Parlementaires, osez Bonus Go Brussels !

Discutée à la Région cette semaine, l’approche se base sur un incitant positif visant à désengorger Bruxelles.

Parlementaires, osez Bonus Go Brussels !
©Pixabay
Contribution externe

Une opinion de Salvatore Arrigo (Pasha Parking), Anthony Carpiau (Koalift) et un collectif de signataires*.

Cette semaine, les parlementaires bruxellois discutent d’une proposition en mobilité pas comme les autres. Il s’agit du "Bonus Go Brussels" et s’adresse aux automobilistes, bruxellois ou navetteurs, qui participent régulièrement aux bouchons en heure de pointe. Ces automobilistes seraient repérés sur base des caméras installées sur le territoire bruxellois. Ils seraient alors contactés et invités à changer de mode de transport pour aller au travail. S’ils acceptent de participer, ils devraient s’inscrire sur un site web dédié à l’opération, y remplir une déclaration sur l’honneur ou y déposer une attestation de leur employeur. Ensuite, pendant une période d’un à deux ans, ils reçoivent une petite prime de 3 € pour chaque trajet où ils prennent un autre mode de transport que leur voiture. Les caméras permettent de le contrôler. Au bout de cette période, la prime s’arrête mais les études démontrent que le comportement, suffisamment ancré, perdure.

Cette proposition se base sur des travaux en théorie comportementale qui démontrent qu’un incitant positif est souvent plus efficace pour changer le comportement qu’un incitant négatif. Des exemples à l’étranger ont démontré l’efficacité de cette approche : Rotterdam, Singapour, Lahti (Finlande).

Quel serait le coût d’une telle mesure ? On peut s’en faire une idée en appliquant les chiffres obtenus à l’étranger aux 300 000 automobilistes qui participent aux bouchons tous les jours à Bruxelles. Dix pour cent de participation (= 30 000 automobilistes), dont la moitié maintient son comportement jusqu’au bout (= 15 000 automobilistes). On peut donc estimer qu’il faudra donner la prime à une moyenne de 22 500 personnes. Avec 200 jours ouvrables par an, une prime de 3 € par trajet (6 € par jour) pendant 1 an, cela donne un coût de 27 millions d’euros/an. Ajoutons à cela 1 million d’euros/an pour les frais d’organisation. Le résultat ? Une diminution de 5 % du trafic pour un coût de 28 millions d’euros/an. Autrement dit, une goutte d’eau dans le budget mobilité bruxellois de 1,5 milliard d’euros par an ! Et puis, le grand avantage est que ça ne coûte que si ça fonctionne ! Nous défions quiconque de trouver un aussi bon résultat avec si peu de moyens et avec si peu de risque.

Risques calculés

De grâce, chers parlementaires, ne vous engluez pas, face à cette proposition, dans des considérations stériles du style : "Est-il normal que Bruxelles paie la prime aux navetteurs flamands et wallons ?" ou "Est-il bien juste que ceux qui viennent déjà à vélo au boulot ne bénéficient pas de la prime ?" Débattez des modalités qui peuvent être adaptées, mais soyez pragmatiques ! Cela fait des décennies que ces bouchons empoisonnent la vie de tous. Si ce dispositif a une chance d’atteindre des résultats, c’est l’essentiel ! Le reste ne peut pas nous bloquer. Osez ! Essayez ! Prenez des risques ! Surtout quand ils sont calculés. Nous vous en serons reconnaissants.

Si nous prenons la plume aujourd’hui, c’est parce que nous estimons que la politique de mobilité est basée de manière trop importante sur de lourds investissements en infrastructure. Or, des politiques qui agissent sur le comportement sont immensément moins chères, plus agiles, et peuvent atteindre de bons résultats. Cela semble être le cas de ce fameux Bonus Go Brussels proposé par Christophe De Beukelaer (CDH) mais aussi de la prime Bruxell’Air qu’Elke van den Brandt (Groen) réforme avec ambition, ou encore de ce projet-pilote à Bonheiden. Dans cette ville, chaque enfant a reçu un petit sensor sur son vélo. Chaque jour où il utilisait son vélo pour aller à l’école, il recevait des points à dépenser à la kermesse annuelle. Résultat ? Le taux d’élèves allant à vélo à l’école a explosé de 12 % à 62 % et cette augmentation semble durable.

Dans le même esprit, il est grand temps d’avoir au niveau fédéral un véritable budget Mobilité pour tous. Avec des conditions d’accès assouplies, cette mesure lancée en 2019 pourrait changer fondamentalement le rapport qu’entretiennent les entreprises à la mobilité de leurs employés.

Et si on dépassait le jeu majorité-opposition ? Et si on dépassait nos barrières mentales, nos préjugés, nos "on a toujours fait comme ça" ? Et si…. Bruxelles innovait ?

>>> Titre, chapô et intertitre sont de la rédaction. Titre original : "Mobilité : Oui, Go Brussels !"

>>> (*) Liste complète des signataires: Salvatore Arrigo (Pasha Parking) Anthony Carpriau (Koalift), Amaury Gerard (Mbrella), Michael Grandfils (Lab-box), Mathieu de Lophem (Skipr), Sylvain Nisset (Poppy), Adrien Roose (Cowboy), Julien Vandeleene (BePark) Pierre de Schaetzen & Guillaume Verhaeghe (Billy Bike), Nicolas Verstraete (NextMobility), Guy-Louis de le Vigne (MyMove)

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