Le passeport vaccinal : recette miracle pour le tourisme européen ?

Ce jeudi, le passeport vaccinal européen est entré en vigueur, permettant à ceux qui sont vaccinés de voyager plus librement au sein des états membres. Cependant, les incertitudes qui persistent autour des variants et des politiques nationales indiquent qu’il n’aura pas beaucoup d’impact sur le tourisme.

Contribution externe
Le passeport vaccinal : recette miracle pour le tourisme européen ?
©REPORTERS

Une carte blanche de Celine Boulenger, PhD, macroéconomiste chez Degroof Petercam.

Le « passeport coronavirus » ou passeport vaccinal, négocié par les états membres il y a quelques semaines, deviendra réalité dès ce premier juillet. Il permettrait à ceux qui sont vaccinés (c’est-à-dire qui ont reçu les deux doses), ou à ceux qui sont immunisés (ayant guéri du covid dans les 180 jours qui précèdent), ou enfin à ceux qui présentent la preuve d’un test PCR négatif dans les 72 heures, de voyager librement au sein de l’Union européenne cet été. Son objectif principal est bien sûr d’aider le secteur du tourisme, qui continue de souffrir. En effet, les réservations de vols restent bien plus basses qu’en 2019. En Espagne, par exemple, on s’attend à ce que les recettes liées au tourisme étranger soient 50% plus faibles qu’en 2019 cette année. L’idée d’un passeport vaccinal à l’échelle européenne a du sens puisqu’elle permet d’harmoniser les mesures en matière de voyage entre les 27 états membres. Toutefois, je pense que l’impact sur le tourisme cet été restera minime, et cela pour plusieurs raisons.

Variant Delta

L’efficacité de ce passeport vaccinal dépend bien entendu de la situation sanitaire au sein des états membres. Et pour le moment, ce qui inquiète le plus c’est l’évolution du variant Delta - identifié en Inde d'abord - au sein de certains pays. Ce variant est non seulement plus contagieux (d’environ 60%), il semblerait aussi qu’il résiste plus facilement au vaccin, c’est ce qu’on appelle « l’échappement immunitaire » (la situation en Angleterre en est l’exemple parfait). Toutefois, et heureusement, les vaccins restent efficaces contre les formes graves du variant Delta. C’est donc surtout le fait qu’il soit plus contagieux qui constitue une menace pour l’amélioration de la situation sanitaire en Europe. L’évolution du variant amène à énormément d’incertitudes, et ce sont donc les politiques nationales qui auront le dernier mot quant aux mesures à respecter pour ceux qui désirent voyager cet été. La situation a par exemple récemment basculé au Portugal, ce qui a poussé certains États à renforcer les mesures pour tous ceux qui reviennent du pays d’Europe du sud. Passeport vaccinal ou pas, chaque pays peut décider de renforcer ses restrictions pour les touristes si la situation épidémiologique le justifie. Cela veut donc dire que la législation restera différente d’un pays à l’autre et sera sujette à des changements qui peuvent se manifester très rapidement en fonction de l’évolution de la pandémie. Les citoyens européens sont donc face à une situation similaire à celle de l’été passé, c’est-à-dire un manque de clarté et de prévision quant aux mesures qui seront d’application dans un futur proche. Planifier des vacances à l’étranger reste donc compliqué.

L’immunité pas encore atteinte

D’autant plus que l’Union européenne est loin d’avoir atteint l’immunité de groupe tant espérée. Effectivement, seulement 32% des adultes ont reçu les deux doses de vaccination. Cela veut dire que pour une majorité de la population, pour voyager cet été il faudra quand même passer par des tests PCR, qui restent coûteux. Le passeport vaccinal ne change donc pas grand-chose pour nombreux d’entre nous, puisque les voyages non-essentiels sont déjà autorisés, et que ceux qui désirent voyager doivent en général se faire tester ou faire une quarantaine (ou les deux).

Il faut donc s’attendre à ce que cet été ressemble vaguement à l’été passé en matière de voyage et de tourisme, même si ce dernier devrait reprendre du poil de la bête dans les prochains mois. Sa relance sera tout simplement plus lente que prévue, et cela surtout parce que l’incertitude reste élevée depuis l’arrivée du variant Delta en Europe. Un passeport vaccinal européen est donc en théorie une bonne idée, mais son impact, tant sur l’harmonisation des politiques nationales, que sur le secteur du tourisme restera limité, et ce passeport ne sera dans tous les cas pas une recette miracle. Il faudra sans doute attendre l’année prochaine pour espérer un retour à la normale pour le tourisme européen.