À côté de la vaccination, où sont les mesures visant à promouvoir massivement l’éducation à la santé, à revaloriser notre système sanitaire ?

Sans de telles mesures, la vaccination ne risque-t-elle pas d'être une réponse à court terme?

À côté de la vaccination, où sont les mesures visant à promouvoir massivement l’éducation à la santé, à revaloriser notre système sanitaire ?
©BELGA
Contribution externe

Pascal Warnier, économiste(1).

Il y a tout juste un an, alors que les premiers vaccins étaient annoncés par les Big Pharma, certains se sont très vite inquiétés de voir nos autorités rendre la vaccination contre la Covid obligatoire. Tous les responsables politiques ont alors affirmé qu’il n’était pas question d’imposer à la population cette vaccination. Elle se ferait uniquement sur base volontaire.

Que constate-t-on aujourd’hui ? La vaccination n’a en effet pas été rendue obligatoire mais au moment d’un déconfinement élargi, on remarque qu’elle s’impose par un chemin détourné. Si la nécessité de vacciner les personnes à risque est indispensable, par contre, on peut légitimement se demander si le choix de se faire vacciner de la majorité des belges a été librement consenti et de manière éclairée. Trois exemples concrets peuvent venir étayer ce doute.

Premièrement, la possibilité de voyager hors de nos frontières est conditionnée dans la plupart des pays européens par l’obligation de présenter un certificat de vaccination ou un test PCR de moins de 72h. Le vaccin est gratuit, le test PCR coûte au moins 47 euros dans notre pays. Beaucoup font le choix du vaccin pour pouvoir enfin voyager tranquillement(2). En plus, pour alléger la note, nos ministres ont décidé d’offrir 2 tests PCR gratuits durant les vacances estivales à toute personne qui « n’a pas pu être vaccinée » et précisent-ils d’emblée pas à celles qui n’ont pas « voulu » se faire vacciner.

Le deuxième exemple concerne la participation aux festivals de l’été. La même logique est appliquée. Pour y participer durant l’été, toute personne ayant décidé de ne pas se faire vacciner devra débourser le prix d’un ou de plusieurs tests PCR pour avoir accès à ces divertissements à l’exception des jeunes de 6 à 17 ans, éligibles pour les tests gratuits. Touchant une population extrêmement peu affectée par des formes sévères de covid-19, cette mesure est d’autant plus discriminante qu’elle impacte la tranche de la population disposant de ressources financières les moins élevées et qui de surcroit ont le plus souffert du manque de contacts sociaux.

Le troisième exemple est la pression que subissent les « récalcitrants » dans leur vie sociale et professionnelle. On en parle peu mais cette pression est bien réelle. Trois exemples qui montrent que le consentement à la vaccination est sous l’influence de facteurs qui ne sont pas nécessairement en lien avec la santé et l’on peut se demander si la vaccination spécifique à la covid-19 ne devient pas tout doucement une condition de notre liberté notamment via l’adoption du passeport vaccinal.

La difficulté d'un discours nuancé

En outre, le climat anxiogène dans lequel nous baignons depuis 15 mois participe aussi à la difficulté pour chacun de se forger une vision critique et nuancée sur la question de la vaccination et du rapport risque/bénéfice de cet acte médical. Les consciences ont été littéralement envahies et gorgées d’informations anxiogènes. La livraison de la collection tracts des éditions Gallimard de la fin 2020 intitulée « Quand la psychose fait dérailler le monde » livre une réflexion d’ensemble largement documentée qui fait écho de ce phénomène mondial. Nos consciences peuvent-elles dès lors décider librement ? La population a-t-elle été réellement en mesure de peser le pour et le contre de cette vaccination et de décider ce qui convenait pour sa propre santé ?

Jean-Michel Longneaux philosophe à l’UNamur prévenait dans La Libre : « La loi sur le droit des patients en son article 8 exige que l’on communique au patient ce que l’on peut espérer positivement de la campagne de vaccination, mais aussi ses limites et risques éventuels. (…) Il convient aussi d’informer en toute objectivité et avec la même rigueur critique sur les alternatives préventives et curatives existantes ». Cette dernière exigence a eu beaucoup de peine à exister, emportée qu’elle fut ces derniers mois par la promotion sans mesure de la vaccination et la communication continue de nos autorités sur la nécessité morale (protégeons les plus faibles et les plus âgés, c’est une condition à la reprise économique, c’est une condition pour recouvrer notre liberté...) d’y adhérer. Sans doute aussi par la peur tapie au fond de chacun d’entre nous, au demeurant bien légitime. Mais rappelons tout de même que le taux de mortalité dû au virus s’élève à 0,21 % de la population et rapporté aux nombre de personnes contaminées à 2,3 %, dont une très grande majorité sont des personnes âgées et présentant un ou plusieurs facteurs de comorbidité. Même si ce taux aurait très probablement été plus élevé sans les mesures sanitaires imposées à la population, sont-ce là les chiffres d’un grand péril pour la santé publique ?, s’interroge encore le philosophe namurois.

