Décision contre Uber : l'incompétence règne dans le dossier mobilité

L’impossibilité de se déplacer ne semble tout bonnement pas prise en compte par nos dirigeants dans leur gestion de la ville... D'où la question de l'utilité de certains gouvernants.

Décision contre Uber : l'incompétence règne dans le dossier mobilité
©Jean-Luc Flémal
Contribution externe

Une opinion de Doriane de Lestrange, rédactrice indépendante.

Nouvelle incursion en absurdie lundi matin alors que le bruxellois apprend en se rendant comme il le peut à ses tâches quotidiennes qu’Uber se voit interdire par l’administration bruxelloise le droit de laisser ses chauffeurs utiliser leurs smartphones pour accepter les commandes de courses au motif fumeux que la pratique ne respecterait pas les arrêtés sur les locations de voitures avec chauffeurs. En pratique une telle décision a pour conséquence une paralysie totale de toute l’activité ; voire une interdiction pratique à terme ?

Si l’on avait pu croire que la série des matraquages judiciaires du célèbre service VTC avait pris fin (après l’interdiction d’Uber Pop en 2015) et que le concitoyen, n’ayant plus à démontrer combien Uber lui rend service, pourrait désormais en profiter pleinement et librement, l’on eût mieux fait de se remémorer que nous sommes en Belgique, et que les gouvernants qui font les lois, se passent bien volontiers de la raison lorsqu’il s’agit d’imposer les mesures qui leur sont habilement suggérées. Le ministre-Président de la Région bruxelloise Rudi Vervoort ne déroge bien évidemment pas à la règle et crée une fois de plus la polémique en annonçant une mesure qui semble bien loin des réalités du terrain et qui menace un nombre colossal d’emplois, aussi précaires soient-ils considérés par certains.

C’est donc au parfait mépris du constant soucis de mobilité de sa population que la Région a pris la décision de mettre un nouveau bâton dans les enjoliveurs des chauffeurs VTC bruxellois. Si la décision ne manque pas de scandaliser, elle ne surprend cependant plus personne. Que les politiques bruxellois décident, en se cachant derrière de fumeuses considérations juridiques et légales, d’impacter un peu plus un service aussi utile qu’Uber n’étonne plus. On sait pourtant trop bien depuis un an ce qu’il est possible de faire de la loi lorsqu’elle devient gênante… Comme la plupart des décisions qui émanent de ce corps politique depuis des années, plus rien ne surprend.

Une ville qui se veut capitale de l'Europe

L’occasion est trop belle de ne pas passer outre l’incapacité notoire de nos gouvernants à mettre en place un système de mobilité et de transports en commun digne de ce nom (métros réguliers, trams hors du trafic, trains de banlieue, projet fantôme du RER qui ne verra jamais le jour…) dans une ville qui se veut pourtant capitale de l’Europe. Il faut en plus venir matraquer les entreprises privées ayant pris la place des pouvoirs publics inexistants en offrant aux citoyens, désespérés de se mouvoir dans le marasme bruxellois, un moyen de mobilité supplémentaire. L’on ne peut que s’interroger sur l’opportunité d’une telle décision, si ce n’est mettre un peu plus en lumière l’incompétence qui règne dans le dossier mobilité. Quant à ce qui fait plus largement l’attractivité d’une capitale tant au niveau culturel qu’immobilier, l’impossibilité de se déplacer ne semble tout bonnement pas prise en compte par nos dirigeants dans leur gestion de la ville.

L’Homme politique semble également oublier que toute sa population ne jouit pas d’un sacro-saint véhicule de société, ne peut pas tout faire juché sur son vélo, ou décide parfois même objectivement de ne pas investir dans une voiture (nécessairement récente et coûteuse puisqu’interdite de séjour bruxellois autrement) pour justement utiliser un service VTC lorsque le besoin occasionnel de se déplacer en voiture se fait sentir. La seule méthode qui semble acceptable aux yeux de nos élus semble bien être celle de la contrainte et de la sanction. Stationnement toujours plus onéreux, mesures écologiques niant le pouvoir d’achat des belges, piétonnisation laborieuse, ministre de l’(im)mobilité toujours plus invisibles… L’on en a vient à penser que notre immobilisme serait un objectif à remplir pour chaque gouvernement !

Sauvegarder les privilèges et non le bien commun

On le sait, il s’agit évidemment comme toujours de sauvegarder les privilèges des chauffeurs de taxi (à l’origine de ladite mesure qui répond à une de leurs innombrables actions en justice), corporation dépassée depuis bien longtemps par le progrès digital, et qui n’hésite pas d’ailleurs à bien souvent imposer le paiement en cash à ses clients (nous ne nous avancerons pas sur le fait de savoir si tout cet argent liquide est d’ailleurs bien déclaré par lesdits taxis et imposé par le fisc...). Son principal concurrent, lui, propose un service non seulement flexible, pratique, mais en plus 100% déclaré fiscalement, les matraquages récurrents dont Uber et ses acolytes ont fait les frais s’en étant assurés. Il faut donc croire que c’est le culot qui remporte les batailles politiciennes du 21ème siècle et non plus la légitimité ou le bien commun.

Quelle utilité donc, pour ces gouvernants qui après avoir ingénieusement mis en place un système constitutionnel d’une complexité mondialement reconnue et voté une fédéralisation dépossédant presque totalement son peuple de son pouvoir de participation démocratique, sont aujourd’hui en mesure de prendre les décisions les plus absurdes et les plus déconnectées du réel sans aucune crainte de contestation. Ce qu’il se passe depuis bientôt un an aura terminé de nous le prouver : un gouvernement d’affaires courantes s’arrogeant le droit des pouvoirs spéciaux, un autre gouvernement laborieusement formé continuant sans se priver sur la voie de l’autoritarisme, une incapacité des niveaux de pouvoirs à se mettre d’accord sur les mesures à adopter.

Si nos hommes politiques ne sont plus responsables de rien, n’assument plus les conséquences de leurs décisions et n’ont plus pour réponse au mécontentement du peuple que de montrer du doigt les "véritables" responsables que sont soit disant des textes de loi contraignants, des médecins experts qui savent mieux qu’eux, une concurrence déloyale qu’il n’est pas possible de laisser perdurer, ou encore une urgence écologique effaçant tout sur son passage, le concitoyen n’est-il pas en droit, lui, de se demander : quelle utilité ces gouvernants peuvent-ils encore avoir aujourd’hui dans sa vie quotidienne ?

>>> Titre, chapô et intertitres sont de la rédaction. Titre original : "Nos gouvernants ont-ils encore une quelconque utilité ?"

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