"Deuil national" de Carl Norac

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© Aurélien Goubau
Contribution externe

Un poème de Carl Norac, poète national belge.

Quel est le poids d’offrir une épaule de mots

quand le monde vacille

ou que des gens deviennent, dans le courant,

ces fétus de paille ?

Un enfant voit passer sur l’eau

un chevreuil, un jouet, une voiture.

Puis une femme avec, au-dessus de la tête,

ce sac brandi comme le journal d’une vie.

Ceux qui ont fermé les casernes de secours,

ceux qui ont supprimé jusqu’aux sacs de sable

pour la loi du marché,

pour d’autres sabliers plus rentables

sont là à se répandre en compassion,

à nous servir leur fable,

un nœud si propre en leur mouchoir.

Ils connaissent la chanson

entonnée l’an dernier quand le soleil devint fou.

Oui, voilà leur urgence à aller de tiroir en tiroir,

à trouver les mots pour paravent

des actes murmurés, cœur sur la main

et coude bien posé sur le dossier qui saigne.

Ah comme il est étrange et cruel, en ce jour,

de proférer ce mot qui, en amour,

tant flamboie parfois au tout premier regard

et qui aujourd’hui devient

le seul leitmotiv de l’excuse :

l’imprévisible.

>>> Carl Norac sera le premier francophone à être poète du festival ("festivaldichter") "Theater aan Zee". Pendant 15 jours, du 23 juillet au 8 août, il écrira un poème, quotidiennement.

Ces poèmes seront exposés en français et en néerlandais sur le site du festival et dans Ostende. Le thème de cette année : Ode à l’émerveillement.

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