doit être déconstruit en prenant en considération les conséquences environnementales de l’ensemble du cycle de production. La réduction des gaz à effet de serre et l’amélioration de la qualité de l’air sont actuellement pensées à l’échelle du pays où les véhicules sont utilisés. Cependant, les voitures ne produisent pas des émissions seulement lors de leur utilisation, mais également lors de leur production et de leur fin de vie, qui peuvent impliquer des pays autres que celui de l’utilisation du véhicule. Le changement climatique étant un phénomène global, l’on observe rapidement les limites du raisonnement.

Et puis il y a les conditions de production, et leurs conséquences environnementales et sociales. Elles sont particulièrement problématiques, pour le moment, dans le cas des véhicules électriques avec batterie. La manière dont les métaux rares nécessaires à la production de batterie sont exploités à l’étranger est très bien documentée dans La guerre des métaux rares de Guillaume Pitron, qui dénonce "la face cachée de la transition énergétique et numérique" (2). Peut-on réellement qualifier de "verte", une approche qui a pour effet de délocaliser les émissions et la pollution ? Poser la question, c’est y répondre.

Alors, et si on arrêtait le greenwashing. Sans vouloir jouer la bobo qui se déplace à vélo et casser du sucre sur le Salon de l’auto, et s’il était temps pour ce Salon de se réinventer. Et si 2021 devenait l’année du Salon de la mobilité. Avec l’expo #WeAreMobility, le Salon de l’auto a déjà entre-ouvert la porte du changement, et a commencé à "penser à l’avenir" (2). Si le Salon de l’auto nous propose de rêver à des "modèles exclusifs, bolides puissants et réalisations luxueuses du secteur automobile", moi j’ai envie de rêver à une mobilité durable, à un monde où l’espace redevient commun et où chacun peut respirer un air sain. Et vous ?

(1) : fanny.vanrykel@uliege.be

(2) : Guillaume Pitron, La guerre des métaux rares : La face cachée de la transition énergétique et numérique, LLL, 2018.