Aliénation parentale : la Justice confrontée au parent pervers narcissique

Dans le cas de l’aliénation d’un enfant par un parent pervers narcissique, le mensonge est une arme redoutable en justice. Le parent victime doit prouver son innocence face à son enfant qui utilise de fausses accusations contre lui.

Aliénation parentale : la Justice confrontée au parent pervers narcissique
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Contribution externe

Un texte de Christine Calonne, diplômée en psychologie clinique ULG, psychothérapeute à Namur, écrivaine, et Jean-Martin Rathmes, avocat à Liège, ancien juge suppléant.

Le pervers narcissique (PN, homme ou femme) instrumentalise, manipule, afin d’obtenir plus de pouvoir par la destruction de sa proie. Egocentrique, il n’a aucune considération pour autrui, aucune empathie ni culpabilité. Il est prêt à détruire celui qui lui résiste ou qui lui fait de l’ombre. Il attaque l’estime de soi de la victime par son harcèlement moral quotidien, en privé. Il l’isole et prend des "témoins à charge", manipulables, pour la dominer et détruire son identité, ses liens. 
Il se comporte en gourou, ou en Pygmalion, en envahissant psychiquement et en endoctrinant la victime, car il lui refuse toute autonomie. Il veut en faire son "oeuvre", son faire-valoir. Il la vampirise par des micro-violences quotidiennes, comme le dénigrement, la culpabilisation, le chantage, la menace, l’humiliation, le déni, la critique non constructive, la moquerie. Il est animé par l’envie. 

Doué pour le double jeu

Il installe une emprise psychologique grâce à la séduction, l’appropriation, puis la domination et la violence psychologique. Dès le début, il organise la destruction de sa proie de façon rationnelle, calculée, consciente. Persuasif, menteur, charmeur, il séduit son auditoire. Usant de messages paradoxaux et doué pour le double jeu, il souffle le chaud et le froid. Il rend l’autre confus et le déstabilise. Il maîtrise les techniques de communication à des fins malveillantes. Il agit dans l’ombre, car il est obsédé par son image sociale et présente toujours en public une image parfaite. Dans le déni, il est incapable de dialoguer et est coupé de sa vie intérieure, de ses émotions, de ses sentiments. Il inverse les rôles et sait très bien jouer la victime, jouer les émotions. 

Relation à l'enfant et au parent victime

Dans la relation à son enfant, le pervers narcissique exerce aussi une emprise. On peut repérer le syndrome de l’aliénation parentale (AP) chez un enfant sous emprise. Il a été décrit par le Docteur Gardner selon 8 symptômes : dénigrement et haine du parent victime, rationalisations faibles, peu crédibles, absence d’ambivalence (un parent adoré et l’autre haï), volonté de faire croire que le rejet vient de lui, soutien au parent PN, absence de culpabilité, langage emprunté/soufflé, haine envers l’entourage du parent victime. 
L’aliénation parentale s’installe progressivement et suit un continuum qui mène à la rupture du lien avec le parent ciblé. Le Docteur Baker y reconnaît un rejet injustifié et inexplicable du parent ciblé par l’enfant, après une lente détérioration du lien d’attachement. Ce syndrome peut être léger, moyen ou sévère. 
Sévère, il se manifeste dans le rejet du parent victime par l’enfant, l’impossibilité pour le parent ciblé de communiquer avec l’enfant qui se replie, agresse constamment, se fige et ment. Les stratégies destructrices du PN entraînent une aliénation parentale sévère : se présenter en victime, dénigrer l’autre parent devant l’enfant, mentir et faire mentir, se montrer très permissif pour le séduire (cadeaux excessifs particulièrement quand l’enfant rejette le parent victime), puis tyrannique, empiéter sur le temps de garde de l’autre parent (appeler sans cesse l’enfant), bloquer les contacts du parent victime avec l’enfant, imposer à l’enfant d’espionner, de voler, suggérer que la communication du parent victime est de la manipulation, utiliser de fausses rationalisations (ex."c’est mon enfant qui décide s’il ne veut pas aller chez sa mère/son père, car je veux son bien"), persuader l’enfant que l’autre parent est dangereux ou fou. 

Forcé à choisir un de ses parents

Son intention est destructrice envers le parent victime, mais, du coup, envers l’enfant, car le pervers narcissique nie les besoins, les émotions et la souffrance de celui-ci afin de le transformer en arme contre le parent victime. Il le force à choisir un de ses parents en faisant du chantage, des menaces, en se confiant à lui et en lui imposant des secrets. L’enfant aliéné, contrairement à l’enfant abusé psychologiquement ou sexuellement, est soulagé de rompre le contact avec le parent victime pour ne plus subir cette violence psychologique insupportable. Le parent victime face à la justice doit fournir des preuves de cette aliénation parentale, faits et actes, afin d’être entendu concernant ses inquiétudes au sujet de l’état psychologique et du bien-être de son enfant. 

Prouver une aliénation parentale en justice

Dans le cas de l’aliénation d’un enfant par un parent PN, le mensonge est une arme redoutable en justice. Le parent victime doit prouver son innocence face à son enfant utilisant de fausses accusations contre lui. Le Juge peut ainsi retirer provisoirement la garde au parent victime s’il y croit. Mais, il renforce ainsi l’emprise du parent PN, poussant l’enfant à la rupture du lien. Etablir une grille de repérage et former les intervenants sociaux, Juges, thérapeutes, pourrait les aider à mieux protéger, soigner l’enfant en danger, avant que l’aliénation parentale devienne sévère et entraîne la rupture du lien. Un arbre de décision, une grille d’indicateurs concernant les parents et l’enfant dans l’aliénation parentale a été créée à cette intention au Canada par la Chaire de partenariat en prévention de la maltraitance par l’Université de Laval en 2014. La question essentielle est d’établir si un des parents vise clairement à exclure l’autre parent de la vie de l’enfant pour des raisons non valables et peu crédibles. L’enfant rejette-t-il clairement le parent exclu ? Dans ce cas, on peut parler d’AP. Parfois, c’est la maturité, le retour chez le parent victime, une hospitalisation, une psychothérapie, l’intervention d’une personne importante pour l’enfant, la perception de la violence du PN sur quelqu’un d’autre ou le fait de devenir parent qui aidera l’enfant à s’en libérer.

>>> Titre, chapô et intertitres sont de la rédaction. Titre original : "Perversion narcissique / Aliénation parentale et Justice".

>>> Contacter les auteurs : contact@psychotherapie-calonne.be, site internet www.psychotherapie-calonne.be ; avocats.rathmes@skynet.be

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