Covid-19 et décrochage scolaire : une bombe à retardement

Dans cet environnement morose, notre mission d’adulte est de lutter contre le décrochage scolaire. L’intelligence, qu’elle soit théorique ou pratique, est un facteur clé de notre bien-être et de notre survie.

Covid-19 et décrochage scolaire : une bombe à retardement
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Contribution externe

Une opinion de Thierry Bréchet, professeur au CORE à l'UCLouvain.

Commençons par un truisme : le Covid-19 a créé un séisme dans nos sociétés. Les décès, les pertes d’activité, les pertes d’emplois… inutile de revenir sur ces impacts désastreux (dont nous sommes loin d’être sortis). Dès mai 2020, le Conseil supérieur de santé a prévenu que l’épidémie aurait des répercussions durables sur la santé mentale de la population (voir aussi la publication du Bureau fédéral du plan "Santé mentale en Belgique : les coût cachés du Covid-19", 22 janvier 2021). Nous sommes évidemment toutes et tous plus ou moins vulnérables à un titre ou l’autre. L’objet de cet article est d’attirer l’attention sur une bombe à retardement largement occultée : les effets du Covid-19 sur le décrochage scolaire.

Commençons par quelques chiffres. Le pourcentage de jeunes entre 18 et 24 ans qui n’ont aucun diplôme du supérieur et qui ne suivent aucune formation était de 8,8% en Belgique en 2019 (14,8% à Bruxelles, 6,8% en Flandres et 10,3% en Région wallonne ; source : Ligue des droits de l’enfant, 2019). Déjà, ces chiffres sont inquiétants. Ajoutez à cela les impacts du Covid-19 depuis mars 2020 : récession économique, confinement, couvre feu, fermeture des écoles et universités (partiellement depuis septembre 2020). Cette ambiance est anxiogène et nos enfants y sont particulièrement sensibles. La population la plus vulnérable est probablement celle du secondaire supérieur (les adolescents).

L'éducation : facteur principal de progrès

Quelles seront les conséquences sur le décrochage dans le secondaire et le supérieur ? Les premiers chiffres ou témoignages qui circulent sont alarmants. Pourquoi ? Parce que c’est une bombe à retardement. Quel est le facteur principal de progrès dans une société humaine ? C’est le capital humain, et donc l’éducation. Oui, nous subissons une crise économique inédite avec le Covid-19, et elle n’est pas terminée. Mais si nous sacrifions une génération d’enfants et d’adolescents en étant incapables de leur proposer des moyens adéquats de suivre une formation, c’est notre avenir, et surtout le leur, que nous mettons en péril.

Les conséquences sociétales à long terme du décrochage, surtout pour les adolescents du secondaire, peuvent être considérables. Le capital humain, autrement dit l’intelligence, qu’elle soit théorique (une mathématicienne, par exemple) ou pratique (un plombier, par exemple) est un facteur clé de notre bien-être et de notre survie. Le Covid-19 est un facteur de décrochage scolaire supplémentaire, et le décrochage, c’est mettre en péril le futur de nos enfants.

Entre "mode hybride" kafkaïen et déshérence

Comment lutter contre le décrochage ? Il n’existe pas de solution simple et unique mais un ensemble de solutions possibles, et c’est aux acteurs de les choisir. Je vais me concentrer sur trois idées. Premièrement, le contexte : il faut l’accepter, nous sommes toutes et tous démunis face au Covid, enfants, parents, hommes et femmes politiques, etc. Pour les parents, vivre avec des adolescents en manque de contacts sociaux et en décrochage scolaire n’est pas simple. Deuxièmement, nous sommes soumis à des injonctions contradictoires : travailler, rester à la maison, bouger, pas bouger. Pour les adolescents qui sont en mode hybride (moitié en présentiel, moitié en distanciel), c’est devenu kafkaïen et il leur est difficile de trouver la motivation pour suivre les cours. Enfin, les réseaux de soutien à l’enseignement supérieur peuvent apporter une contribution clé en ne laissant pas les élèves, les parents et les enseignants en déshérence (par exemple les centres PMS et CPMS (services psycho-médicaux-sociaux), PSE (services de promotion de la santé à l’école), etc.).

Certes, nous sommes toutes et tous démunis dans ce contexte. Mais il ne faudrait pas sacrifier nos adolescents et leur avenir. Entre Charybde (plus de confinement) et Scylla (retrouver les activités d’avant), la voie n’est pas large. Dans cet environnement morose, notre mission d’adulte est de lutter contre le décrochage scolaire et de donner à nos enfants espoir en l’avenir.

>>> Les intertitres sont de la rédaction.

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