Les malheurs de Bart De Wever

Ou l'histoire d'un homme politique qui n’aime décidément pas son pays et le fait savoir au pire des moments…

Les malheurs de Bart De Wever
© Pieter-Jan Vanstockstraeten

Une chronique de Francis Van de Woestyne.

Imaginez que l’eau ait emporté dans ses flots déchaînés 30, 40, peut-être 50 corps jeunes, adultes, vieux. Que des villages côtiers aient été en grande partie détruits par des vagues scélérates, comme ce fut le cas aux Pays-Bas en 1953. Ostende ravagée, La Panne meurtrie, Knokke sinistrée, Saint-Idesbald défigurée, Nieuport naufragée. Que des dizaines de milliers de personnes se retrouvent privées de tout, de leur maison, de leur passé, de leur avenir. Que des artisans, des commerçants, aient tout perdu : le fruit de leur travail, d’une vie passée à trimer pour construire un petit atelier, une entreprise, une boutique. Que des quartiers entiers aient été défigurés au point que l’on ne reconnaisse plus les rues.

Que, malgré l’immense élan de solidarité qui s’est spontanément créé entre voisins, entre Wallons et Flamands, entre Belges, avec des secouristes français, allemands, autrichiens, hollandais, le désespoir s’accroche, tenace. Au point qu’il fasse s’effondrer des citoyens, mais aussi pleurer des élus, des bourgmestres. Et qu’au milieu de ce désespoir total, de ce découragement absolu, de ce cataclysme jamais connu, un homme politique wallon ait le culot, la bêtise, la folie de déclarer, la veille de la Fête nationale : “Je serais plus heureux si je mourais Français du Nord”. Tout le monde aurait trouvé cela, déplacé, choquant, irrespectueux.

Cette déclaration aurait suscité des sarcasmes chez les nationalistes flamands : “Ah ces francophones, tous des profiteurs et au premier malheur qui s’abat sur la Flandre, ils ne rêvent que d’une chose, se replier chez leurs amis français.”

Et pourtant, il l'a dit

Non, personne n’imagine qu’un homme ou une femme politique francophone ait osé dire cela. Ni même le penser. Bart De Wever, président de la N-VA, deuxième parti de Flandre dans les sondages, l’a fait, l’a dit. “Je mourrais plus heureux en tant que Néerlandais du Sud qu’en tant que Belge”. À ceux qui se montrent surpris, il ajoute : “En 1993, j’étais déjà coorganisateur d’une conférence étudiante du Grand Pays-Bas. Je n’ai jamais abandonné ce rêve : que tous les néerlandophones vivent un jour à nouveau ensemble. […] Les ports d’Anvers et de Rotterdam pourraient fusionner pour devenir la porte d’entrée de l’économie de l’Europe du Nord-Ouest. Cela ressemble à une histoire fantastique”.

À défaut d’être sympathique, un tant soit peu bienveillant, Bart De Wever a le mérite d’être franc. Il se moque comme un poisson d’une pomme de l’avenir de son pays et n’a d’ambition que pour l’État Thiois qu’il appelle de ses vœux. Voilà, c’est comme cela, il ne semble pas très heureux en Belgique. On s’en était déjà rendu compte. D’ailleurs l’avez-vous déjà vu sourire ?

Ce cri du cœur ne devrait susciter que dédain. Cette ultime provocation ne devrait entraîner que soupirs désabusés, haussement d’épaules. Mais voilà, cet homme et son parti ont déjà eu et auront encore une influence considérable sur l’avenir de notre pays. Sa seule obsession est donc de rendre la Flandre plus belle pour les noces avec les Pays-Bas. Le reste du pays ? Bruxelles ? C’est comme si l’on demandait à un pyromane de faire carrière chez les pompiers.

Cet homme n’aime pas son pays. Il ne veut pas le sauver, le rendre plus prospère, plus agréable, plus juste. Il veut le quitter. Oui, il l’a redit : il est partisan de l’indépendance de la Flandre et de son rattachement aux Pays-Bas. Bye-bye Belgium…

Plus qu'à faire ses valises ?

Vous me direz : on le savait. Oui. D’accord. Mais quel crédit peut-on encore accorder à un homme politique de premier plan, candidat au pouvoir, à une nouvelle réforme de l’État, quand il déclare vouloir s’en séparer. “Salut chérie, c’est l’anniversaire de notre mariage. Tu sais, tout compte fait, j’aimerais mourir dans les bras de la voisine. Je serais plus heureux que de finir ma vie avec toi…”

Resteraient juste deux petits détails à régler. Les Flamands souhaitent-ils devenir Hollandais ? Et les Pays-Bas voudraient-ils de la Flandre ? Il y a peut-être, finalement, une solution : si Bart De Wever veut absolument mourir Néerlandais, il suffit qu’il déménage de quelques kilomètres vers le Nord…

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