"Il faut arrêter le délire de la résilience. C’est l’idéologie du bonheur palliatif"

Thierry Ribault est chercheur en sciences sociales au CNRS. Il a travaillé plusieurs années au Japon sur les problématiques sociétales nipponnes. Lors de la catastrophe de Fukushima, en mars 2011, il observe la manière dont les politiques et les experts gèrent la crise humaine et sanitaire, dans la foulée d’un accident nucléaire d’une rare gravité. Dans cette période troublée, la résilience apparaît, dans les discours médiatiques et politiques, comme la clef de voûte de la reconstruction nécessaire. Dans le contexte de la pandémie actuelle, alors que les penseurs et observateurs occidentaux reprennent en chœur la notion de résilience, Thierry Ribault s’attaque à ce que représente le concept.

"Il faut arrêter le délire de la résilience. C’est l’idéologie du bonheur palliatif"
©D.R.
Vous écrivez au départ de votre livre cette phrase choc : “La résilience a un grand pouvoir de séduction. Instrument d’endoctrinement clamant qu’il faut privilégier la vie, elle cultive le travestissement du malheur, allant jusqu’à revendiquer d’en faire un mérite”. Ce qu’on n’interroge jamais, dans la résilience dont on nous parle comme un médicament de notre temps, c’est cette idée qu’en acceptant le malheur, on pourrait mieux survivre.

Mais en quoi le malheur peut-il constituer un mérite, on se le demande ? J’ai été guidé par cette idée. En quoi on serait méritant

...

Cet article est réservé aux abonnés

Profitez de notre offre du moment et accédez à tous nos articles en illimité