Une nouvelle coupe de cheveux n'est pas la bonne solution pour nous motiver à lutter contre le coronavirus

De nombreuses études montrent l'importance des liens sociaux pour notre santé mentale. Que l'espace extrêmement limité de notre "budget de contacts" soit dépensé pour permettre des contacts rapprochés chez le coiffeur plutôt que pour des besoins essentiels n'est pas défendable. Le sens civique attendu de nous, citoyens, exige que soient réunies les conditions adéquates pour son émergence.

Une nouvelle coupe de cheveux n'est pas la bonne solution pour nous motiver à lutter contre le coronavirus
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Contribution externe

Une opinion de Omer Van den Bergh (KU Leuven), Sofie Morbée, Joachim Waterschoot (Ugent), Olivier Klein, Pascaline Van Oost (ULB), Olivier Luminet, Mathias Schmitz, Vincent Yzerbyt (UCLouvain), tous membres du groupe de travail "Psychologie & corona"

La maîtrise de cette crise met en jeu un grand nombre de facteurs imprévisibles, tels que les mutations du virus et la livraison des vaccins. Pourtant, nous avons le contrôle du facteur clé du contrôle de la situation : notre comportement. Certains soubresauts récents au niveau de notre engagement à l’égard des mesures sanitaires à la suite du comité de concertation du 5 février montrent qu'un assouplissement proposé sans discernement nuit à la motivation.

Pendant des semaines, nos responsables ont affirmé que des assouplissements n'étaient possibles que si l'on atteignait des seuils précis (800 infections/75 hospitalisations). Dans les récentes décisions du comité de concertation, ces seuils critiques n'ont pas été pris en compte : soudain, à partir du 13 février, on pouvait à nouveau aller chez le coiffeur. Les seuils n'étaient plus mentionnés et aucune explication n’était donnée sur les raisons pour lesquelles on pouvait s’écarter de ce plan strict. Tout ceci a des conséquences importantes. La première est que les seuils sont ainsi devenus peu crédibles et compliqués à utiliser. Nous ne pouvons plus nous y référer comme guide pour nous motiver, ni comme argument pour justifier des décisions d'assouplissement ou de resserrement. Dans le même temps, le message est donné que la politique détermine de manière autonome notre liberté et que les citoyens ne sont pas censés réfléchir à la situation. Et pire encore, cela suggère que de puissants groupes de pression peuvent "arranger les choses" s'ils s’y prennent bien. Tant mieux pour tous les coiffeurs et leurs clients, mais il est compréhensible que dans ces circonstances, la motivation à se conformer aux mesures diminue. Nous avons d’ailleurs constaté une plongée considérable à cet égard après le précédent Comité de concertation (voir graphiques).

L'effet fugace de la coupe de cheveux

Une deuxième conséquence est que le lien entre notre comportement et leurs conséquences sanitaires a été mis à mal. Avec le deuxième confinement, nous avons rapidement pu faire descendre les courbes d’infections et d’hospitalisations, ce qui a renforcé notre conviction dans l'efficacité des mesures et notre sentiment de pouvoir gérer la crise. Même pendant la période compliquée des fêtes de fin d’année, nous avons respecté les mesures de manière exemplaire. La stabilité des chiffres a depuis lors fait naître certains doutes quant à la possibilité d'atteindre notre objectif avec les mesures imposées. Avec l'assouplissement récent des règles sans prise en compte des objectifs, les politiques ont indiqué qu'ils et elles ne croyaient plus en la possibilité de les atteindre. Peu après la réunion du Comité de concertation, la confiance dans l'efficacité des mesures a été ébranlée.

Une troisième conséquence est que l'on a l'impression que les autorités politiques ne prennent pas le bien-être mental au sérieux. Pour justifier l'ouverture de salons de coiffure, de tatouage et d’esthétique, on a invoqué leur rôle pour notre bien-être et notre santé mentale. En effet, bien-être et santé mentale sont depuis longtemps sous pression, les adolescents, les jeunes adultes et les personnes seules étant les plus touchés. Une nouvelle coupe de cheveux peut être réconfortante, mais son effet sur le bien-être est extrêmement fugace. En outre, de nombreuses études montrent l'importance des liens sociaux, de l'autonomie et du développement personnel pour notre santé mentale, en particulier celle des jeunes. Que l'espace extrêmement limité de notre "budget de contacts" soit dépensé pour permettre des contacts rapprochés qui jouent un rôle incertain sur notre bien-être plutôt que pour des besoins essentiels n'est donc ni efficace ni défendable.

Le risque perçu aussi bas que l'été dernier

En attendant, on passe sous silence un motif important justifiant les mesures, la perception du risque d'infection. Aujourd'hui, le risque perçu est à un niveau aussi bas qu'il l'était en été, alors que les variant infectieux sont en augmentation et que le nombre de personnes hospitalisées est nettement plus élevé. Cette sous-estimation des risques a pour conséquence que nous nous sentons injustement limités par les mesures. Maintenir une conscience appropriée des risques sans tomber dans la peur exige une stratégie équilibrée et durable qui engage les citoyens en tant qu'acteurs à la fois essentiels et coopératifs. Nous sommes actuellement confrontés à une tâche extrêmement difficile pour gagner la course entre les variants qui progressent rapidement et la vaccination qui progresse lentement. Relever ce défi exige la coopération de personnes engagées et motivées.

Le groupe de travail "psychologie et corona" a longtemps insisté sur la mise en œuvre d'un schéma cohérent de contrats "si… alors" qui rendent la situation aussi prévisible et contrôlable que possible, même dans des circonstances en constante évolution. Une étude danoise a récemment démontré l'importance de recourir à tous les outils didactiques modernes (visuels, infographiques, etc.) auprès de larges couches de la population pour leur permettre de réfléchir et d'agir de manière responsable. Le sens civique n’est pas mis en branle en lançant un appel et encore moins en adressant un reproche, mais exige que soient réunies les conditions adéquates pour son émergence. Dans le même temps, les connaissances scientifiques pertinentes en matière de santé mentale devraient être prises en compte pour établir les priorités dans lesquelles il convient d'utiliser l'espace virologique restreint dont nous disposons. Pourquoi ne pas instaurer un moment corona hebdomadaire au cours duquel les responsables politiques, avec l’appui des experts, fournissent un aperçu compréhensible et inspirant de la situation, des mesures en cours ou des nouvelles dispositions, des conséquences prévues sur les infections selon que nous y adhérons ou pas, de nos changements motivationnels et de leurs déterminants, ainsi que des interventions visant à soutenir l'économie et la santé mentale ? Nos données montrent que la confiance dans les autorités politiques est cruciale pour garantir un engagement de la population à l’égard des mesures, mais aussi pour la mise en place de la vaccination et comme barrière contre le doute au sujet de la vaccination et des idées conspirationnistes.

>>> Titre, chapô et intertitres sont de la rédaction. Titre original: "Coiffeurs et motivation"

>>> Cette opinion est également parue en néerlandais dans le "Standaard".

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