Et si nous nous habitions dans des conteneurs pour mieux faire face aux bouleversements climatiques et de société ?

Les temps changent, les vies et les familles sont moins stables; imaginons des quartiers modernes, capables de suivre ces évolutions.

Et si nous nous habitions dans des conteneurs pour mieux faire face aux bouleversements climatiques et de société ?
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Contribution externe

Une carte blanche de Jean Englebert, ingénieur civil architecte et ingénieur urbaniste, professeur émérite de l'Université de Liège.

Ayant lu avec beaucoup d’intérêt les cartes blanches parues ces derniers jours (voir ici et ici), je voudrais vous soumettre mes réflexions relatives aux catastrophes de ces derniers jours.

Je suis généralement qualifié d’utopiste alors que quelques personnes plus lucides me trouvent "visionnaire", ce dont je suis plutôt fier.

Dans le numéro d’une revue de la Région wallonne « Les échos du logement » n°127, j’ai récemment fait une proposition pour une nouvelle capitale indonésienne.

Il se fait que cette grande île s’enfonçant régulièrement dans les mers qui l’entourent, pose un problème permanent que l’on peut rapprocher de celui qu’ont subi ces derniers jours les quartiers d'Ensival, Verviers et Pepinster.

Tout au long de ma carrière d’enseignant à l’ULiège, j’ai entraîné mes étudiants à pouvoir réagir devant l’évolution inéluctable de notre planète et la transformation de la manière de vivre de ses habitants.

Exemple : j’ai grandi à la campagne dans la petite ville de Vielsalm. A l’époque, toutes les familles s’ingéniaient à construire leur maison, laquelle constituait un bien immobilier qu’elles transmettaient avec fierté à leurs enfants. Mais aujourd’hui cela ne se passe plus ainsi. Pour de multiples raisons, les biens immobiliers ne réussissent plus à suivre les besoins et l’évolution de notre société ; ils doivent pouvoir être agrandis ou rétrécis en permanence en fonction de l’évolution de la famille qui est souvent devenue beaucoup moins stable qu’autrefois. Pourquoi dès lors devraient-ils durer longtemps et ne pas pouvoir être changés ou remplacés par de nouveaux modèles plus conformes aux normes, comme cela est devenu d’usage pour l’automobile ?

L’urbanisme permutationnel

C’est pour cette raison que, comme d’autres chercheurs, j’ai essayé de convaincre mes contemporains que le temps de la construction traditionnelle était périmé et qu’il fallait inventer une autre manière de construire. Pourquoi pas comme les visionnaires Henri Ford ou André Citroën l’avaient fait pour les chars à bancs en fabriquant des automobiles ?

L’idée a mis du temps à faire son chemin, mais aujourd’hui je constate que de plus en plus de gens achètent des conteneurs maritimes usages qu’ils utilisent pour en faire des logements ou des maisons.

Il faut cependant voir les choses plus globalement : comment utiliser au mieux ces "conteneurs"? Pourquoi ne pas tirer parti des destructions récentes pour reconstruire autrement et innover en matière d’habitat. Mon idée serait de réaliser, des sols artificiels surélevés, donc à l’abri des eaux, et sur lesquels des maisons produites industriellement pourraient être déposées comme le sont des automobiles dans les parkings. Cela, en suivant les règles de l’urbanisme permutationnel que nous avons définies en 1965 avec mon collègue Abraham Moles (1). Dans la mesure où la maison est le souhait reconnu des hommes, nous avons en effet fait le rapprochement avec l’automobile. Le citoyen possédant une automobile peut la garer dans un garage à étages moyennant une redevance et n’est jamais propriétaire du sol sur lequel est construit le bâtiment. Pourquoi le citoyen ne pourrait-il, à l’instar de l’automobiliste, garer sa maison, agrémentée éventuellement d’un jardin, dans une structure comportant plusieurs dalles, moyennant une redevance? Le citoyen pourrait donc changer d’emplacement, agrandir ou rétrécir sa maison, s’éloigner d’un voisin malveillant ou pour toute autre raison. Il devrait simplement s’acquitter des frais de déplacement de sa maison. Contrairement au mécanisme actuel de la copropriété, le citoyen serait sans lien juridique direct avec la surface du sol sur lequel serait établi le bâtiment, sorte de garage à maisons.

Le seul exemple que je connaisse et où j’ai plusieurs fois emmené des visiteurs enchantés par la découverte est NEXT 21 à Osaka, où la structure est la propriété de la société du gaz local et les maisons celle des différents habitants. Depuis 1993 date de la construction de cet ensemble, plusieurs maisons ou logements ont été modifiés, confirmant ainsi notre idée originale.

Des modèles pour le futur

D’une catastrophe momentanée, il serait ainsi possible de réaliser des quartiers modernes, capables de suivre les besoins changeants de nos sociétés actuelles et promouvoir des modèles pour le futur.

De ces plateformes nouvelles, “verviétoise, ensivaloise ou pepinstérienne”, il serait également possible d’admirer les méandres de la bucolique vallée de la Vesdre dont s’émerveilla jadis Victor Hugo lors de son voyage entre Paris et Aix-la-Chapelle (2). De mortelle, cette belle vallée redeviendrait enchanteresse.

Les besoins en logements sont aujourd’hui tellement grands que tous les systèmes de construction nouveaux ou anciens peuvent rivaliser: que les meilleurs gagnent désormais, et que des médailles d’or ne soient plus seulement réservées aux athlètes sportifs !

>>> (1) Englebert Jean, L’urbanisme permutationnel et la maison indutrialisée. Mythes ou réalité. Les Cahiers de l’Urbanisme n°50, juin 2004, pp.38 à 44.

>>> (2) Hugo Victor, Le Rhin, Lettre VIII, Les bords de la Vesdre.-Verviers 1906, pp.63 à 65.

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