Pourquoi sommes-nous si immobiles face à l'urgence climatique?

Et si, lorsque nous préparons nos vacances, nous divisions par deux la distance que l’on parcourra ?

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© AFP

Une chronique de Charles Delhez

Nous le savons tous, maintenant : il y a urgence. Les chiffres sont implacables. Ainsi ceux de la fonte de la calotte glaciaire, de l’augmentation du niveau des mers, de la perte de la biodiversité… Les catastrophes se multiplient : incendies gigantesques, typhons… Si l’on ne bouge pas, les pires scénarios sont possibles. Nous continuons cependant comme si de rien n’était, nous contentant de petites retouches. Les générations qui nous suivent et les humains à l’autre bout de la Terre seront les premiers à payer la facture. Il a fallu très peu pour que l’homme apparaisse, et tout s’est joué à quelques chiffres très loin après la virgule. Il en faudra aussi très peu pour qu’il disparaisse.

Mais pourquoi donc cet immobilisme, quand ce n’est pas une accélération dans le mauvais sens ? Cela s’explique sans doute par la vitesse acquise. Quand on roule très vite, il n’est pas aisé de s’arrêter. La distance de freinage est beaucoup plus longue que lorsque l’on circule à 30 km/h. D’où les limitations de vitesse à 30 km/h dans nos agglomérations. Mais notre société roule à du 120, 130 ou même plus sur les autoroutes bien balisées de la consommation.

Il y a aussi cette évidence toute simple : nous ne sommes pas des Bangladais ! La montée des eaux ne nous affecte pas, nous ne voyons pas encore nos terres devenir salées et la surface de nos champs se réduire. Nous le savons, mais nous ne le ressentons pas dans notre chair. Tant qu’un enfant ne s’est pas brûlé, il ne saura pas à quel point le poêle est dangereux. En outre, nous qui nous croyons libres, nous sommes formatés par l’idéologie néolibérale. La croissance est, pour nous, une évidence. Le tout-tout-de-suite et à toute vitesse en est une autre. Notre angle de vue reste borné. Il y a des choses que nous ne voulons pas entendre, notamment que nous ne pouvons continuer à ne rien changer.

Peut-être aussi le discours des climatosceptiques nous influence-t-il inconsciemment. Jean-François Viot, dans son Chaud devant ! Bobards et savoirs sur le climat (Luc Pire 2020), tente de répondre à leurs propos pseudoscientifiques et rappelle que l’hypothèse du facteur humain dans le dérèglement climatique est maintenant considérée comme un fait par 97 % des scientifiques. Il s’agit bel et bien de désintoxiquer nos esprits, affirme-t-il, si nous voulons désintoxiquer l’atmosphère.

D’année en année, nous nous sommes habitués à voir notre confort grandir. Pour les aînés il suffit de comparer leurs menus d’il y a 50 ans, le peu d’appareils électroniques dont ils se satisfaisaient, le nombre de kilomètres par an, en voiture ou en avion. À cette époque-là, on parlait beaucoup des pays en voie de développement, pensant qu’ils pourraient rejoindre notre modèle économique.

L’histoire est bien connue de la grenouille dans un bocal sous lequel brûle une petite flamme. L’eau était froide ; petit à petit, elle devient juste agréable, puis toujours un peu plus chaude, mais on a de moins en moins le courage de sauter hors du bocal. Et quand elle est trop chaude, la grenouille en meurt. Il aurait fallu sauter à temps. Churchill, dans son discours du 18 juin 1940, n’eut pas peur, lui, de promettre des "larmes et du sang" comme prix de la liberté.

Certes, on fait ses petits efforts. On prend le vélo pour aller au travail, mais tandis que l’on pédale on rêve déjà aux pays de l’Extrême-Orient où l’on ira en famille passer l’été. I have a dream, je fais un rêve, dirait Martin Luther King. Si, lorsque nous préparons nos vacances, nous divisions par deux la distance que l’on parcourra ? Et peut-être le train ou d’autres transports en commun suffiront-ils… ? Cela permettrait déjà d’aller très loin, dans des pays que nous ne connaissons pas encore. Multipliez cette économie par le 1,4 milliard de touristes (chiffres 2019). Voilà qui réduirait sensiblement l’empreinte écologique des pays voyageurs. Trop tard, direz-vous, tout est déjà programmé. Soit ! Pensons déjà à celles de l’an prochain. Ce ne sera peut-être pas trop tard, mais encore plus urgent.

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