Napoléon, voile, Covid, téléphérique de Namur... Voici le Courrier des lecteurs

Napoléon, voile, Covid, téléphérique de Namur... Voici le Courrier des lecteurs
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Contribution externe

Port du Voile 

La Laïcité, c’est le droit d’afficher ses convictions

Je suis choqué par le Centre d’action laïque. En effet, il "se dit choqué par la décision de la Stib de ne pas interjeter appel" [du jugement du tribunal du travail tranchant que la société de transport bruxelloise avait fait preuve de discrimination à l’égard d’une candidate à l’emploi portant un voile en raison de ses convictions religieuses], pouvait-on lire sur lalibre.be. La laïcité, c’est - et c’est un droit inaliénable - le droit d’afficher ses convictions (sinon il n’y aurait pas de liberté de conviction puisque ce serait de facto renvoyer les convictions dans la sphère privée). La neutralité de l’État s’impose dans les actes des fonctionnaires dans le cadre de leur fonction et en aucun cas sur ce qu’ils portent, y compris sur le lieu de travail. Interdire aux fonctionnaires d’afficher leurs convictions n’est en rien une garantie que leurs actes seront neutres. Au contraire, afficher des convictions permet aux citoyens d’identifier celles-ci. Et c’est plutôt une bonne chose en matière de transparence des services publics. Cela a aussi l’avantage de faire savoir que tous les citoyens, quelles que soient leurs convictions, sont traités de la même manière par les fonctionnaires. […]

Olivier Montulet

Les vertus du "non"

Quelle saga ! Quelle pantalonnade que ces politiciens de tous bords, pétris des meilleurs sentiments du monde, nous imposent, depuis des années, pour un fichu ! Ne mêlons et n’emmêlons pas tout, car si ce fameux foulard, en dépit de son importance à titre personnel, n’a pas, selon ses défenseurs, autant de valeur symbolique, religieuse ou politique qu’ils le prétendent… alors soyons simplement bienveillants les uns envers les autres. Et, à l’instar de ce qui est demandé aux étrangers résidant, ou de passage, dans des pays à majorité musulmane, de bien vouloir veiller à respecter les traditions et valeurs du pays d’accueil, en portant un voile et en se couvrant les bras… parce que, ne pas le faire, "dérange", la bienveillance réciproque voudrait que, dans les pays à tradition chrétienne ou laïque, qu’on le veuille ou non, l’on ne porte pas le voile dans les institutions ou autres lieux publics fermés, parce que, le faire, dérange. C’est tellement simple de vivre en harmonie quand on veut être bienveillant.

P. De Greift

C’est arrivé près de chez nous 

Quand la police secourt et protège

Cela se passe chez nous dans une rue de Namur. Devant moi marche une jeune fille en une matinée de plein soleil. Soudain, elle tombe lourdement. Sa tête heurte le bord du trottoir. Son sac et des documents s’éparpillent sur le sol. "Ça va mademoiselle ?" Question ridicule de ma part… Elle se met à trembler, pousse des cris. Sans doute une crise d’une maladie neurologique, un coup de chaleur, que sais-je… ? Une dame se précipite. Une infirmière sans doute. Elle connaît les gestes de secourisme. Elle place la jeune fille sur le côté, cherche à la calmer. Une voiture de police arrive rapidement et freine devant la victime. Deux policiers agissent rapidement. Rue sécurisée, ils s’occupent de la fille. Elle a le visage livide, reste inconsciente. Un policier pose sa main sur son épaule. Le deuxième est en communication avec les urgentistes. Les minutes passent. Scène surprenante que ces deux policiers qui viennent au secours d’une jeune dame en détresse. Une image bien éloignée des clichés d’une police "méchante, répressive" prête à verbaliser à tout va. Des flics secouristes qui trouvent les gestes comme des infirmiers : [une séquence] bien différente des scènes violentes, à sensation déversées sur les réseaux sociaux. M’étant éloigné, je vois l’ambulance qui déboule dans la rue. Bravo la police de ma ville. Comme chantait Renaud, il y a des jours où "On a même envie d’embrasser un flic". Moralité : la police a d’abord une fonction noble, celle de nous protéger, nous venir en aide lorsqu’un mauvais sort nous rend vulnérables, lorsque des dangers surviennent, lorsque les minutes sont comptées. C’est arrivé chez nous, et c’est beau.

