Les valeurs du Danemark en matière d'accueil déteignent forcément sur nous, Européens

Non seulement la Syrie n'est pas un pays sûr, comme le prétend le Danemark, mais la volonté de l'État danois de se détacher de "société parallèles" ou de sous-traiter les demandes d'asile à un pays tiers risque d'ouvrir grand la porte de la purification raciale ou ethnique. C'est l'affaire de toute l'Europe.

placeholder
© DPA
Contribution externe

Une opinion collective (*) du monde associatif, citoyen, académique et militant.

Qui aurait pu imaginer, il y a quelques années, que le Danemark puisse devenir un foyer des violations des droits humains et la cible des organisations de défense de ces droits ?

Qui aurait pu envisager que ces organisations devraient s'occuper d'une crise humaine au Danemark au lieu de se consacrer aux crises dans les pays en voie de développement ou dans les pays totalitaires ?

Le Danemark, un pays européen où le principe même de la tolérance circulait dans les veines, qui était pionnier dans la protection des droits ainsi qu'un lieu d'accueil, ne l'est malheureusement plus depuis quelques mois.

En mai 2021, Amnesty International a fait état de plus de 380 réfugiés syriens informés par les services danois qu'ils devaient quitter le pays et rentrer chez eux en Syrie ! Selon le rapport, l'état danois considère désormais la zone de Damas et son environnement comme "zones sûres". Dans le même rapport, Amnesty International précise que la Syrie n'est pas un pays sûr, et que le Danemark doit cesser de s'en prendre à ces personnes déjà fragilisées par l'exil et l'asile. Beaucoup de réfugiés au Danemark témoignent aujourd’hui d’un sentiment d’insécurité.

Pays sûr ou trou noir ?

La Syrie, un pays sûr ?! Tous les réfugiés qui ont osé y remettre le pied sont passés par des procédures sécuritaires au moins terrifiantes, et qui se poursuivent parfois par des détentions et de la torture. Certains ont disparu comme le célèbre opposant Mazen Al Hamadeh, précédemment réfugié au Pays-Bas, porté disparu depuis sa décision de rentrer en Syrie en 2019.

Inutile de rappeler que la Syrie est un trou noir où toute personne physique peut disparaître à tout moment, sans explication et sans que personne n'ose demander des comptes. Inutile aussi de rappeler qu'au jour de rédaction de cette tribune, l'armée du régime syrien assiège la population de la ville de Deraa au sud du pays et bombarde la population de la ville d'Idlib et ses provinces au nord. Ceci étant dit, les tentatives du gouvernement danois de trouver un accord avec un état tiers afin de sous-traiter les demandes d'asile, montrent clairement que ce pays ne veut plus avoir aucun demandeur d’asile sur son territoire.

Une sous-traitance des demandes d'asile ? Par des pays tiers, hors de l’UE, à l’instar du Rwanda ? Quelles seraient les garanties que ces pays tiers vont respecter le droit d'asile et ne vont pas livrer ces réfugiés à leurs oppresseurs ? Et si ceci se produit, le Danemark n'en serait-il pas directement responsable ? En plus d’être non-conforme au droit international, cela créerait un dangereux précédent européen, inacceptable en termes de défense des droits humains.

Les mauvais points s'accumulent pour la patrie d'Andersen

Les violations des droits humains et la discrimination ne se sont pas limitées à ces agissements contre les réfugiés, elles ont bien été multiples et se sont produites à plusieurs niveaux. Le 23 octobre 2020, des experts de l'ONU ont demandé au Danemark de mettre fin à la vente controversée d'immeubles dans des ghettos. Ces quartiers habités par une majorité d'immigrés subissent une discrimination flagrante imposée par des lois passées en douce en 2018, qui pointent du doigt ces quartiers avec une majorité d'immigrés ou de descendants d'immigrés "non occidentaux"! La volonté de l'État danois d'atteindre, selon ces lois, un Danemark "sans sociétés parallèles" ne rappellerait-elle pas les bases fondatrices des États discriminants et n'ouvrirait-elle pas en grand les portes vers une purification raciale ou ethnique ? (Référence : https://news.un.org/fr/story/2020/10/1080562 )

