Les 10 règles d'un bon comploteur

Si les complotistes ont raison, il existe donc des comploteurs, lesquels agissent selon des règles simples et immuables. Les voici.

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Les 10 règles d'un bon comploteur
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Une tribune de Michel Wautelet, professeur retraité de l'UMons.

Aujourd’hui, les adeptes de la « théorie du complot » sont nombreux. Selon les complotistes, nous sommes dirigés, manipulés par des comploteurs, discrets mais efficaces, dans le seul but de diriger le monde selon leurs intérêts. Si les complotistes ont raison, il existe donc des comploteurs, lesquels agissent selon des règles simples et immuables. Ces comploteurs nous sont inconnus et personne ne connaît le fonctionnement de leur société, forcément secrète. Mais ce sont des êtres humains et on peut dès lors déduire logiquement les règles d’or qu’ils doivent suivre pour rester influents et inconnus.

Règle n°1. Caché tu resteras. Jamais dans les médias tu n’apparaîtras. C’est évident : pour vivre heureux, vivons cachés.

Règle n° 2. Aucune trace tu ne laisseras. Il est impératif que personne, jamais, ne tombe sur une preuve de notre existence. Toutes les discussions, les décisions seront prises oralement, dans des endroits discrets. Depuis l’avènement récent des moyens électroniques de surveillance, des méthodes rigoureuses du secret doivent être suivies.

Règle n°3. Pro-actif tu seras. Il faut toujours avoir une longueur d’avance sur l’évolution de la société, afin de ne pas être dépassé par une décision, une révolution qui pourrait nous porter préjudice. Il faut rester acteur du futur.

Règle n°4. Très réactif tu seras. Même en étant très bien renseignés, il se peut que des actions préjudiciables aient lieu. Il faut donc pouvoir réagir très rapidement et efficacement.

Règle 5. Les milieux du pouvoir tu infiltreras. Et ce afin d’être toujours au courant de ce qui se décide ou se prépare.

Règle 6. Les dirigeants tu contrôleras et manipuleras discrètement. Pour garder le pouvoir, il est nécessaire d’avoir un contrôle des dirigeants (politiques, économiques, philosophiques, culturels, etc.). Mais ce contrôle doit être invisible. Il convient de désigner, de choisir des dirigeants qui ne pourront se retourner contre nous. Des êtres mégalomanes, égocentrés, manipulateurs (mais manipulables) feront souvent l’affaire. Les exemples sont nombreux dans l’histoire. Aujourd’hui, Trump, Bolsonaro, Erdogan, Orban sont quelques exemples-types de cette catégorie de dirigeants.

Règle 7. L’opinion tu manipuleras pour détourner leur attention. Et pour reporter les responsabilités ailleurs. Pour cela, tu aideras au développement des outils adéquats. A cet égard, Internet et les réseaux sociaux sont des outils merveilleux, qui permettent de noyer des décisions impopulaires dans un océan d’informations très diverses.

Règle n°8. Vers d’autres l’attention tu détourneras. Nous veillons à notre propre intérêt, pas à celui de la collectivité. Des décisions impopulaires sont nécessairement prises. Il convient alors de détourner l’attention vers des boucs émissaires. La Franc-Maçonnerie, les Juifs sont de très bons candidats pour cela.

Règle n°9. Tes ennemis tu attaqueras discrètement. Par tous les moyens mis à notre disposition, comme le développement de fausses informations, la manipulation, voire la corruption (pourvu qu’elle reste indécelable).

Règle n°10. Des théories tu développeras afin de ne jamais te révéler. Les théories anti-juives, notamment, sont un bon exemple, mais qui ne peuvent marcher partout. La théorie du complot est meilleure, car, bien menée, elle accuse des groupes visibles (Big Pharma, GAFAM, etc.) et identifiables par tous. Ainsi, elle nous rend invisibles et nous permet de continuer à agir à notre guise.

Ces dix règles paraissent évidentes à qui veut développer une activité secrète. Elles ont cependant des conséquences désagréables pour certains.

Donc, en admettant comme vraie la théorie du complot :

Primo, nous sommes tous manipulés, …. y compris les complotistes, qui sont même un acteur essentiel pour les comploteurs.

Secundo, les comploteurs manipulent les milieux dirigeants, en utilisant, si nécessaire, des personnes choisies pour leur goût immodéré du pouvoir, et pour leur bonne image auprès du peuple. Il suffit alors d’utiliser des méthodes psychologiques adaptées pour les amener où les comploteurs le désirent. Trump est l’exemple-type de tels dirigeants, imbus d’eux-mêmes, mégalomanes, incultes et manipulateurs de l’opinion.

Pour conclure, il semble évident que les complotistes sont des arroseurs arrosés. Ils croient qu’en dénonçant un vaste complot, ils sont plus libres que les autres. En fait, si leur théorie est exacte, ils participeraient eux-mêmes du vaste complot qu’ils dénoncent. En effet, en attribuant l’origine du complot à des entités aux intérêts planétaires (GAFAM, Big Pharma), voire des personnalités ayant une très grande fortune acquise récemment et en peu de temps (Bill Gates, Jeff Bezos, Elon Musk et consorts), ils détourneraient l’attention des vrais comploteurs qui, eux, restent inconnus et pourraient ainsi continuer leur business sans crainte d’être repérés.

Rien n’est simple. Mais çà, tout le monde le sait, sauf… des complotistes.