À tous les gérants de magasins, grandes surfaces et centres commerciaux: ouvrez vos portes !

Quelle est donc cette infamie qui frapperait les mendiants pour qu’ils n’aient même pas le droit d’entrer dans vos temples de la consommation ?

À tous les gérants de magasins, grandes surfaces et centres commerciaux: ouvrez vos portes !
©Reporters/DPA
Contribution externe

Une opinion de Guillaume Léonard, citoyen d'Ottignies-Louvain-la-Neuve.

Depuis trois jours, notre pays est touché par une vague de froid intense. Elle fait le bonheur de nos enfants, tout heureux de ressortir leur luge et de jouer dans la neige. Elle embarrasse les adultes qui doivent se déplacer ou qui sont soucieux de s’assurer qu’ils ont rentré suffisamment de mazout ou de bois.

Mais elle met plus sûrement encore dans la difficulté ces milliers de personnes sans domicile, réduites à vivre de la mendicité.

Celles-ci n’ont souvent pas d’autre choix que de refuser d’être redirigées vers un centre d’hébergement parce que les quelques euros gagnés chaque jour leurs sont indispensables pour faire vivre leur famille. Tout leur coûte cher : la bonbonne de gaz pour chauffer leur squat, les médicaments, la nourriture, l’eau (doit-on rappeler cette évidence qu’ils n’ont pas l’eau courante ?), etc. Cela, nous le savons tous ; nous ne pouvons donc fermer les yeux. A fortiori actuellement, avec ce froid qui mord et qui dessèche, qui attaque durement les organismes déjà fragiles. Leur précarité se mue alors en détresse.

L'excuse de la "mendicité interdite"

J’ai vu hier une de ces personnes, statique, à peine protégée par un manteau et une couverture jetée sur ses genoux. Elle était contenue à l’extérieur d’un centre commercial chauffé, à un mètre de l’entrée par où passaient des hommes et des femmes pressés de s’abriter du froid. Lui n’avait pas cette possibilité, l’accès au centre lui étant refusé : "C’est le règlement, et d’ailleurs, la mendicité est interdite", m’a-t-on rétorqué.

Mais que pèse le légalisme face à des situations pareilles ? A-t-on le cœur si dur, l’esprit si froid, qu’il nous soit impossible de déroger dans ces conditions exceptionnelles, à des décisions forgées en d’autres lieux et dans d’autres contextes, pour faire preuve d’un minimum d’humanité ?

Messieurs et mesdames les gérants, est-il si difficile d’accepter que cet homme puisse faire quelques mètres et s’installer, sinon au chaud, du moins à l’écart de ce froid qui glace, de lui ménager un ou deux mètres carrés dans vos surfaces si grandes, où il puisse se tenir sans davantage incommoder votre clientèle ?

Il fut un temps où l’on interdisait qu’entrent dans les églises les lépreux, qui vivaient leur affliction comme une infamie divine. Quelle est donc cette infamie qui frapperait les mendiants pour qu’ils n’aient même pas le droit d’entrer dans vos temples de la consommation ?

Ouvrez-leur donc vos portes, montrez-nous que les chiffres et les profits peuvent s’accommoder de sentiments moraux face à la souffrance d’êtres humains. Faites de tous vos centres commerciaux, de tous vos magasins, des foyers de chaleur humaine !

On ne vous demande pas d’accueillir toute la misère du monde ; seulement celle qui s’affiche, en silence, à votre seuil.

>>> Titre et intertitre sont de la rédaction. Titre original : "Lettre ouverte à tous les gérants de magasins, grandes surfaces et centres commerciaux".