Jean-Pierre Bodart 

Patrimoine 

Téléphérique de Namur : on se trompe d’analogie

On connaissait déjà la reductio ad Hitlerum, il faudra désormais s’habituer à la reductio ad pyramidem. Ainsi désormais, à chaque fois que le promoteur d’une incongruité architecturale ou paysagère essuie quelques critiques, revient la même mauvaise analogie avec la pyramide du Louvre. Vous déplorez que la citadelle de Namur, monument historique classé, soit défigurée et ringardisée par d’épouvantables pylônes métalliques, pas de doute, vous vous seriez opposé à la construction de la pyramide du Louvre. Bien que tacite, la suite du raisonnement est (elle aussi) mécanique : vous êtes hostile au changement, donc au progrès. Passons sur le fait que certaines choses sont belles en soi et n’ont pas besoin d’être dénaturées et revenons à l’analogie bancale. Car enfin, le nouveau téléphérique n’est en rien une nouveauté. Il s’agit simplement d’une version ratée et disproportionnée d’une attraction qui existait autrefois. Soit le retour de l’ancien, l’ubris en plus. En outre, on peut se demander si subventionner un opérateur privé à hauteur de 600 000 euros l’an (soit environ 5 euros par passager, si les très optimistes prévisions de fréquentation sont jamais atteintes) va dans le sens du progrès collectif. On se trompe dès lors d’analogie, et le nouveau téléphérique tient bien moins de la pyramide du Louvre que d’une tyrolienne sur le Colisée. Voilà peut-être une suggestion à formuler dans le cadre d’un prochain jumelage.

Jean-Christophe Jacobs

Culture 

Ianchelevici, un sculpteur décadent ?

Dans un article publié le 21 avril dernier, La Libre commente l’exposition Jour après Jour qui connaît un beau succès au MILL, le musée Ianchelevici de La Louvière. Curieusement, le journaliste qualifie Ianchelevici de sculpteur décadent. Si sa liberté de critique l’autorise bien évidemment à ne pas apprécier cet artiste, le classer de cette manière heurte parce qu’elle semble inexacte et péjorative. L’art décadent ne désigne-t-il pas spécifiquement les œuvres d’artistes symbolistes de la fin du XIXe siècle ? Le "décadentisme" ne s’applique pas à la période d’entre-deux-guerres et paraît totalement incongru au regard des œuvres du moderniste classique qu’est Idel Ianchelevici. Et si la notion de "décadent" fait partie du jargon de l’historien de l’art, elle a, dans son acception courante, une coloration dénigrante et péjorative qui disqualifie injustement un artiste.

Maurice de Borman, membre de la Fondation Inachelevici 

Covid 

Espoir et désespoir des familles d’un patient de longue durée

La question de la santé mentale des patients hospitalisés de longue durée en temps de Covid se pose avec une réelle acuité. Comme tant d’autres, notre famille n’a pas été épargnée par la pandémie. Notre papa est hospitalisé depuis 6 mois, après avoir contracté le Covid à l’hôpital. C’était un homme actif intellectuellement et sportivement, qui doit aujourd’hui tout réapprendre : parler, manger, marcher… Totalement dépendant, il ne sait plus utiliser un téléphone, une tablette… Les règles sanitaires ne permettent que quelques rares visites sur dérogations, même pour notre maman. Son moral est au plus bas. Il ne comprend pas ce qui lui arrive. Il est loin de tout et de tout le monde. Il se sent abandonné, il pleure tous les jours, il baisse les bras. Tout en reconnaissant la qualité des soins qui lui sont prodigués, nous nous demandons comment l’aider à faire face à sa rééducation alors qu’il est seul, ayant le sentiment de n’avoir aucun soutien de sa famille. Ne pas pouvoir être au côté de son époux occasionne beaucoup de souffrance psychique chez notre maman. Nous savons que notre famille n’est pas la seule à souffrir ou avoir souffert du manque de contact avec un proche hospitalisé pour une longue période durant cette crise. Nombreux doivent être ceux pour lesquels le simple droit légitime de rencontre avec la famille se retrouve bafoué. Aujourd’hui, il est pourtant tout à fait possible d’organiser des visites en toute sécurité : certains proches sont vaccinés, les membres de la famille peuvent présenter un test PCR négatif, port du masque… Il est aussi possible de faire signer un engagement à ne pas se présenter en cas de présence de symptômes ou de contact avec quelqu’un qui s’est révélé positif au Covid…

Dans ce contexte particulièrement éprouvant, nous aimerions sensibiliser les décideurs, sans trop savoir comment nous y prendre, sur l’importance d’une prise en charge du rétablissement des patients de longue durée et en situation de perte d’autonomie qui intègre, surtout et explicitement, le soutien de l’entourage. Il en va du bien-être des patients et de leur famille !

