Des solutions pour Haïti !

Le variant brésilien fait des ravages et le pays est totalement livré aux gangs et à lui-même. Voici les propositions constructives de groupes de la société civile pour sortir de la crise.

Contribution externe
Des solutions pour Haïti !

Une carte blanche de Marc Maesschalck. Philosophe du droit. Professeur à l'UCLouvain. A enseigné en Haïti et au Québec.

Sans gouvernement légitime et opérationnel, Haïti est maintenant confrontée à une flambée de l’épidémie de coronavirus. Les autorités ont négligé les délais imposés par le programme Covax des Nations unies et aucune des doses gratuites prévues pour le début du mois de mai n’a donc pu être livrée. Aucune stratégie de testing n’a été mise en place et, à la campagne, les personnes atteintes doivent s’organiser par leurs propres moyens pour se procurer de l’oxygène. Cette situation n’a pas empêché le gouvernement en place de détourner un million de dollars de l’aide prévue dans la lutte contre le coronavirus, comme le souligne un rapport du département d’État américain (The Guardian, 5 avril 2021).

Pouvoir politique et gangsters

Mais, alors que les variants du Covid ont pris pied dans la petite République des Caraïbes, malheureusement dépourvue d’infrastructures sanitaires adaptées et suffisantes, le processus de gangstérisation de la capitale a passé un nouveau cap. Désormais, les gangs se partagent les différentes zones de Port-au-Prince et se livrent à des guerres aux dépens de la population pour contrôler les points d’accès, comme dans la zone de Martissant reliant la capitale au sud du pays ou celle de Croix-des-Bouquets, vers le nord, où les missionnaires français ont été kidnappés. Même les collines qui dominent la capitale et autrefois préservées des troubles de la ville sont aux mains des gangs.

Le pouvoir politique participe à ce processus de gangstérisation, notamment via son interlocuteur privilégié, Jimmy Cherizier, alias Barbecue, un ancien policier, accusé notamment du massacre de La Saline en 2018, et qui se retrouve à la tête d’une coalition de gangs pro-gouvernementaux, le G9. Plusieurs massacres ont eu lieu depuis 2018 avec le soutien des forces de police et sont restés impunis. L’International Human Rights Clinic de Harvard en a documenté trois concernant 240 personnes entre 2018 et 2020, les plus connus s’étant produits à Cité Soleil et au Bel-Air. Le rapport de l’organisme américain signale que lors du massacre de La Saline un certain Duplan, le délégué du gouvernement Moïse pour l’Ouest, était présent et échangeait avec les chefs de gang. Il est encore resté en poste durant un an.

Malgré les nombreux signaux envoyés par des organisations de la société civile, tant sur le plan local que sur le plan international, la communauté internationale garde le cap donné sous l’administration Trump, qui n’avait cure de la situation interne d’Haïti. Ce cap consiste à maintenir le statu quo politique jusqu’à l’organisation de nouvelles élections. Cette stratégie suppose évidemment que des élections puissent favoriser une transition pacifique dans un contexte de quasi-guerre civile où toutes les institutions démocratiques ont été suspendues par un Président qui a refusé de respecter l’échéance constitutionnelle de son mandat et veut conditionner les futures élections par un référendum sur une réforme constitutionnelle. Dans ce contexte, l’aide électorale apportée aux élections par la communauté internationale via le Pnud entretient l’illusion d’une issue démocratique viable avec le gouvernement actuel.

Report du référendum

La dernière date choisie pour ce référendum, reporté ce 7 juin sine die, était le 27 juin, alors qu’aucune campagne n’est possible dans le pays et que même ses principaux alliés politiques (PHTK, LAPEH) ont demandé au Président de renoncer au référendum. Pour le président Moïse, l’enjeu n’est ni plus ni moins de pouvoir gouverner sans Premier ministre, sans Sénat, avec un Parlement réduit et un pouvoir judiciaire sans autonomie. On peut aussi estimer qu’à ce jour, en fonction des listes électorales transmises au Conseil électoral provisoire, environ 3 millions de citoyens ne sont pas inscrits sur ces listes, donc près de 40 % des électeurs potentiels !

Mesures de rétorsion

Pourtant, certains groupes de la société civile ont avancé des propositions constructives de sortie de crise en profitant notamment de la mission timidement réalisée par l’OEA ce 8 juin et de la résolution du Parlement européen, ce 19 mai. Pour ces acteurs, la survie de la majorité de la population à court terme dépend aujourd’hui de quelques conditions fondamentales. Il est certain que des mesures de rétorsion comme l’application stricte d’un embargo sur les ventes d’armes à Haïti et le gel des avoirs des principaux responsables publics de la crise actuelle, voire la suspension de leurs visas ainsi que de ceux de leurs proches qui participent au blanchiment des revenus détournés, auraient un effet immédiat. Mais il est possible d’opter pour une voie médiane privilégiant un minimum de restauration de l’autorité publique et un dialogue national dans des conditions de sécurité supportables. Ce chemin passerait par trois conditions :

Restauration de l’autorité

- La nomination d’un Premier ministre de consensus attentif à relancer autant l’économie que le processus constitutionnel ;

- La mise en place d’un Conseil national de transition constitué de représentants des différentes instances de la société civile et doté d’une autorité indépendante pour accompagner les choix de gouvernance en matière de lutte contre la corruption, de restauration du pouvoir judiciaire et d’organisation d’élections démocratiques ;

- La désignation d’un nouveau chef de la police, en accord avec le Conseil national de sécurité et le nouveau Premier ministre, dont la tâche prioritaire serait de reprendre possession de tous les postes de police, d’initier un plan de formation et de recrutement pour immuniser les forces de police contre les pratiques mafieuses des gangs, de planifier un programme de désarmement et de réinsertion des membres des multiples groupes armés.

Ce plan est urgent à mettre en place dans un pays économiquement exsangue, détruit par la violence permanente des gangs (meurtres, kidnappings, racket) et atteint de plein fouet par la crise sanitaire. Il faut simplement que la communauté internationale rende la parole à tous ceux que le pouvoir en place a kidnappés dans leur propre pays !

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