Jusqu'où ira le gouvernement danois avant de se réveiller ? Une coalition dirigée par le parti social-démocrate !
De quoi a-t-il besoin afin de comprendre que sa politique viole les droits humains ?
Quel voile empêche ce gouvernement de voir qu'il met en danger la vie de centaines de réfugiés et qu'il déstabilise toutes les bases de la solidarité ?
Ne serait-ce pas créer un précédent qui commence au Danemark et qui met en péril les droits humains dans d'autres pays européens ?

Pays des droits humains

Il nous paraît nécessaire de rappeler le passé glorieux du Danemark vis à vis des droits humains. Une gloire bâtie pendant des décennies et qui mérite d'être sauvée avant qu’il ne soit trop tard. Celui qui peut la sauver est en priorité le gouvernement danois lui-même en faisant le nécessaire, et en annulant ces lois discriminatoires, injustes et rétrogrades.

Le devoir de l'Europe est de tout faire pour que le gouvernement danois soit à l'écoute et recule sans tarder. Le devoir des citoyennes et citoyens européens est de se mobiliser pour rappeler à celle-ci ses obligations. Il en va de la préservation de nos valeurs.

>>> Titre, chapô et intertitres de la rédaction. Titre original: "Les réfugiés au Danemark et la destruction des valeurs européennes"

>>> (*) Premiers signataires

ActionSyrie (Collectif citoyen de soutien à la révolution syrienne fondé en 2012) : Ahmad Darwiche Sbahi, Sarah Degée, Alec de Vries, Caroline Goosens, Rend Haffar, Bicher Haj Ibrahim, Yahia Hakoum, Anne-Laure Losseau, Hisham Masalmeh, Median Omar Albakkour, Marie Peltier, Simone Susskind.

Soutiens à cette tribune

Associatifs : Esther Kouablan, Directrice du MRAX ; Dr. Ghalia Djelloul, Secrétaire générale de BePax ; Philippe Hensmans, directeur général d’Amnesty International Belgique francophone ; Altay A. Manço, Directeur scientifique à l’Institut de Recherche, Formation et Action sur les Migrations (IRFAM) ; Timur Uluç, Secrétaire général de la Commission Justice et Paix ; Collectif « Antifascist Action Belgium ».

Académiques : Guy Cossée de Maulde sj, Professeur émérite de philosophie à l’EPHEC ; Guillaume de Stexhe, Professeur (ém.) Université Saint Louis – Bruxelles ; Vincent Engel, Écrivain, professeur à l’UCLouvain ; Brigitte Herremans, Chercheuse au centre de droits de l'homme, Université de Gand ; Jacinthe Mazzocchetti, Autrice et professeure UCLouvain ; Jean-Yves Pranchère, Professeur de théorie politique à l’ULB ; Corinne Torrekens, Professeure de sciences politiques (ULB), Directrice du Groupe de recherche sur les Relations Ethniques, les Migrations et l’Egalité (GERME).

Citoyens & Militants : Geneviève Dave, Enseignante ; Stephanie Demblon, Militante pour la liberté de circulation ; Véronique Dockx, Avocate spécialisée en droit des Etrangers et artiste plasticienne ; William Donni, Travailleur social et militant politique et associatif ; Nadia Echadi, Enseignante militante pour les droits humains, Responsable de l'asbl Maxi-Liens ; Mohamed El Hendouz, Militant des droits humains ; Benjamin Hannesse, Acteur culturel et citoyen ; Eva J. Lamas, Syndicaliste féministe antiraciste ; Leslie Lukamba, Militante décoloniale ; Deyanira Martinez Ledezma, Citoyenne ; Marianne Stasse, Accompagnatrice d’exilé.e.s ; Pauline Thirifays, Enseignante ; Anouk Van Gestel, Journaliste et citoyenne européenne ; Luk Vervaet, ancien enseignant dans les prisons ; Juliette Vincent, Citoyenne engagée.

Sur le même sujet