Se faire vacciner est un devoir religieux

Que nous dit la Bible de l’accord à trouver entre liberté et responsabilité ? Comment peut-elle nous aider à envisager la question de la vaccination ?

Se faire vacciner est un devoir religieux
© AFP
Contribution externe

Une carte blanche d'Albert Guigui, Grand Rabbin de Bruxelles.

Le monde entier fait face à une crise sanitaire sans précédent due à la pandémie du Covid-19. À ce jour, selon un bilan établi par l’AFP, la pandémie a fait au moins 4 millions de morts dans le monde.

Ce chiffre, qui repose sur les bilans quotidiens des autorités nationales de santé, est globalement sous-évalué. L’OMS estime que le bilan de la pandémie pourrait être deux à trois fois plus élevé que celui officiellement calculé.

Toutes les tentatives dans le monde pour arrêter la pandémie ont jusqu’à présent été infructueuses, et des confinements sévères ont été nécessaires pour arrêter temporairement la pandémie. Il convient de souligner que la pandémie menace non seulement l’état de santé des citoyens du monde, mais fragilise aussi, dangereusement, la situation économique, sociale, éducative et émotionnelle de chacun. Elle cause également d’énormes souffrances à plusieurs dizaines de millions de personnes.

"Vous devez faire très attention à vous"

Face à ce virus qui mute, et qui réapparaît sous forme de variants plus dangereux les uns que les autres, nous avons le devoir de nous prémunir. "Mais, prenez bien garde à vous-même", est-il écrit dans la Bible (Deutéronome IV, 15). Cette notion est fondamentale dans la tradition juive, qui place la vie au-dessus de tout. Elle nous demande de prendre les devants pour la préserver, comme le souligne le Talmud : "Personne ne doit se tenir dans un lieu où il y a une situation périlleuse en arguant que du ciel on fera un miracle pour lui ; peut-être que le miracle attendu ne viendra pas." (Taanit 100b).

Il y a déjà plus de 2 000 ans, le Talmud recommandait "de ne pas boire dans un verre et de donner ensuite à boire à quelqu’un d’autre, du même verre, car il y avait là danger de mort". Rabbi Eliezer explique le danger : "Il est possible que la première personne soit malade, et que cette maladie laisse des traces sur les parois du verre. Cela peut infecter celui qui v a boire par la suite."

Nous devons nous faire vacciner pour éviter une mortalité très forte. Nous avons été témoins de la gravité de la situation. Tant qu’il n’y avait pas de vaccin, l’épidémie tuait par milliers, surtout les personnes fragiles et âgées. Rien ne pouvait arrêter sa progression. Les hôpitaux croulaient sous l’afflux des patients et toutes nos structures médicales étaient paralysées. Or, dès le début de la vaccination, le nombre de morts diminua drastiquement. Et cela constitue la preuve tangible que le vaccin protège contre ce fléau.

Rendre la vaccination obligatoire ?

Dans le monde démocratique dans lequel nous vivons, il n’est pas souhaitable d’obliger les gens à faire ou à ne pas faire quelque chose. La liberté est un droit, mais un droit qui doit être relativisé en fonction des conditions de vie dans lesquelles on se trouve.

Liberté mais responsabilité. Voici le défi auquel toutes les nations démocratiques sont confrontées aujourd’hui. Comme le souligne Jean-Paul Sartre, "ma liberté s’arrête quand celle d’autrui commence". Ainsi, un membre du personnel soignant qui refuse le vaccin ne devrait plus pouvoir désormais rentrer dans un hôpital. Ou, tout le moins, il devrait se faire tester 24 h avant de prendre son service. Il en est de même des membres du personnel enseignant, des policiers, des agents communaux et de tous ceux et celles qui sont en contact permanent avec le public.

Aussi, pour éviter une telle situation, les décideurs politiques doivent fournir un grand effort de communication pour persuader les récalcitrants de se faire vacciner. Ils doivent identifier les plus isolés, utiliser tous les moyens disponibles pour toucher certains quartiers ou zones reculées. Il est impératif d’accentuer les efforts d’explication en ciblant notamment les exclus de la vaccination

Dans le cas d’une pandémie grave comme celle du Covid-19, le texte biblique est catégorique. "Et tu choisiras la vie" (Dt. XXX, 19), ordonne-t-il. Cette phrase du Deutéronome rappelle l’importance de la préservation de la vie individuelle de chaque citoyen qui s’inscrit dans une démarche collective et solidaire. En effet, nous remarquons qu’à 99 % ce sont les personnes non vaccinées qui sont contaminées. Elles risquent de mourir. Et la société a le devoir de se protéger et de les protéger.

Cette démarche peut être aussi déduite du Lévitique 25-35 : "Si ton frère vient à déchoir, si tu vois chanceler sa fortune, soutiens-le", intime ce commandement. Comme le souligne le docteur Ariel Toledano, "il n’est pas question d’apporter une aide exclusivement financière mais aussi du sentiment de renforcer l’autre, pour qu’il retrouve son autonomie, son bien-être et sa place dans la société. C’est cela l’idée du ca re , à laquelle Maïmonide était très sensible en son temps et qui dépasse largement le simple soin. Il s’agit là d’une démarche qui entend maintenir, perpétuer et réparer le monde de sorte que l’on puisse y vivre le mieux possible."

"Tu choisiras la vie." Ce verset de la Torah nous impose, d’une part, de promulguer des lois qui visent à protéger la société par tous les moyens médicaux possibles et, d’autre part, de tout faire pour prévenir la propagation de la maladie à d’autres et éviter tout danger. Se faire vacciner est un devoir religieux, si rien ne s’y oppose.

Dans le Talmud, nous trouvons un principe qui ne souffre aucune exception. S’agissant de sauver une vie humaine, il est permis, voire obligatoire, de profaner le Chabbath et de transgresser d’autres commandements.

Solidarité avant tout

À ceux qui rejettent le vaccin et qui refusent de courir un risque personnel minimal pour bâtir un acquis collectif maximal ; à ceux-là même qui exigent malgré tout de bénéficier des avantages que leur apporte la vaccination des autres, à savoir la possibilité d’aller et venir ; à tous ceux-là, il est donc juste de donner ce choix : se vacciner… ou rester chez soi !

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© Serge Dehaes


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