Un emplâtre sur une jambe de bois?

La vaccination n’est-elle pas, pour une majorité de la population en bonne santé (à l’exclusion bien sûr des plus âgés et des plus fragiles) un emplâtre sur une jambe de bois, une réponse à court terme - bien dans l’air du temps – si l’accent n’est pas mis, dans le même temps, sur d’ambitieuses politiques de prévention et sur de profondes réformes dont ont besoin nos systèmes agroalimentaire et sanitaire de ce début de XXIe siècle ? Où sont les mesures visant à promouvoir massivement l’éducation à la santé, à revaloriser notre système sanitaire ? Si l’on avait parlé d’éducation à la santé autant que de distanciation sociale, de port du masque ou de vaccination, on aurait pu aborder cette crise, surtout après la première vague, en sensibilisant la population à se prémunir « autrement » et sans doute plus efficacement à long terme contre les risques des coronavirus, dont le Covid-19 n’est sans doute pas le dernier à se répandre sur notre planète. À chaque occurrence, devrons-nous vacciner plus de 7 milliards d’êtres humains ? Ne vaut-il pas mieux réserver la stratégie vaccinale aux plus fragiles de notre société et accepter de vivre avec un risque, somme toute limité pour la grande majorité d’entre nous ? Il est avéré depuis longtemps que notre corps peut se défendre efficacement contre les attaques virales pour peu que l’on prenne soin d’en renforcer les défenses immunitaires au quotidien. Les stratégies existent et sont bien connues - alimentation équilibrée, complémentation en oligo-éléments si nécessaire, pratiques régulière d’une activité physique -, elles sont souvent simples et peu couteuses mais elles entrent assurément en conflit avec les enjeux financiers gigantesques de l’industrie agroalimentaire et pharmaceutique. 

Le lien entre qualité du microbiote (et donc alimentation), exercice physique, complémentation en vit D, Zinc, sélénium, magnésium et le renforcement immunitaire a fait et continue de faire l’objet de nombreuses études. Bien que l'impact de ces différents éléments n'aient pas été analysés par des études randomisées dans le cadre précis de la covid-19, de solides études observationnelles suggèrent un effet protecteur. En ce qui concerne l’efficacité des vaccins, les études préalables réalisées par les firmes pharmaceutiques, qui rappelons-le sont dispensées de toute responsabilité légale envers les effets secondaires des vaccins, ne sont elles-mêmes pas au bout de leur processus probatoire (ce sont elles qui l’affirment). Les seules données actuellement disponibles ne sont pas le résultat d’essais randomisés contrôlés en double aveugle et surtout ne sont pas le fruit d’études indépendantes mais mises à disposition par les producteurs de vaccins eux-mêmes. Ces quelques éléments qui nourrissent le doute et l’incertitude pour une partie de la population conduisent à la décision, pour ces personnes, de refuser ou de postposer la vaccination. Une large analyse coût/bénéfice des mesures sanitaires prises depuis 15 mois, comme réclamée par un collectif de médecins et d’universitaires tout récemment, serait certainement de nature à apporter plus de certitude en toute transparence et restaurer ainsi la confiance des citoyens.

Les personnes qui aujourd’hui osent avoir une pensée critique et nuancée par rapport à la crise sanitaire et qui décident, après mûre réflexion, de ne pas se faire vacciner, sont pénalisées par les autorités publiques voire par leur employeur et bien souvent interpelées ou même stigmatisées dans leur milieu amical, familial ou professionnel.

Soyons donc vigilants à ne pas nourrir en notre sein, le retour d’un maccarthysme cette fois sanitaire.

>>> (1) Le blog de l'auteur: https://enobservantlemonde.wordpress.com/

>>> (2) Le baromètre des vacances 2021 d’Europ Assistance indique que 84 % des belges sont prêts à se faire vacciner pour voyager.

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