Et si nous arrêtions d’avoir peur des réfugiés ?

Au lieu d’essayer d’empêcher ces flux migratoires, redirigeons notre énergie vers une meilleure intégration. De quoi avons-nous peur ? Aucune étude scientifique ne montre de lien entre la migration et la criminalité. En Belgique, 55% des demandeurs d’asile sont actifs sur marché du travail 4 ans après avoir reçu leur statut de réfugié.

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© Olivier Pirard
Contribution externe

Par Line Cuvelier, master en éthique ULB, co-fondatrice de LoopYourBox

Ce dimanche 20 juin c’était la journée internationale des réfugiés. Il est interpellant de dédier une journée aux réfugiés alors que nous bafouons leurs droits essentiels.

Nous vivons aujourd’hui dans un monde ultra-globalisé. Nous portons des jeans fabriqués en Turquie, nous avons des téléphones made in Taïwan et nous mangeons des avocats en provenance du Pérou. Nous prônons le libre échange à tout va. Mais qu’en est-il de la libre circulation des personnes ?

En 2015, l’Europe signe un Accord avec la Turquie pour renvoyer chez elle tous les migrants syriens qui arriveraient illégalement par la Grèce. En 2017 un traité similaire est signé entre la Libye et l’Italie, soutenue par l’Europe. En se cachant derrière l’objectif de lutter contre la migration clandestine et les passeurs en Méditerranée, l’Union Européenne (UE) lutte en fait simplement contre l’entrée sur son territoire. Peu importe la situation de détresse dans laquelle ces migrants se trouvent.

Car si l’Europe souhaitait réellement lutter contre la migration clandestine, le meilleur moyen ne serait-il pas de faciliter et renforcer la migration légale ? S’il existait une alternative valable aux passeurs, ceux-ci n’auraient plus de raisons d’être…

Alors que dans sa charte des droits fondamentaux, l’UE prône la dignité humaine, le droit à l’asile, la solidarité, elle investit par ailleurs des milliards dans la protection et la surveillance de ses frontières : construction de murs, caméras infrarouges et récemment même des canons sonores. Le budget de l’agence Frontex, l’agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes, d’ailleurs régulièrement attaquées pour violation des droits humains, a vu son budget quadrupler en 10 ans pour passer de 88 millions d’euros en 2010 à 360 millions en 2020.

Jusqu’où l’Europe ira-t-elle pour se barricader ? Et surtout pourquoi ?

Pourquoi prenons-nous autant de mesures pour protéger nos frontières ? De quoi avons-nous peur ? Peur des étrangers ? Peur que parmi eux se cachent des terroristes ? Peur qu’ils nous piquent nos emplois ? Qu’ils dorment dans notre jardin ? Qu’ils ruinent l’état ? Qu’ils entachent notre identité culturelle ?

Ces peurs vis à vis des migrants sont-elles rationnelles ? A-t-on déjà vu un état ruiné suite à une arrivée massive de migrants profitant de la sécurité sociale ? Avons-nous fait face à une explosion de la criminalité suite à la création de l’espace Schengen? Aucune étude scientifique ne montre de lien entre la migration et la criminalité. Si les immigrés sont en effet surreprésentés en prison c’est parce que la plupart du temps ils sont condamnés pour des infractions liées à la législation sur l’immigration (faux et usage de faux, infractions à la législation sur l’emploi…) (1). En Belgique, 55% des demandeurs d’asile sont actifs sur marché du travail 4 ans après avoir reçu leur statut de réfugié contre 67% pour la population belge (2). Cela alors que la Belgique est, selon une étude de la Banque Nationale de Belgique (BNB) (3), un des plus mauvais élèves de l’UE en termes d’intégration des étrangers sur le marché du travail. Toujours selon la BNB, si les immigrés représentent une menace sur le marché du travail, c’est majoritairement pour les immigrés déjà établis qui sont le plus substituables aux nouveaux arrivants.

Ces peurs vis à vis des réfugiés sont donc irrationnelles et infondées et elles sont accentuées par les médias et l’utilisation de termes à connotation négative. On parle d’afflux de clandestins, de crise migratoire, de lutte contre les flux migratoires…

Et si nous prenions le temps de nous mettre à leur place ?

Une fermeture des frontières ne bénéficie à personne. Non seulement cela n’empêche pas la migration d’avoir lieu, mais cela rend les routes plus dangereuses, augmentant ainsi le nombre de victimes. Sans mentionner combien cela coûte à l’Europe (€22.7 milliards prévu par l’UE entre 2021 et 2027 pour la migration et la gestion des frontières). Notons également les centres de réfugiés surchargés que doivent gérer les pays aux frontières de l’Europe (comme la Grèce ou l’Italie) et qui sont sources de tensions au sein de l’Union.

Nous savons presque avec certitude que la migration va augmenter dans les prochaines années, notamment dû au changement climatique. Et pourtant nous continuons à faire comme si de rien n’était, comme si cela n’était pas notre problème.

Et si au lieu d’essayer d’empêcher ces flux migratoires, nous redirigions notre énergie vers une meilleure intégration ? Et si nous devenions réellement altruistes ? Et si nous arrêtions de regarder les migrants comme une menace et que nous leur venions réellement en aide ? Et si nous prenions le temps de nous mettre à leur place ? Que nous ferions nous si notre pays était en guerre ? Est-ce un droit d’être né en Belgique ou une chance ? Et si nous arrêtions de signer des traiter pour le libre échange et contre la libre circulation ?

(1) Tsoukala. A., 2000, “Crime et immigration en Europe »

(2) “The Long and Winding Road to Employment. An analysis of the Labour Market Careers of Asylum Seekers and Refugees in Belgium

(3) https://www.nbb.be/doc/ts/publications/economicreview/2020/ecorev2020_special_digest_fr.pdf