Marielle et Sylvie Vangyseghem 

Napoléon 

Un bilan immense

Dans La Libre de ce 18 mai, votre chroniqueur dénonce le lourd passif de Napoléon, malgré "quelques acquis", alors que son bilan est immense, que ce soit dans la conduite de l’État, ses institutions, l’éducation, l’urbanisme, l’industrie, la santé publique, les arts, etc. Je ne répondrai ici qu’à plusieurs exemples cités par le chroniqueur. Tout d’abord, écrit-il, le Code civil aurait très bien pu être écrit par Condorcet. Soit, mais celui-ci s’était suicidé bien avant que ce monumental travail juridique soit entrepris en 1799 par une commission de plusieurs juristes éminents. Pourtant, Napoléon qui n’avait qu’une formation militaire y participa avec assiduité, ce qui explique son mérite. Ensuite, l’exécution du duc d’Enghien en 1804 fut certes un crime et une faute, mais il faut se remettre dans le climat politique de l’époque. Bonaparte croyait, à tort semble-t-il, que le duc conspirait avec Cadoudal. En revanche, le duc venait d’offrir ses services à l’Angleterre au moment où reprenaient les hostilités. Il était donc passible de la peine de mort. Bonaparte a voulu par cette exécution donner un gage à la Révolution. Ajoutons que le duc d’Enghien n’est pas le dernier descendant de la maison de France, le comte de Chambord de la branche aînée des Bourbons décédé sans postérité en 1883 l’étant, alors que la branche cadette des Orléans est actuellement prétendante au trône de France. Quant au général Kleber, il fut assassiné par un étudiant en théologie fanatique en 1800 après le retour en France de Bonaparte. J’ignorais que cet assassin avait été empalé mais je doute que Bonaparte ait donné de telles instructions qui supposaient un long voyage aller et retour Égypte-France. (…) Joseph, frère de Napoléon et roi de Naples fut-il trop mou dans la répression de l’insurrection des partisans des Bourbons qui, dès l’arrivée des Français, procédèrent à des exécutions, pillages, nez et oreilles coupés pour les réfractaires ? Face à un peuple fanatique (comme ce sera le cas en Espagne quand Joseph y devint roi en 1808) aux mœurs semi-barbares, l’ambiance d’alors ne pouvait qu’encourager les armées françaises à réserver la corde au cou ou le peloton d’exécution, comme disait le général Dumas.

Le chroniqueur en vient enfin au bilan en morts des grandes batailles menées sous le Consulat et l’Empire. Il ne faut pas oublier que les guerres qui y conduisirent furent le plus souvent provoquées par des coalitions fomentées par l’Angleterre pour rompre le blocus continental. Les pertes en vie furent d’autre part bien moins élevées que ce qu’on en pense. Ainsi le 2 décembre 1805, on a compté à Austerlitz environ 1 300 tués français et 4 000 tués austro-hongrois au lieu des 23 000 "pour la vaine gloire" de Napoléon, et à Wagram (bien moins) des 55 000 morts évoqués. Qu’en est-il alors des vaines offensives de la Première Guerre mondiale telles que celles de Verdun ou de la Somme qui causèrent des centaines de milliers de morts sans qu’on en fasse le reproche aux généraux qui les commandaient ?

Jean François Gendebien

Par quoi se juge la grandeur d’un homme ?

Ces derniers temps, les différents médias nous ont beaucoup parlé de Napoléon qui suscite toujours une certaine admiration. Cela m’étonne beaucoup. En effet, le trait principal de ce personnage est sans conteste son ambition personnelle démesurée qui lui avait donné l’idée de rebâtir l’empire de Charlemagne. Ainsi, entre 1800 et 1815, Napoléon a mis l’Europe à feu et à sang pour satisfaire cette ambition. Il a ainsi provoqué la mort de plusieurs centaines de milliers de personnes à travers toute l’Europe dont beaucoup de Français. Beaucoup de personnes ont, me semble-t-il, oublié cette hécatombe. Vous comprendrez pourquoi je ne puis partager l’admiration que certains éprouvent pour cet homme. Pour moi, la grandeur d’un homme ne se mesure pas à l’aune de son ambition personnelle mais à l’aune des bienfaits qu’il apporte ou a apportés à l’humanité. À chacun de juger.

Michel Philippart 

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